mardi 20 mars 2007

Reema, allers-retours

Nicolas Hulot, qui s'est fait flouer par à peu près tout le monde sauf Dominique Voynet (mais pour combien comptera-t-elle, en fin de compte?) tente de revenir dans une campagne qui semble avoir largement oublié qu'il y a peu de temps le réchauffement climatique était, soi-disant, la première préoccupation des Français comme des Canadiens. Sauf qu'entretemps, s'il a fait plutôt doux en France pendant un moment, il a fait plutôt fret et neigeux par ici, ce qui veut dire...nous ne sommes pas vraiment convaincus de l'imminence d'une catastrophe climatique, et les Français apparemment pas trop non plus.

La catastrophe est à un autre niveau: celui des profits épouvantables et astronomiques que font certaines compagnies depuis plusieurs années, alors qu'en même temps elles délocalisent et mettent du personnel à la porte. L'éthique en affaires...oubliée. Oublié l'intérêt collectif, à supposer qu'il ait jamais primé. La seule chose qui compte: le rendement, à l'échelle planétaire, pour les actionnaires. Et le débordement de capitaux dans ce qui était vu comme le "tiers monde" il n'y a pas si longtemps, des milliards de Mittal au déferlement de fric à Dubaï, n'ont rien pour rassurer. Le capitalisme sauvage ne vient plus des colonisateurs européens, mais de ceux qui ont si longtemps été maîtres du monde: sous-continent indien et pays arabes. Même si on ne devrait en aucun cas épouser les thèses simplistes de la gang à Le Pen (même si sa fausse blonde de fille a définitivement tout ce qu'il faut pour attirer l'attention, le père étant quand même un peu faisandé), il faut reconnaître que l'Europe fait face à une perte massive de pouvoir à l'échelle mondiale, et pas simplement par la faute des États-Unis et du capitalisme nord-américain. Les vraies fortunes, les très grosses entreprises, seront désormais ailleurs. La force du Canada est de pouvoir se prévaloir d'être à la fois un pays d'Amérique du Nord, d'avoir de solides racines européennes, et de participer de plain-pied à l'espace asiatique. On ne peut guère, si on joue bien nos cartes, faire mieux. D'ailleurs la petite trompette souverainiste n'a pas, en cette période de campagne électorale québécoise, retenti bien fortement. Quitter le bateau canadien n'est certainement pas, souverainiste ou non, dans l'intérêt actuel du Québec. Ni du Canada (et encore moins de l'Acadie, s'il faut nous regarder le nombril).

Parlant de cinéma à l'université l'autre jour, et montrant à quel point nos technologies évoluent vite - n'importe qui pourra bientôt faire n'importe quel film n'importe quand et le diffuser mondialement - je remarquais à quel point nous avons des politiciens une étrange perception: à 50 ans passés, on est "vieux" (même si ce n'est pas vrai) pour la plupart des professions...sauf pour la vie politique, ou on est étiqueté "jeune". Le jeune Sarko. La jeune Ségo. Le jeune Bayrou. On trouve même des excuses au chevrotant Le Pen, c'est tout dire. Mais il faut dire que la politique, c'est souvent cul-par-dessus-tête: Villiers, le vicomte, descendant de ceux qui firent tout contre la France républicaine et égalitaire, se disait "patriote" aux 4 Vérités ce matin. Patriote de quelle France? Celle d'hier, ou celle de demain?

Au Québec, au moins, les politiciens sont dans la quarantaine. En Nouvelle-Écosse aussi. Laissez agir les jeunes générations, par pitié. Il est parfois pire de mettre quelqu'un à un poste trop tard que trop tôt, parce que, s'il a perdu la flamme, il a par contre accumulé des rancoeurs difficiles à oublier.

Parlant de rancoeurs, le très beau film de Paul-Émile d'Entremont, réalisateur acadien, Reema: allers-retours, soulève de bonnes questions. J'avais travaillé avec Paul-Émile et Martine Jacquot à un documentaire sur la littérature acadienne en Nouvelle-Écosse il y a quelques années. Après cela je l'avais retrouvé dans un atelier de l'Office National du Film. Il avait eu un documentaire d'accepté par la suite (moi pas). Là, sur plusieurs années, il suit une jeune fille devenant jeune femme qui est fille d'une Acadienne de la Baie Sainte-Marie (sans grande fortune, mais libre de ses opinions et de ses mouvements) et d'un Irakien de bourgeoisie assez fortunée qui fait aujourd'hui de l'argent en Jordanie en travaillant avec les Américains (ce qui n'est pas très bon pour la santé aux yeux de certains Irakiens). Bien sûr ils ont divorcé, et une des filles, Reema, a grandi Canadienne, sa soeur Tamara grandissant Irakienne, sous la coupe d'une grand-mère qui est, bien entendu, la belle-mère arabe typique (c'est-à-dire tout à fait imbuvable pour une bru occidentale). Nous suivons le parcours identitaire de Reema en même temps que finit son adolescence, et même si le film soulève, dans son montage final, bien des questions qui restent sans réponse, il se pose fondamentalement une question: ne serons-nous pas tous, et toutes, confrontés à ce genre de situation alors que la planète est de plus en plus connectée, humainement autant qu'électroniquement? De vrais problèmes.

C'est cela qu'on veut entendre discuter dans les campagnes électorales. Pour ma part, la seule que j'entends évoquer de vrais problèmes à gauche, c'est Ségolène; à droite, c'est Bayrou. Mais, bien sûr, la machine UMP et les multinationales ne voient d'un bon oeil ni l'un ni l'autre...

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