Depuis que Nicolas Culot...oups, Nicolas Hulot a eu, précisément, le culot de demander aux politiciens en mal de votes de souscrire à son programme contre le réchauffement climatique, voilà qu'ils et elles se précipitent, à la queue-leu-leu. Les Sarko et Ségo qui ont une chance raisonnable d'atteindre le second tour, les Le Pen et Bayrou qui comptent sur un raz-de-marée pour y arriver (ou assez de voix siphonées par les "petits" candidats pour nuire sérieusement à l'un(e) des deux majeurs, et les Roland Castro et autres Besancenots qui n'ont aucune chance mais sont là pour se faire voir. Il faut croire que ça marche, parce que voilà quelque part, au coup de sifflet de la Hulotte, la Marmotte Bové qui relève la tête...
À la queue-leu-leu donc. Ils n'en avaient pratiquement jamais parlé avant, certains n'en parlent pratiquement pas, mais voilà qu'ils signent et jurent, croix de bois croix de fer, qu'ils iront en enfer s'ils ne font pas ce qu'ils ont dit. Qui a dit un jour "c'est des promesses de politicien"? Satan doit se frotter les mains. Il s'imagine déjà en train de griller un petit Sarko...phage.
Les seul(e)s qui parlaient d'écologie, c'était les Verts, et quand ils ne se battaient pas entre eux comme toutes les petites chapelles, ou qu'on ne leur accordait pas, presque par pitié, un ministère dénommé de l'environnement, on ne votait, tout simplement, pas pour eux.
J'ai eu un ami député vert au Parlement européen. C'était - pour autant que je sache, d'ailleurs, il est toujours en vie - Yves Frémion, un gars sympa, qui s'était battu pour le plateau du Larzac, rédigeait des chroniques un peu flyées dans Fluide Glacial quand il n'y posait pas nu. Je ne sais pas s'il a fait du bon travail au Parlement européen, mais je présume que oui. Il y avait les Verts. Mais ils lisaient Fluide Glacial, autrement dit...c'était des marginaux.
Et voilà que, tout d'un coup, le culot de la Hulotte, le cri d'alerte de Nicolas, réveille de leur lourd sommeil idéologique tous les autres, qui ne savent plus comment faire pour passer à travers un portillon dont les sondages, au Canada comme en France, nous indiquent à quel point tout le monde y est de plus en plus sensible. Même dans une région rurale comme ici, au coeur de la Vallée de l'Annapolis, les rivières sont polluées par les engrais, et le smog en été atteint, grâce aux nuages pollués venus de Nouvelle-Angleterre, des sommets. Même si nous sommes le pays rêvé d'Evangéline...
Mais il n'y a pas que Nicolas Hulot. Demain, en Nouvelle-Écosse, on sera prié de ne pas utiliser d'électricité entre 14:55 et 15:00. Cela servira-t-il à quelque chose? On ne sait jamais. Tout ce qu'on sait, c'est que l'action collective dans les comportements, et de solides règlements gouvernementaux pour l'industrie, sont les seules solutions à la réduction de gaz à effet de serre. À condition que les Chinois, entre autres, en fassent autant. Selon Kyoto, ils n'ont rien à en faire...ce qui nous fait retomber dans les mêmes ornières. Et ce n'est pas simplement en arrêtant d'acheter des petits objets pas cher au Dollarama ou à Wal-Mart qu'on aidera à régler le problème.
En d'autres mots, il faut des gouvernants non seulement décidés, mais capables d'agir de façon compétente. C'est là que le bât me semble blesser. Combien, à part les Verts, parmi les politiciens français candidats à la présidence de la République, ont un parcours qui peut nous rassurer quant à leur capacité d'orienter avec sagesse et compétence une politique environnementale? J'ai peu d'avoir à dire: aucun. Ils sont trop occupés pour le moment à se faire des croc-en-jambes, savoir qui a payé quel impôt, qui doit surveiller qui, et toutes les petites combines possibles, pour avoir une vision pour l'environnement. Alors? Ils vont appeler Nicolas Hulot au poste de vice-premier ministre, parce qu'il a bien compris que la guerre contre le réchauffement planétaire réclame bel et bien un poste spécifique, et un pouvoir réel. Assez de mesures symboliques. Quand François Mitterand allait en avion balader ses familles, ses écrivains favoris, ses courtisans, se préoccupait-il d'environnement? J'en doute. On m'objectera qu'il était d'une autre génération. Sans doute. N'empêche que, si l'exemple ne vient pas d'en haut...
