jeudi 8 février 2007

C'est parti!

De toute évidence, c'est parti. Un grand rassemblement autour de Ségolène dimanche, un programme dévoilé lundi - et José Bové dont la candidature capote en taule, ce qu'on pouvait franchement attendre.
Dans une large mesure, on peut penser que les personnes encore indécises vont, peu à peu, remonter les chiffres de Ségolène dans les sondages, tandis que Sarko a plus ou moins fait le plein des convaincus.
Sarko, qui joue l'étrange danse d'être à la fois le protecteur du conseil des musulmans français, et en même temps le défenseur de Charlie-Hebdo et de la liberté d'expression.
Ici, en Nouvelle-Écosse, un prof de philo a fait l'objet de menaces parce qu'il avait voulu discuter les "caricatures" de Mahomet dans son cours à Halifax.
On n'arrête pas le ridicule.
Les "caricatures", qui n'avaient fait ciller personne lors de leur publication (et pour cause), sont devenues un prétexte absurde à faire, une fois de plus, basculer une frange militante dans les rues sous prétexte de religion.
Si j'étais musulman, j'aurais honte. Pas honte des caricatures: honte d'être niaiseux au point d'utiliser la religion, une religion qui mérite le respect au même titre que toute autre croyance (ou non-croyance), pour des motifs passablement douteux.
Parce que Mahomet était bien un chef de guerre.
Parce que les poseurs de bombes en tous genres se réclament bien, que je sache, de lui.
Parce que les bons apôtres de l'Islam qui prétendent que l'Islam est une religion "pacifique" n'ont pas l'air de regarder bien souvent les nouvelles. À ma connaissance, à l'heure actuelle, c'est dans les pays d'Islam que ça cartonne le plus. Dans les pays d'Islam que l'intolérance est la plus féroce - il n'y a qu'à voir les barrières mises dans le chemin de mariages mixtes dans des pays d'Islam, même modernes.
Parce qu'il est probablement temps de réfléchir à un Islam moderne, précisément. Tout comme les catholiques, les protestants, les Juifs, et combien d'autres? ont fait une réflexion solide sur ce qui continuait à être d'actualité ou non dans leur espace religieux.
Moi, je crois fondamentalement que la seule entente entre êtres humains se fera par l'intermédiaire d'une adhésion sans réserve aux droits fondamentaux qu'on a développé durant des siècles dans des pays bien différents, et qui ont appris à leurs dépens le prix à payer pour les erreurs: le droit à la liberté individuelle, le droit à un niveau de vie minimum, le droit à ne pas être exclu de sa société quelqu'en soit le principe, le droit à ne pas recourir à la violence pour régler les conflits, et le droit d'être protégé contre cette violence, ni comme victime, ni comme bourreau.
Violence, cela inclut, entre autres, le fait de ne pas être empoisonné par la fumée des voisins dans les bars. Bravo à la progression de l'anti-tabagisme en France, enfin!
Il ne s'agit pas de renoncer aux mille différences qui font que le monde est monde. Comme écrivain, j'aime ces mille différences. J'ai aimé me réveiller à Douz à l'appel à la prière du matin, et voir sur les toits un voisin en train de faire sa prière.
Mais le point est précisément là: sa prière n'est pas le lancement d'une bombe ou d'une quelconque fatwa contre moi sous le premier prétexte venu.
Si l'islam est une religion de paix, que les leaders, en France comme ailleurs, condamnent sans équivoque la violence qui embrase le monde islamique sous n'importe quel prétexte.
Les caricatures du prophète, pour moi, c'est comme le mariage gay au Canada: un problème qui n'existe pas. Parce qu'il est insignifiant. Parce que nos énergies, notre argent, notre temps, devraient aller à traiter des dossiers et des problèmes d'une autre importance. Et ils ne manquent pas.
Lesquels? C'est précisément ce que Ségolène écoute depuis des mois. Et moi, tout comme je veux au Canada un premier ministre et une gouverneure-générale à l'écoute de la population dont je fais partie, je veux en France un président qui ne soit pas convaincu avant même de faire campagne qu'il détient la vérité par je ne sais quel pouvoir messianique (ah, ces images de Saint Sarko sur le Mont Saint Michel, quel symbolisme! quelle manne pour les cours de sémiotique...).
Rendez-vous dimanche. Et, si vous vous posez la question: il fait toujours froid, il neige toujours, le réchauffement climatique n'est toujours pas très évident par ici...

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