mercredi 31 janvier 2007

Ah, l'environnement! À la queue-leu-leu...

Depuis que Nicolas Culot...oups, Nicolas Hulot a eu, précisément, le culot de demander aux politiciens en mal de votes de souscrire à son programme contre le réchauffement climatique, voilà qu'ils et elles se précipitent, à la queue-leu-leu. Les Sarko et Ségo qui ont une chance raisonnable d'atteindre le second tour, les Le Pen et Bayrou qui comptent sur un raz-de-marée pour y arriver (ou assez de voix siphonées par les "petits" candidats pour nuire sérieusement à l'un(e) des deux majeurs, et les Roland Castro et autres Besancenots qui n'ont aucune chance mais sont là pour se faire voir. Il faut croire que ça marche, parce que voilà quelque part, au coup de sifflet de la Hulotte, la Marmotte Bové qui relève la tête...

À la queue-leu-leu donc. Ils n'en avaient pratiquement jamais parlé avant, certains n'en parlent pratiquement pas, mais voilà qu'ils signent et jurent, croix de bois croix de fer, qu'ils iront en enfer s'ils ne font pas ce qu'ils ont dit. Qui a dit un jour "c'est des promesses de politicien"? Satan doit se frotter les mains. Il s'imagine déjà en train de griller un petit Sarko...phage.

Les seul(e)s qui parlaient d'écologie, c'était les Verts, et quand ils ne se battaient pas entre eux comme toutes les petites chapelles, ou qu'on ne leur accordait pas, presque par pitié, un ministère dénommé de l'environnement, on ne votait, tout simplement, pas pour eux.

J'ai eu un ami député vert au Parlement européen. C'était - pour autant que je sache, d'ailleurs, il est toujours en vie - Yves Frémion, un gars sympa, qui s'était battu pour le plateau du Larzac, rédigeait des chroniques un peu flyées dans Fluide Glacial quand il n'y posait pas nu. Je ne sais pas s'il a fait du bon travail au Parlement européen, mais je présume que oui. Il y avait les Verts. Mais ils lisaient Fluide Glacial, autrement dit...c'était des marginaux.

Et voilà que, tout d'un coup, le culot de la Hulotte, le cri d'alerte de Nicolas, réveille de leur lourd sommeil idéologique tous les autres, qui ne savent plus comment faire pour passer à travers un portillon dont les sondages, au Canada comme en France, nous indiquent à quel point tout le monde y est de plus en plus sensible. Même dans une région rurale comme ici, au coeur de la Vallée de l'Annapolis, les rivières sont polluées par les engrais, et le smog en été atteint, grâce aux nuages pollués venus de Nouvelle-Angleterre, des sommets. Même si nous sommes le pays rêvé d'Evangéline...

Mais il n'y a pas que Nicolas Hulot. Demain, en Nouvelle-Écosse, on sera prié de ne pas utiliser d'électricité entre 14:55 et 15:00. Cela servira-t-il à quelque chose? On ne sait jamais. Tout ce qu'on sait, c'est que l'action collective dans les comportements, et de solides règlements gouvernementaux pour l'industrie, sont les seules solutions à la réduction de gaz à effet de serre. À condition que les Chinois, entre autres, en fassent autant. Selon Kyoto, ils n'ont rien à en faire...ce qui nous fait retomber dans les mêmes ornières. Et ce n'est pas simplement en arrêtant d'acheter des petits objets pas cher au Dollarama ou à Wal-Mart qu'on aidera à régler le problème.

En d'autres mots, il faut des gouvernants non seulement décidés, mais capables d'agir de façon compétente. C'est là que le bât me semble blesser. Combien, à part les Verts, parmi les politiciens français candidats à la présidence de la République, ont un parcours qui peut nous rassurer quant à leur capacité d'orienter avec sagesse et compétence une politique environnementale? J'ai peu d'avoir à dire: aucun. Ils sont trop occupés pour le moment à se faire des croc-en-jambes, savoir qui a payé quel impôt, qui doit surveiller qui, et toutes les petites combines possibles, pour avoir une vision pour l'environnement. Alors? Ils vont appeler Nicolas Hulot au poste de vice-premier ministre, parce qu'il a bien compris que la guerre contre le réchauffement planétaire réclame bel et bien un poste spécifique, et un pouvoir réel. Assez de mesures symboliques. Quand François Mitterand allait en avion balader ses familles, ses écrivains favoris, ses courtisans, se préoccupait-il d'environnement? J'en doute. On m'objectera qu'il était d'une autre génération. Sans doute. N'empêche que, si l'exemple ne vient pas d'en haut...

