Le mois de février aura, dans l'est de l'Amérique du Nord, été froid et maussade. Pas surprenant, mais avec tout le discours sur le réchauffement climatique, on a l'impression que demain matin la Nouvelle-Écosse va se transformer en Floride, or...il n'en est définitivement rien. Le seul petit changement que l'on peut vaguement constater, c'est que le temps n'est pas facilement prévisible, mais c'est tout, et cela n'a probablement rien à voir, à en croire les météorologues, avec le réchauffement climatique. Cela permet juste aux étudiants des écoles acadiennes (entre autres) de la province d'avoir le double de "jours de neige" - le jour ou il était prévu qu'il neige fort (et ou rien n'est arrivé), et le jour suivant, comme aujourd'hui (parce que le blizzard prévu a quand même fini par arriver).
L'actualité politique n'est pas très réjouissante.
George W. Bush, qui a déjà foutu le monde entier dans la merde avec son incompétence dans le bourbier irakien (et toutes les prises d'intérêt que représentait pour les multinationales américaines la reconstruction de l'Irak, qui semble ne pas finir de se détruire ces temps-ci), est prêt à recommencer dans le dossier iranien, même s'il semble de plus en plus évident que l'Iran, qui n'est pas tout entier solidaire du mégalomane qui en est aujourd'hui président, est prêt à discuter d'une solution à la "menace" nucléaire après la Corée du Nord. Dieu merci, Bush n'a plus les mains libres, et les Américains ne sont plus si nâïfs qu'ils pensent qu'une second bourbier, pire que le premier, premettrait de régler la question du Moyen-Orient.
Je ne pense pas que Bush soit aussi idiot que beaucoup veulent le dire. Ce n'est ni Kennedy ni Clinton, c'est certain - sa vision est plutôt limitée. Mais son intervention de base contre la dictature de Saddam Hussein n'était pas dépourvue de sens: laisser un dictateur mégalomane prendre une place majeure sur un théâtre d'opérations sérieusement miné constitue un risque majeur de conflagration pour le reste du monde - surtout lorsque ledit dictateur règne sur une partie des réserves de pétrole si vitales pour la planète. Le problème, c'était la gestion de la suite de l'intervention militaire: et là, disons-le, mensonges et autres âneries à part, c'est un échec retentissant. Un second Viet-Nam en pire: les Américains ne savent même plus, à l'heure actuelle, contre quoi ils combattent. Le terrorisme? le monde entier le combat aujourd'hui, avec des arrestations à peu près dans tous les coins, et tout le temps. Mais le monde entier n'a pas créé une situation impossible dans laquelle une guerre civile est aussi en train de tourner à la déconfiture de l'Amérique, worldwide, dans le domaine des relations publiques.
Car une guerre, cela se gagne non seulement sur le terrain, mais aussi, et de plus en plus, dans les média. Il paraît que l'équipe Bush avait beaucoup étudié la guerre d'Algérie avant d'intervenir en Irak. Il faut croire qu'ils ont mal étudié le dossier, ou qu'ils n'en ont délibérément pas tiré les conséquences. La France dominait militairement l'Algérie. Le pays était, militairement parlant, totalement quadrillé - et largement contrôlé. Les révolutionnaires arabes majeurs avaient fui en exil, ou se terraient dans la clandestinité. Mais, sur le plan des relations publiques, la France a perdu. Elle n'était pas le pays des "droits de l'homme", mais un pays capitaliste, colonialiste, et oppresseur. Elle avait le vilain rôle. Et les vilains rôles finissent, toutes forces confondues, par perdre. Comme les États-Unis vont perdre en Irak, pour ne pas avoir compris qu'il fallait absolument, comme en Afghanistan ou les choses sont loin d'être gagnées, savoir s'effacer pour laisser peu à peu d'autres partenaires diluer les sentiments d'infériorité ressenti par les populations arabes, dont la fierté ne supporte pas qu'on la confine longtemps à ce sentiment d'infériorité. Les tapis de bombes gagnent des batailles, mais ne gagnent ni la guerre, ni la paix. Les Israéliens, qui avait dû, pour survivre, faire leur la doctrine de l'assaut massif et à tout prix, se rendent compte aujourd'hui que la donne a changé. L'intervention armée, nécessaire sans doute pour se défendre, et le plus fermement possible, ne peut jamais remplacer dans ce miroir magique que sont les yeux du monde, à commencer par nos télés de plus en plus planétaires, notre web, nos portables une véritable tentative d'arriver à une solution de conflits.
