samedi 3 février 2007

Rumeurs de guerre...ô Chirac, Osirak, ô Iran...

Pour ceux ou celles qui ont la mémoire courte, rappelons que le réacteur Osirak était un réacteur nucléaire irakien, construit sous le régime de Saddam Hussein avec le concours amical de la France dont le premier ministre était un certain...Jacques Chirac.
Un dictateur avec des armes conventionnelles est un assassin, pas seulement en puissance, mais avec une capacité relativement limitée de tuer.
Un dictateur avec l'arme nucléaire est un danger planétaire certain. Tôt ou tard, il en fera usage. Si Hitler avait eu l'arme atomique - et tous les signes indiquent que les Allemands n'étaient pas si loin de l'avoir en 1945 - il l'aurait utilisé tous azimuts: contre les Alliés, évidemment, mais aussi contre les Allemands, puisque le peuple comme l'armée n'avaient pu, en définitive, se mesure à l"idéologie.
Si Saddam avait eu l'arme atomique, une guerre nucléaire aurait probablement dévasté une bonne partie du Moyen Orient...et, par contrecoup, une bonne partie de la planète par le jeu des alliances. Rappelons-nous toujours que c'est par le jeu des alliances que la première des deux monstrueuses boucheries du 20è siècle, la soi-disait "Grande Guerre", s'est déclenchée sans que personne ne soit tout à fait sûr pourquoi elle était nécessaire (sauf, bien entendu, les marchands de canons et autres industriels pour qui progrès et fortune riment avec massacre de masse).
À ceux et celles qui cherchent un sens au monde, et croient au destin, rappelons au passage que les guerres entraînent de multiples changements, dont tous sont loin d'être inutiles: si l'aviation a connu au 20è siècle l'évolution incroyable qu'elle a connu, c'est en grande partie dû aux deux guerres mondiales, qui ont forcé le développement de nouveaux appareils, de bombardiers à long rayon d'action, et d'avions à réaction.
Reste à savoir, bien entendu, si une période de paix n'aurait pas permis des développements tout aussi profitables pour notre avenir, et à moindre coût, humain et financier. Sans parler de tous les "cerveaux", dans tous les domaines, qui ont fini dans des fosses communes, des charniers, ou des tombes de cimetières et de nécropoles militaires.
Pour l'environnement, c'est simple: comment peut-on, en quelques générations, transformer des personnes qui pendant des siècles ont vécu la guerre comme moyen de base de résolution de conflits, en des personnes qui tout d'un coup sont confrontées au besoin de travailler ensemble pour contrer une menace planétaire?
Les cultures humaines évoluent à des rythmes différents, selon des calendriers différents, et avec des besoins différents. Penser unifier tout le monde aujourd'hui est aussi aléatoire que penser unifier les Français et les Allemands en 1914. Relisez ce qui s'écrivait à l'époque. Relisez aussi ce qui s'écrivait sur les Anglais dans une bonne partie de l'intelligentsia française en 1930. Lisez ce qu'on écrit sur les Américains en France par les temps qui courent. Et persuadez-vous que tout est relatif.
On ne peut pas reprocher à Bush d'avoir militairement "déposé" un tyran qui avait assez de sang sur les mains pour faire frémir n'importe quel chef de n'importe quelle mafia, clubs de motards compris, ou n'importe quel tueur en série. Ce qu'on peut reprocher aux Américains, c'est une stratégie peu subtile : on envahit, on bombarde, et on s'attend à ce que tout soit parfait.
Les deux guerres du Golfe, militairement parlant, ont été des réussites stratégiques de toute première qualité. Le problème, c'est qu'elles ont été militairement bien préparées et bien exécutées, mais au détriment des populations civiles, et surtout sans tenir compte du complexe d'infériorité qui tenaille en profondeur le monde musulman dans sa confrontation (parfois pacifique, parfois non) avec les valeurs fondamentalement différentes qui sont celles du monde occidental.
Or on ne rattrape pas les erreurs, à ce niveau-là.
Chirac, chef de clan, avait pourtant bien cru réussir son coup avec Villepin, son fidèle féal, lorsqu'ils se sont opposés à l'invasion de l'Irak. À en croire tous les sondages (en France), le prix Nobel attendait ces deux "pèlerins de la paix", comme Paris-Match les avait nommés.
Et pouf! Pas de prix Nobel. Le plus proche souffle de parfum Nobel que Chirac pourra humer est la présence d'Elie Wiesel - qui était à l'Élysée pour parler avec Mesdames les reines et les présidentes de la lutte contre la pédophilie. Alors que Jimmy Carter (qui, lui, ne valait militairement pas un clou), qui construit des maisons à bas prix et écrit des livres de spiritualité, a réussi à être nobélisé.
Il y avait le grand Charles. Il aurait pu y avoir le grand Jacques, encore que l'expression fasse un peu rigoler. Et voilà qu'il avait manqué son coup, en grande partie parce que des pèlerins de la paix qui ont fricoté avec Saddam depuis des années, qui ont des milliards en jeu si le dictateur se fait virer, et qui ont failli lui livrer les clefs de la bombinette, ne sont pas exactement très très crédibles.
Il a fallu les Israéliens pour liquider Osirak. Parce que les Israéliens n'ont plus l'intention de laisser les mains libres à leurs ennemis pour les massacrer. Et que, s'ils ne se défendent pas, personne ne le fera à leur place. Or, bien souvent, les guerres de défense modernes sont des guerres ou il s'agit avant tout de neutraliser la possibilité pour l'ennemi de vous attaquer.
Elie Wiesel, lui, n'a pas caché son appui à George Bush.
Le problème était dans la manière de gérer l'après-guerre. Vu l'incompétence des Américains à s'en sortir, on imagine le merdier qu'aurait été la France de 1944-45 s'il n'y avait pas eu l'esprit d'organisation et l'habileté politique du général de Gaulle. Qui n'était pas un saint, loin s'en faut, mais un réaliste.
Rumeurs de guerre, donc, ces temps-ci, dans le golfe persique. Formulons-le clairement: qui, et quand, va "liquider" les sites iraniens susceptibles de produire une bombe capable de mettre le feu aux poudres? Les Israéliens? les États-Unis? les deux? Ou va-t-on, à l'expiration d'un ultimatum contre le petit Hitler local, Amadinejad, frapper avec une "coalition" quelconque, pour bien montrer qu'il faut un coup d'arrêt au développement l'arme atomique - et de l'énergie nucléaire, soi-disant "propre" (sauf pour les rejets), mais susceptible de tous les dérapages?
J'ai aimé la position de Ségolène. Une position utopique sans doute pour le moment, mais qui représente bien la seule solution à long terme: éliminer le nucléaire irakien. Et peut-être, peu à peu, les autres formes de nucléaire. Surtout dans les régions "chaudes" du monde.
Pour autant qu'on puisse voir, Sarko, lui est prêt à suivre Bush dans toutes les aventures possibles. On attend mieux d'un président français.
Et voilà la question: Chirac, qui a manqué son coup avec le "pèlerinage de la paix", voit-il dans la proposition faite d'une ONUE à Paris ces jours-ci la chance de devenir le Al Gore français - un autre espoir de nobélisation?
Ou voit-il là-dedans, et dans la conférence organisée par Bernadette contre la pédophilie, des petits jalons qui vont, venu le mois de mars, lui permettre de balayer d'un coup d'aile les Sarkonnades pour dire: me voilà, je suis là, j'ai la stature d'un homme d'état, et pas lui?
Tout est possible.
Des frappes aériennes contre l'Iran.
Un petit Chirac de derrière les fagots.
Rien de très réjouissant.

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