Je ne cloue pas les politiciens français au pilori plus que les autres. Les puits de pétrole en feu de Saddam Hussein n'ont rien dû faire de bon pour le réchauffement planétaire - eh oui, vous souvenez-vous, ce sont bien les Américains, et tous les autres (Canadiens, Français, Allemands...) qui sont venus à bout de cet absurde désastre écologique potentiel. Les guerres du Golfe n'ont pas aidé (OK, on ne discutera pas ici si elles étaient nécessaires ou non). Ici, au Canada, Stephen Harper ne s'est guère montré écologiste avant les derniers mois, quand il a senti le vent tourner - Stéphane Dion, nouveau chef de l'opposition libérale à Ottawa, s'est fait élire à grand renfort de foulards verts et d'un passé quelque peu mitigé comme ministre de l'environnement (ceci dit, j'aime beaucoup Stéphane Dion, qui a participé il y a quelques années à un atelier sur la francophonie locale que nous avions organisé à l'université Acadia). Le défi est réel: le Canada devenant une super-puissance énergétique devra, du même coup, avoir une super-politique de l'environnement et de la réduction de gaz à effets de serre. Sans parler des mouvements de réduction volontaires qui surgissent un peu partout.

Justement, ce soir, ils se réunissent dans la ville voisine de Kentville pour appuyer une politique par laquelle (comme en Suisse, curieusement) on va arrêter son moteur si l'on est arrêté quelques instants (ce qu'on ne faisait jamais). J'ai mes doutes sur la possibilité de faire cela dans des files d'attente de quatre voitures de front autour de Washington, DC, ou de grands centres urbains dans le monde. Mais si cela aide, pourquoi pas? En plus, ils vont voir le film d'Al Gore, et cela, c'est une bonne chose...

Tout le problème de l'environnement réside dans la gestion. Je ne vois personnellement pas pourquoi un surplus d'eau est un problème à un moment ou, dans le monde, nombre de populations manquent d'eau. Reste à savoir comment on gère le problème. Reste à savoir comment on aide les ours blancs à s'adapter à des territoires sans doute réduits.

Reste à savoir, aussi, si les rapports les plus alarmistes ne sont pas, comme le "bogue" de l'an 2000, précisément, des rapports alarmistes.

Peut-être que, dans 15 ans, pour aller d'Europe en Amérique et vice-versa, de mon chez moi acadien à mon chez moi lorrain, je n'aurai droit qu'à 2 billets d'avion par an. Je m'adapterai. J'apprendrai à gérer les choses autrement. L'internet facilite déjà beaucoup les choses, avouons-le.

J'apprendrai, à condition, bien sûr, que les présidents français, les gouverneurs généraux canadiens, et autres "leaders" en fassent autant. La démocratie, pour un politicien, c'est d'admettre qu'il ou elle n'est pas d'essence supérieure au reste de nous tous. Mais qu'ils connaissent un métier - la politique - qui, comme disait Mitterand, s'apprend, et n'est pas à la portée de n'importe qui. Pas plus que jouer du piano ou de bander cinq fois par nuit. Nous sommes tous différents. Le chef de l'état, c'est le chef d'orchestre, qui n'est pas nécessairement le meilleur musicien, mais arrive à faire travailler tout le monde ensemble. C'est un peu ce que Stephen Harper, que tout le monde donnait pour trop conservateur pour tenir bien longtemps, arrive à faire. Ce n'est pas si mal.

À tout seigneur, tout honneur. J'apprends aujourd'hui, alors que les queue-leu-leus signent le pacte à Hulot, que mon université, Acadia, a signé la "Déclaration de Talloires", un pacte écologique pour appuyer le développement durable et la conscience de l'écologie dans 320 universités de 40 pays. Signée en 1990 à Talloires, en France (ou l'université Tufts a apparemment un campus), cette déclaration a un site web et un secrétariat
<http://www.uslf.org/> . À Acadia, on fait notre part de la politique écologique du campus depuis des années (cela a commencé par le recyclage dans les bâtiments). Un pas dans la bonne direction.

