Adolf Hitler, qui en dépit des dénégations à la mode depuis 1945 avait été l'idole d'un bon nombre d'Allemands durant les années 30 - et on comprend que la majorité ne s'en soit pas vanté par la suite - était persuadé qu'il avait été choisi par le destin pour diriger le peuple allemand. L'élu de la Providence. On sait ce que cela donne, les élus de la Providence: des mégalomanes, convaincus de leur supériorité innée par rapport au commun des mortels (et généralement des mortelles encore plus), capables de tout justifier par cette vision baroque et invraisemblable d'eux-mêmes. On sait, dans le cas d'Hitler, à quoi cela aboutit: la destruction massive de tout, à commencer par ceux et celles qui ne conviennent pas au système, vite perverti d'ailleurs par les ambitions, les querelles de chapelles, la méchanceté profonde des uns et des autres, et bien sûr le besoin de plaire au supérieur, à commencer par le dictateur lui-même.
La leçon a porté, dans une certaine mesure. Les pays occidentaux sont moins enclins à accepter l'idée des hommes providentiels - disons hommes parce que les femmes providentielles sont, historiquement parlant, plus rares. Même si, en regardant les femmes qui ont exercé le pouvoir comme celles qui ont été proches conseillères du pouvoir (à commencer par les maîtresses des rois de France), on s'aperçoit que l'idée selon laquelle les femmes sont moins assoiffées de pouvoir que les hommes est une idée reçue...et parfaitement fausse.
Le politicien idéal, la politicienne idéale, sont donc des êtres humains qui gardent les pieds sur terre, ne se prennent pas pour des élus de la Providence, et entretiennent avec "le peuple" qui les a élus - et détient le pouvoir de les réélire - une relation qui est fondée, non sur un bras-de-fer constant (qui dérape vite vers la menace et la domination) mais sur un dialogue, qui n'est pas nécessairement toujours à sens unique, en d'autres mots: le politicien, la politicienne, doit être à l'écoute des citoyens.
Au Canada, je penche pour Stéphane Dion, que j'ai vu animer avec moi des ateliers sur la francophonie, arrivant avec modestie et son petit sac à dos, comme un étudiant.
En France, je reste convaincu que Ségolène Royal est la meilleure option. Elle s'est reprise, comme on l'espérait, même si elle n'a pas le charisme de certains autres candidats. Le charisme "populo" mais très étudié de José Bové. Le charisme vampirique de Sarkozy, qui joue tellement au bon gars qu'on ne sait plus exactement pour qui il court - sauf qu'il est persuadé, lui, d'être l'élu de la Providence: choisi par les pouvoirs en place pour jouer au pouvoir le jeu du capitalisme intégral. La charisme bonhomme de Bayrou, qui monte dans les sondages parce que les gens de droite aimeraient bien, en profondeur, voter pour quelqu'un d'autre que Sarkozy. Mais est-ce que la vie d'un François Bayrou président, avec une base partisane faible, un Zarko aux longues dents guettant sa jugulaire, et une gauche puissante, serait vivable? Viable sans doute, pour un mandat, une sorte de Valéry Giscard d'Estaing bis, avec un parcours politique pour arriver à la présidence moins évident dans ses réalisations que celui de Giscard, qui malgré de bonnes choses souffrit pourtant d'être empêtré dans ses contradictions. Mais allez-y, gens de droite: votez Bayrou! À tout prendre, Bayrou-Royal, une droite populaire contre une gauche moderne, ce serait un débat de second tour un peu plus passionnant que le débat entre Royal et une UMP verrouillée pour la plus grande gloire de l'Élu - qui comme tous les "élus" est déjà persuadé de son destin présidentiel, sinon providentiel.
Qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas. Sarko, qui est l'enfant chéri des multinationales et de la droite la plus réactionnaire, en France comme ailleurs, Sarko qui a tellement tenu à être pris en photo avec George Dubya Bush (à la même hauteur) au moment ou même Tony Blair, l'ami fidéle de l'aventure irakienne, prend ses distances en sachant que si Bush intervient en Iran il enferme ses successeur(e)s dans une monstrueuse connerie, n'est pas Hitler, bien sûr. On pourra bien sûr discuter à perpétuité du fait que ses origines est-européennes lui donnent une vision du pouvoir plus facilement dictatoriale que d'autres, mais je pense que c'est avant tout une question personnelle. Le problème, c'est que les dictateurs, petits ou grands, temporaires ou définitifs, fascinent. Les admirateurs de Napoléon Ier n'ont pas encore comptabilisé les multiples erreurs de son régime. Ils l'admirent sans réserve. Je parie qu'il y a beaucoup de Bonapartistes inconscients dans les admirateurs de Sarko, l'homme qui se voit déjà poser sur sa tête la couronne républicaine, avant de mettre une couronne (plus petite sans doute) sur la tête de Cécilia. Un Sacre républicain.
Alors, Ségolène, toi dont le manque de charisme est patent, toi qui fais des efforts pour parler de façon plus décontractée, pour soulever un peu plus d'enthousiasme, tu restes sur la bonne voie. Ne te prends pas, jamais! pour l'élue de la Providence. Ne pense pas non plus que d'être femme est une des raisons pour faire "de la politique autrement". Pense qu'être socialiste, en 2007, c'est vouloir faire de la politique autrement. Et, par-dessus tout, tout en affinant ton programme et en le chiffrant -surtout! -, tout en travaillant avec tous - une présidente se doit d'être rassembleuse, à commencer par son propre parti: c'est cela, la grandeur du pouvoir - continue d'écouter.
Il y a un candidat, un "vrai socialiste", qui représente les Maires de France. Il ne sera pas élu, mais écoute-le, lui aussi.
Est-ce que la France peut abandonner l'euro? Non. Mais doit-on réfléchir sérieusement au problème qu'a posé l'euro à l'économie française, aux montées de prix par exemple? Évidemment. Entends-tu "le peuple" en parler?
Est-ce que la France peut "quitter" l'Europe? Non. Mais peut-elle, respectant le vote majoritaire du Non à la constitution européenne, se donner une attitude semblable à l'Angleterre, par exemple, prenant ses distances, et se dotant peut-être de rapports plus proches avec la francophonie, qui après tout est sa famille naturelle dans le monde? Bien sûr. Il faut y penser.
La commission européenne n'est pas plus l'élue de la Providence que tous les autres. L'Europe ne doit pas être une dictature, mais une entente fédérative - pour avoir vécu dans deux fédérations, en Suisse et au Canada, nous pouvons dire que nous en savons quelque chose. Toi qui es, en Poitou-Charentes, présidente de "région", ce concept qui a ressuscité en partie la vraie France par rapport aux plans stratégiques du petit dictateur corse, le Sarkozy de l'an 1800, pense que la France elle-même est une fédération. France fédérative, Europe fédérative, francophonie plus active: voici l'avenir de la République.
Le réchauffement climatique? Ici, on ne le sent toujours pas tellement. Ce serait même le contraire. Attention aux "élus" auto-proclamés de la défense de l'environnement. Leur faire aveuglément confiance? Pas plus qu'à un seul - ou une seule - de ceux ou celles qui se prennent pour des élus. Le monde est trop complexe pour se laisser enfermer dans des messages univoques, même si la démagogie, hélas, fonctionne toujours.
Alors, pas de Le Pen au 1er tour parce qu'il n'aura pas ses signatures? Ce serait un beau signal à envoyer à celui qui se prend déjà pour l'élu, alors qu'il n'est que la marionnette de deux présidents qui l'ont utilisé pour se faire réélire: Mitterand pour diviser la droite (et cela a marché), Chirac pour massacrer la gauche (et cela a marché aussi). Mais je ne veux pas croire qu'il y ait en France 20% de gens qui pensent que les solutions simplistes du FN valent vraiment la peine d'un vote pour la présidence. Ramenons le FN à ce qu'il mérite vraiment, comme tous les groupuscules: de 1% à 5%.
Pour le reste, il faut une nouvelle société, de nouvelles structures...le travail ne manquera pas et nous sommes prêts, nous qui t'appuyons, à continuer de travailler avec toi après ton élection.
mercredi 21 février 2007
Ah, le charisme!
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