La grandeur d'un homme, ou d'une femme, d'état, est dans la capacité de résoudre les conflits.
George W. admire beaucoup, dit-on, Ronald Reagan: or Reagan, à part des appuis sporadiques à de petits conflits, a cherché à résoudre le conflit majeur qu'était la guerre froide sans que Russes et Américains se balancent des missiles à tête nucléaire sur la gueule...et bien entendu que nous en prenions plein la poire. Si George W. avait été à la place de Reagan, on peut légitimement se demander si la Nouvelle-Écosse, entre autres, ne serait pas aujourd'hui un champ de ruines de style Tchernobyl. C'est dire que, toute autre considération mise à part, Ronald Reagan apparaîtra au regard de l'histoire comme un grand homme d'état, George W., à moins d'un miracle, comme le chef d'une coterie marquée idéologiquement par une vision étriquée de la politique mondiale.
Mick Jagger nous dirait que ce sont tous des "néocons", comme il le dit dans une des rares chansons politisées du dernier CD des Stones. C'est vrai, mais Mick Jagger n'est pas John Lennon, ce n'est plus les années 70, et le message ne porte pas. Mais c'est vrai: la tentative de mainmise conservatrice sur un certain nombre d'espaces politiques, qui ne fait aucun doute, commence, à juste titre, à inquiéter. Au Canada, Stephen Harper, qui semble politiquement plus habile que son mentor américain, et veut présider à la transformation du pays en une gigantesque entreprise de production d'énergie pour les corporations US (sables bitumineux de l'Alberta, gaz naturel de Terre-Neuve et de l'Ile de Sable, port pétrolier en préparation pour la ville de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick), révèle peu à peu ses vraies couleurs: nomination de juges archi-conservateurs à la Cour Suprême (en pervertissant le processus de nomination), rejet de la volonté parlementaire majoritaire sur l'accord de Kyoto, sans doute; mais, ce qui plus inquiétant, satisfaction accordée au nationalisme québécois par la reconnaissance d'une "nation" québécoise dans le contexte canadien, et, simultanément, démantèlement progressif de la structure juridique qui permet le développement et le maintien d'un réel bilinguisme et biculturalisme au Canada, ce qui nous touche, nous Acadiens, tout particulièrement. Plus d'obligation pour les hauts gradés de l'armée, organisme déjà très médiocre dans son effort de bilinguisation concrète, d'être bilingues. Plus de programme de contestation judiciaire permettant de défendre les petits groupes de pression (qui n'ont généralement pas de moyens financiers suffisants pour engager des procédures judiciaires par eux-mêmes, à la différence des multinationales) contre la passivité gouvernementale dans les dossiers concernant les citoyens qu'ils représentent. Ministre unilingue au Ministère du Patrimoine canadien. On pourrait continuer. Si nos politiciens sont habiles, on ira en élection bientôt, et on stoppera tranquillement ce bel ordre du jour néocon. Autrement, c'est peut-être que nous sommes des cons (et même pas néo), et nous mériterons nos néocons de dirigeants.
Jacques Chirac, lui, ne fait pas dans le néocon: en faisant en "on" à la presse américaine des déclarations qui auraient dû être "off", mais qui, même "off", étaient des idioties (à propos de la guerre nucléaire potentielle Iran-Israël), il prouve assez bien que le temps de la retraite est arrivé. Hésitations, niaiseries, mémoires avec Pierre Péan ou il se livre à de bien bas règlements de compte à bon marché, parcours à la Pierre Trudeau sur l'environnement, il prouve s'il en était besoin que la dernière chose dont les Français auraient besoin, et dont le monde aurait besoin, est une nouvelle candidatude Chirac à une présidence quelconque. À moins, bien sûr, que l'échec retentissant du projet de constitution européenne concocté sous la houlette d'un autre ancien président français, Giscard dit d'Estaing, ne laisse encore des doutes à certains sur les extraordinaires qualités nécessaires pour l'accession à ce qu'on appelle "la magistrature suprême".
Alors: nous en arrivons à Ségolène. Mais qu'est-ce qu'elle fait, Ségolène? On a envie de lui écrire une lettre ouverte. Plus un seul magazine ou bulletin de nouvelles qui ne relève la désagrégation massive de son équipe de campagne. C'est peut-être vrai, c'est peut-être faux: mais, ici comme pour la guerre irakienne des néocons, tout est dans l'image. Et l'image commence à faire penser à la soupe Campbell's - Kim Campbell, la première femme premier ministre du Canada (ce qui, gouverneure générale à part sur le plan symbolique, correspond au poste de président en France ou aux USA). Kim Campbell, qui doit aujourd'hui faire dorer son beau cul (c'est elle qui l'avait dit, en campagne électorale) quelque part en Californie ou elle est consule générale du pays, représente l'échec le plus retentissant d'une campagne électorale dans ce pays: un parti Progressiste-Conservateur (les ancêtres des néocons) majoritaire réduit en une élection à une poignée de députés, dont certains vont d'ailleurs quitter (Jean Charest, en particulier, pour la politique québécoise qui ne lui réussira pas si mal, puisqu'il est aujourd'hui premier ministre depuis 4 ans). Kim Campbell dont tous les analystes ont pu souligner que le problème a été la désorganisation massive de sa campagne, qui est devenue si évidente après plusieurs semaines que l'on ne pouvait décemment pas voter ce parti-là au pouvoir.
Or Ségolène, si elle partage avec Kim Campbell le fait d'être une femme (et, comme les média nous l'ont bien montré l'été passé, d'être en bikini tout à fait accorte pour son âge), ne devrait pas, si elle veut qu'on continue de la suivre pour ne pas se retrouver dans le Sarkozyland, le Bayroupatch ou, pire encore, le LePencountry ou le Parc d'attractions José Bové, continuer de donner l'impression d'une cheftaine hautaine qui, nominée par les socialistes, se laisse tourner la tête au point de penser qu'elle peut tout faire toute seule, sans compter que le verruoillage par sa tendre moitié du Parti Socialiste cache mal les mésententes entre l'équipe de la candidate et un Parti ou s'affûtent déjà les couteaux si elle perd l'élection. Ségolène, Ségolène, peut-être que tu maîtrises bien tout, mais donne-nous en l'impression! Pour l'instant, on a plutôt l'impression que les choses sont en train de se défaire, et, vu les espoirs que tu portes de faire de la politique autrement, cela nous terrifie! Voulons-nous cinq ans de plus d'un UMP encore plus néocon que ses prédecesseurs, pour avoir encore plus de compagnies qui vont noircir nos plages, mettre des employés en chômage, tout en payant comme des princes ses dirigeants, et en rétribuant merveilleusement des actionnaires de toute évidence dépourvus du moindre sens d'éthique? Non, diantre, non! Alors? Ces cent propositions sont merveilleuses...mais ce serait plus merveilleux encore d'avoir une idée qui, en comment, va les payer...et surtout, ce serait encore plus merveilleux de sentir, de jour en jour, la campagne se resserrer, se raffermir, se rediriger, et canaliser enfin toutes ces belles énergies. Ségolène, Ségolène, tu sais que tu étais, au sein des socialistes, un second couteau; tu sais, pour être présidente de région, et pour être femme et mère, que c'est un autre espoir que tu portes; tu as compris que la tâche du locataire de l'Élysée, dans une large mesure, est de représenter un des pays majeurs du monde à l'échelle de la planète, et dans tous les domaines; alors, penses-tu vraiment, Ségolène, que les images que donnent les média d'une campagne hésitante, fragilisée par conflits et démissions, manque d'unité au sein du PS malgré les apparences bien minces d'une petite dose de solidarité, penses-tu vraiment que ces images vont convaincre les hésitants, qui feront la différence le moment venu? Nous voulons tous, et toutes, avec toi, un autre monde. Ne te fais pas d'illusions: les épaules qui porteront cet espoir devront être à la fois solides et souples; fermeté peut-être, mais avec beaucoup, beaucoup de diplomatie. Rassure-nous! faute de quoi un destin à la Kim Campbell t'attend...avec, un jour sans doute, la rencontre des anciennes de la vie politique, et un énorme espoir détruit: celui d'être la première femme politique dans un pays occidental majeur à faire de la politique autrement. La droite, qui a eu droit à l'icône thatchérienne, n'a pas attendu pour prouver que les femmes néoconnes pouvaient faire de la politique aussi impitoyablement que les néocons mâles...
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