jeudi 29 mars 2007

Ah, faire à trois l'amour...la politique...la guerre...

Dans les camps de prisonniers au Vietnam, les nord-vietnamiens, à l'époque de la guerre du Viet-Nam, mettaient les prisonniers américains en groupes de 3. La raison était simple: un groupe de 3 finit, à de rares exceptions près, par se déliter en 2 + 1, soit un couple de complices et un troisième larron. Bien entendu, le 3è larron cherche à amener de son côté l'un des membres du couple, ce qui fait de cet ensemble non seulement un ensemble fondamentalement conflictuel, mais un ensemble dans lequel les tensions ne cessent jamais. Si 2 projettent une évasion, le 3è peut fort bien vouloir les dénoncer pour se venger, et ainsi de suite...

Dans les relations amoureuses, les figures à 3, 4 ou plus ne sont pas évidentes à organiser, même si dans l'absolu cela semble fabuleux. 2 hommes, 1 femme, la femme est reine de l'affaire, et elle profite de deux zizis, quatre couilles, quatre mains, deux bouches...Le problème, c'est que, si le deux hommes ne sont pas légèrement bisexuels, on revient à la constitution d'un couple avec un 3è larron, donc le camp de prisonniers vietnamiens. Si les hommes sont légèrement bisexuels, ils le deviendront peut-être plus, et c'est la fifille qui devient la 3è larronne, à son grand dam, et même si toutes les femmes sont un peu curieuses de voir ce que peuvent bien faire deux mâles ensemble. Si ce sont 2 femmes et 1 homme, il faut que l'homme soit drôlement bâti pour satisfaire deux femmes (à moins, comme en Afrique, que ce ne soit institutionnalisé, auquel cas les femmes ne peuvent pas protester de toutes façons, mais n'en pensent pas moins...); et, si les deux femmes se plaisent, le 3è larron est comme larron en foire...condamné à se masturber en les regardant. À 4, ce n'est pas plus évident: la ou le partenaire du partenaire ou de la partenaire que je veux ne va pas forcément plaire au mien, ou l'exciter, ou même l'intéresser. On arrive donc souvent à une relation à 2+1+1, avec non seulement 1 larron frustré en plus du couple, mais 2 larrons frustrés, qui pourtant ne partagent pas leur frustration.

La politique, comme on dit en anglais "fait d'étranges partenaires de lit" (makes for strange bedfellows). Voici que les élections au Québec se sont jouées à 3, et que les libéraux se retrouvent dans le même lit que l'opposition officielle, l'Alliance Démocratique du Québec, toute étonnée de son succès. Pendant ce temps-là, André Boisclair, l'homme au ton tranchant et au visage en larme de couteau que les médias voulaient quand même chérir, a coulé le vaisseau du PQ, non parce que c'était "une gang de tapettes" (encore que l'homphobie ne soit sûrement pas absente de la pensée "familiale" de certains électeurs), mais parce que, tout simplement, il a fait une mauvaise campagne. Pourtant, ce qui ressort de cette élection, c'est que la vie politique au Québec, c'est comme le triolisme: l'amour à 3, qui ne marche pas. Mais, comme dans les camps de prisonniers vietnamiens, nous aimons enfermer nos politiciens dans des situations tendues qui nous assurent qu'ils ne deviendront pas trop complaisants. Gouvernement minoritaire à Ottawa. Gouvernement minoritaire à Halifax. Gouvernement minoritaire à Québec. Étrange accouplement des démocrates au parlement américain, avec un président républicain qui a fait plus que tout autre pour nous amener à voir dans nos leaders "démocratiquement" élus de petits dictateurs potentiels, et de nous en méfier.

Voici donc qu'en France les candidats à la présidence, qui courtisent maintenant assidûment les Français du Canada (48000 voix potentielles) - une lettre de Bayrou, un bureau sarkozyste à Montréal, et bien sûr moi je roule pour Ségo - sont également à 3 dans leur lit politique - ce qui, érotiquement parlant, est plus excitant que d'imaginer Chirac au pieu avec Le Pen - Blerk! Pour le moment, bien malin qui peut assurer que les sondages donnent clairement l'indication de qui va gagner au premier tour. Ma prédiction personnelle? Bayrou et Ségo. J'espère, mais je pense aussi, que Sarko est en chute libre. Comme André Boisclair, mais pas pour les mêmes raisons. Trop abrasif. Trop sûr de lui. Trop à droite. Cela plaît, sans doute, à l'esprit militariste de certains Français, mais pas à la majorité, qui attend. S'ils étaient sarkozystes, cela se saurait. Et les indécis vont aller en majorité vers Bayrou, qui est un peu le Dumont français, et vers Ségo, quelque limité que soit son charisme.

Bill Clinton a dû sa première élection à un party à 3, avec Ross Perot qui est venu fausser le jeu de la droite bushienne. Mais, aux États-Unis, on ne va pas à un second tour. En France, il y aura nécessairement un dernier affrontement à deux. Stratégiquement, c'est finalement au premier tour que tout se joue. C'est injuste en partie, mais politiquement efficace. Pour Bayrou, c'est quitte ou double: son parti n'est pas assez fort pour en faire le premier ministre, au besoin d'une Ségolène Royal recentrée. Ou il passe au premier tour, ou il perd définitivement.

Ah, ces amours à trois! Et encore, cela pourrait être pire si l'on ajoute un cheval à l'équation: le cheval de trois, bien entendu!

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