Avec -29 C ce soir, et un blizzard depuis deux jours, le réchauffement climatique ne nous frappe pas tout à fait de plein fouet. La neige? Trente centimètres, on a déjà vu pire dans les années passées, mais on en a déjà vu moins dans les années passées aussi. La seule consolation est de se dire que cette neige, qui va finir par fondre, alimentera nos puits en eau pour l'été à venir. L'eau, un problème fondamental pour le siècle qui commence, une ressource que nous risquons tôt ou tard d'avoir à partager avec les parties du globe qui en manqueront. Pourtant, ce qui me frappe toujours, c'est l'extrême habileté des êtres humains à réagir aux problèmes. Si la technologie est capable de produire de nouveaux systèmes d'ordinateurs tous les deux ou trois ans, elle est aussi capable de produire des systèmes efficaces pour transformer l'eau de mer en eau potable là ou c'est indispensable. À condition, bien entendu, que les océans ne soient pas pollués en profondeur. On frémit en pensant que des nappes de mazout traînent ici ou là, au fond des mers, dans des cales de bateaux coulés, comme ce dernier transporteur de conteneurs sur les côtes de la Manche.
D'une certaine manière, les menaces climatiques ont à la fois l'urgence et l'étrange désincarnation de la bombe atomique sous toutes ses formes (bombe A, bombe H, bombe à neutrons, nouvelles "mini-bombes" ciblées): lorsque le problème est trop vaste, il devient impossible de s'y attaquer de façon concrète. Par ou commencer? J'ai parfois le problème avec mes propres dossiers, mes propres textes...on a l'impression que les choses n'avancent pas. Il faut donc se redonner un "petit" objectif, un but très concret, comme une marche pour commencer à monter un escalier dont on ne verrait pas le bout et dont on n'aurait aucune idée ou il va aboutir.
La vie politique est un peu comme cela, finalement. On prend une nouvelle équipe pour poursuivre ce que la précédente a fait, et essayer d'aboutir sur un certain nombre de dossiers, sans prétendre pouvoir trop en faire. Là réside la grande difficulté: pour être élu, il faut prétendre qu'on va pouvoir réaliser ce que les autres n'ont pas pu faire; mais, en même temps, il faut pouvoir convaincre que l'on va poursuivre dans tout ce qui a, finalement, été bien fait et demande surtout de la continuité. Nous sommes, en bien ou en mal, dans des sociétés de changements mous, ce qui est probablement la valeur et la difficulté de la démocratie. Changement, rupture, ce sont de bien grands mots. Les changements se font tout naturellement, peu à peu, et avec l'accord de tous, ou du moins d'une réelle majorité. Les ruptures? Elles ne se font pas de haut en bas - sinon dans les dictatures, et avec la main lourde des agents du pouvoir - mais de bas en haut, par des mouvements sociaux qui indiquent clairement les besoins de changement.
C'est cela qui me fatigue dans les discours sarkozystes depuis le premier jour. Non seulement parce qu'il est ridicule qu'un ministre du pouvoir en place prétende tout d'un coup qu'il va tout chambouler, pour évidemment revenir vite dans le giron de la majorité qui ne veut pas vraiment de changements, puisque ses collègues prétendent simultanément que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. François Copé, ministre du budget - un des ministères qu'on peut considérer comme plus "techniques" que "politiques" - aux 4 Vérités ce matin: nous avons réussi à simultanément réduire les impôts, réduire les dépenses, et réduire le déficit (que, bien sûr, les horribles socialistes avaient laissé gonfler comme un ballon). Pour bien le prouver, nous menons des audits.
De deux choses l'une: ou c'est vrai, ou c'est un argument purement électoral. Si c'est vrai, il faut immédiatement revoter pour cette équipe en place! Mais est-ce vrai? On n'a pas l'impression que ce bel optimisme relatif aux finances publiques se soit transféré dans une sensation globale de confiance que tout va bien, non seulement économiquement, mais socialement, et, plus important peut-être, dans un sentiment d'espoir national profond. Le Non à la constitution européenne était la preuve, s'il en fallait une, qu'un bon nombre d'électeurs et d'électrices veulent des changements.
Lesquels? voilà la question. La Constitution européenne, document à peu près illisible portant la marque de Giscard d'Estaing et d'une équipe d'énarques, ne pouvait guère séduire personne de raisonnablement concret. Elle était la preuve par excellence du profond fossé entre de prétendues "élites" politiques et "le peuple". Elle était la preuve par excellence qu'il faut fonctionner selon un autre système.
Alors, malgré toutes les critiques dont elle fait l'objet, malgré les difficultés de réussir une expérience qui non seulement consulte mais établit peu à peu des bases pour un meilleur dialogue entre "les politiciens" et "la société civile", non seulement en temps d'élection, mais de façon beaucoup plus constante, la démarche de Ségolène reste à l'heure actuelle la seule porteuse de nouveauté. Sa faiblesse sera peut-être de rester trop concrète, et de ne pas promettre la lune. Les électeurs, qui se croient fins, se retrouvent souvent à céder à des miroirs aux alouettes, même s'ils se sont promis de n'en rien faire.
lundi 5 février 2007
Le réchauffement climatique...pas encore tout à fait
Libellés :
bombe atomique,
Constitution européenne,
hiver,
politique française,
Ségolène Royal
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire