mardi 6 février 2007

Ne pas se laisser leurrer

Alors que le réchauffement climatique ne se manifeste toujours pas plus par ici (- 17C ce matin, et de la neige prévue pour la journée), j'ai écouté avec plaisir Christiane Taubira ce matin aux 4 Vérités. Un peu surpris, parce qu'elle semblait décidée à être elle-même candidate, mais content parce que sa présence, sa façon de parler clairement, son allure décidée, aident à lever un peu l'hypothéque qui colle à Ségolène Royal ces temps-ci d'une campagne indécise et un peu hésitante sur ses objectifs.
Il y a déjà, sans doute, de multiples changements dans la façon de faire campagne de tous côtés qui témoignent bien de changements profonds: aux réunions politiques dont le principal but était de faire applaudir le candidat par un public acquis d'avance a succédé une kyrielle de rencontres, réunions, et autres débats, à la télé, sur le Web, en personne...laissant peut-être présager une meilleure ambiance participative dans les années à venir. Pas seulement des élus plus directement responsables, mais des élus plus proches et plus accessibles: même si le pouvoir s'entoure toujours d'un inévitable protocole - sans parler des gardes du corps - par contre la France n'a jamais été véritablement le pays ou les élus étaient facilement accessibles. Je me souviens du maire (de droite, évidemment) d'une petite commune qui, bien que n'étant plus maire depuis belle lurette, continue tellement à se penser d'estrace supérieure au commun des mortels qu'il s'est nommé "maire honoraire", titre qu'on pourrait définir assez facilement en canadien-français comme "de la bullshit". La France me semble, à cet égard, assez particulière - et il probablement temps que les choses changent, un tant soit peu.
Une élection, c'est autant une élection contre qu'une élection pour. Or la performance de Sarko-Iznogoud face à des questions, comme l'a si bien montré Christiane Taubira ce matin, laisse singulièrement à désirer. Voici un homme qui, depuis qu'il est en culottes courtes, veut être "président de la République...ou rien" comme je ne sais plus qui avait écrit sur ses carnets d'enfance "Victor Hugo...ou rien". En d'autres mots, voici quelqu'un qui à bien des égards n'est ni mieux, ni pire que bien d'autres, mais dont la soif de pouvoir est telle qu'elle en devient littéralement effrayante. S'il est important qu'un futur président ou une future présidente soit quelqu'un d'assez décidé, il semble difficile de considérer que quelqu'un devrait être élu uniquement parce que c'est...une sorte de vocation. Or celui qui veut viscéralement devenir calife à la place du calife semble, malgré ses citations continuelles de gens de gauche (y croit-il vraiment? croit-il que nous y croyons vraiment?), se positionner de plus en plus à droite. Or c'est au centre que se jouera l'élection: pas parce que Bayrou sera élu, non, mais parce que les électeurs et électrices qui ne veulent aller à aucun extrême seront en définitive les arbitres du scrutin final. La meilleure candidature? Une candidature de gauche, mais avec le réalisme du centre droit. Le vrai "conservatisme avec une conscience sociale" qui a permis à George W. Bush de se faire élire aux USA...pour s'empresser de ne plus rien faire de la conscience sociale. Faisons attention de ne pas prendre les vessies pour les lanternes, l'apparence pour la réalité...Il n'y a de conscience sociale que chez les candidats de gauche, et il n'y a pour le moment qu'une candidate de gauche qui puisse raisonnablement prétendre à incarner ses espoirs à la présidence de la république. La France sera-t-elle à la hauteur de l'Islande, du Chili, de l'Irlande, bref de tous ces pays qui ont eu des femmes modérément socialistes comme chef d'état ou de gouvernement?

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