Je ne cloue pas les politiciens français au pilori plus que les autres. Les puits de pétrole en feu de Saddam Hussein n'ont rien dû faire de bon pour le réchauffement planétaire - eh oui, vous souvenez-vous, ce sont bien les Américains, et tous les autres (Canadiens, Français, Allemands...) qui sont venus à bout de cet absurde désastre écologique potentiel. Les guerres du Golfe n'ont pas aidé (OK, on ne discutera pas ici si elles étaient nécessaires ou non). Ici, au Canada, Stephen Harper ne s'est guère montré écologiste avant les derniers mois, quand il a senti le vent tourner - Stéphane Dion, nouveau chef de l'opposition libérale à Ottawa, s'est fait élire à grand renfort de foulards verts et d'un passé quelque peu mitigé comme ministre de l'environnement (ceci dit, j'aime beaucoup Stéphane Dion, qui a participé il y a quelques années à un atelier sur la francophonie locale que nous avions organisé à l'université Acadia). Le défi est réel: le Canada devenant une super-puissance énergétique devra, du même coup, avoir une super-politique de l'environnement et de la réduction de gaz à effets de serre. Sans parler des mouvements de réduction volontaires qui surgissent un peu partout.
Justement, ce soir, ils se réunissent dans la ville voisine de Kentville pour appuyer une politique par laquelle (comme en Suisse, curieusement) on va arrêter son moteur si l'on est arrêté quelques instants (ce qu'on ne faisait jamais). J'ai mes doutes sur la possibilité de faire cela dans des files d'attente de quatre voitures de front autour de Washington, DC, ou de grands centres urbains dans le monde. Mais si cela aide, pourquoi pas? En plus, ils vont voir le film d'Al Gore, et cela, c'est une bonne chose...
Tout le problème de l'environnement réside dans la gestion. Je ne vois personnellement pas pourquoi un surplus d'eau est un problème à un moment ou, dans le monde, nombre de populations manquent d'eau. Reste à savoir comment on gère le problème. Reste à savoir comment on aide les ours blancs à s'adapter à des territoires sans doute réduits.
Reste à savoir, aussi, si les rapports les plus alarmistes ne sont pas, comme le "bogue" de l'an 2000, précisément, des rapports alarmistes.
Peut-être que, dans 15 ans, pour aller d'Europe en Amérique et vice-versa, de mon chez moi acadien à mon chez moi lorrain, je n'aurai droit qu'à 2 billets d'avion par an. Je m'adapterai. J'apprendrai à gérer les choses autrement. L'internet facilite déjà beaucoup les choses, avouons-le.
J'apprendrai, à condition, bien sûr, que les présidents français, les gouverneurs généraux canadiens, et autres "leaders" en fassent autant. La démocratie, pour un politicien, c'est d'admettre qu'il ou elle n'est pas d'essence supérieure au reste de nous tous. Mais qu'ils connaissent un métier - la politique - qui, comme disait Mitterand, s'apprend, et n'est pas à la portée de n'importe qui. Pas plus que jouer du piano ou de bander cinq fois par nuit. Nous sommes tous différents. Le chef de l'état, c'est le chef d'orchestre, qui n'est pas nécessairement le meilleur musicien, mais arrive à faire travailler tout le monde ensemble. C'est un peu ce que Stephen Harper, que tout le monde donnait pour trop conservateur pour tenir bien longtemps, arrive à faire. Ce n'est pas si mal.
À tout seigneur, tout honneur. J'apprends aujourd'hui, alors que les queue-leu-leus signent le pacte à Hulot, que mon université, Acadia, a signé la "Déclaration de Talloires", un pacte écologique pour appuyer le développement durable et la conscience de l'écologie dans 320 universités de 40 pays. Signée en 1990 à Talloires, en France (ou l'université Tufts a apparemment un campus), cette déclaration a un site web et un secrétariat
<http://www.uslf.org/> . À Acadia, on fait notre part de la politique écologique du campus depuis des années (cela a commencé par le recyclage dans les bâtiments). Un pas dans la bonne direction.
J'entends marcher les efforts individuels, comme les danseurs dans la chorégraphie de feu mon ami Jean-Pierre Perrault. Pas à pas, pas voisin avec pas voisin, un mouvement général se met en place. C'est bien, mais...
...il faut continuer de surveiller les politiciens de près. À ce point, ils feraient n'importe quoi pour avoir des votes. Un peu plus, Sarkozy viendra chercher des votes à Montréal comme il l'a fait à Londres. Les Français de l'étranger, tout d'un coup, ces gens dont la double nationalité peut tant apporter à un pays européen conscient, de plus en plus, de sa taille et de ses limites, les Français de l'étranger se voient ressusciter parce que, comme on nous le répète à l'envi, "chaque vote compte".
Chaque vote, chaque pas: quel que soit, en définitive, le résultat de l'élection française, ou des élections canadiennes, ou des autres, c'est chacun et chacune d'entre nous qui, en bout de ligne, peut ajouter sa prise de conscience aux autres...et faire la différence.
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