J'entends marcher les efforts individuels, comme les danseurs dans la chorégraphie de feu mon ami Jean-Pierre Perrault. Pas à pas, pas voisin avec pas voisin, un mouvement général se met en place. C'est bien, mais...

...il faut continuer de surveiller les politiciens de près. À ce point, ils feraient n'importe quoi pour avoir des votes. Un peu plus, Sarkozy viendra chercher des votes à Montréal comme il l'a fait à Londres. Les Français de l'étranger, tout d'un coup, ces gens dont la double nationalité peut tant apporter à un pays européen conscient, de plus en plus, de sa taille et de ses limites, les Français de l'étranger se voient ressusciter parce que, comme on nous le répète à l'envi, "chaque vote compte".

Chaque vote, chaque pas: quel que soit, en définitive, le résultat de l'élection française, ou des élections canadiennes, ou des autres, c'est chacun et chacune d'entre nous qui, en bout de ligne, peut ajouter sa prise de conscience aux autres...et faire la différence.

mardi 30 janvier 2007

De bien décevants politiciens...

Toute ma sensibilité me porte vers une certaine forme de conscience sociale qui, depuis plus d'un siècle, est généralement associée à "la gauche", autant en France qu'au Canada. Ce n'est pas simplement question de "redistribuer la richesse collective" - ce qui est trop souvent l'occasion de freiner l'initiative des petits entrepreneurs potentiels pour favoriser une "classe" vivant plus ou moins aux crochets de l'état, un état qui bien entendu compte en retour sur le vote de ladite "classe". Dans un certain sens, l'idée de valoriser en France l'initiative privée, de ne pas étrangler les petites entreprises par des camisoles de force législatives et des charges réduisant au minimum leurs possibilités de réinvestissement dans l'entreprise, me semble tout à fait acceptable. Il s'agit d'une idée "de droite", apparemment. Pour moi, il s'agit surtout d'une idée toute naturelle: pour avoir de la richesse collective à répartir équitablement, il faut que tous et toutes contribuent à produire ladite richesse. Dans une certaine mesure, le modèle nord-américain, en particulier le capitalisme tempéré qu'est le système canadien, m'apparaît plus efficace comme producteur de richesses que le "modèle français", qui peine à s'extirper de débats propres au 19è plus qu'au 20è et encore moins qu'au 21è siècle. En même temps, cependant, j'ai honte de voir tel soi-disant "grand patron" se faire des millions par la spéculation boursière en frôlant le délit d'initié, des patrons d'agro-alimentaire se faire des millions en salaire annuel pendant que leur multinationale licencie à tour de bras, des banquiers plus ou moins douteux se faire du fric en masse par des tripatouillages de toute sorte. Devant ces cas-là, ma conscience sociale reprend le dessus, et je considère que le meilleur candidat, ou la meilleure candidate, à l'élection présidentielle française qui me passionne même si je ne réside pas en France toute l'année - mais cela même me donne une autre vision des choses, celle du "Français de l'étranger", tempéré dans mon cas de Canadien voire de Suisse - est un candidat ou une candidate de gauche, mais sensibilisé aux réalités de l'économie planétaire que nous vivons inévitablement, et que nous devons apprivoiser.
Penser que l'on peut fermer des frontières, soyons francs, c'est une connerie. Autant on a pu trouver la performance de Marine Le Pen hier soir à la télévision française (que je reçois ici sur RFO) efficace par moments - même trop répétitive, elle semblait à peu près la seule à avoir les pieds sur terre et autre chose qu'une langue de bois à tourner sept fois dans sa poche avant de parler - autant l'idée que les pays vont s'enfermer dans leurs petites tours d'ivoire ne tient pas la route. Le développement énergétique du Canada actuel nécessite des investissements mondiaux, tout comme il se justifie par des besoins mondiaux, et tout comme les défis qu'il pose à l'environnement peuvent offrir des solutions à d'autres problèmes environnementaux partout dans le monde.
Environnement, éducation, intégration sociale: les thèmes, et les histoires individuelles, qu'on nous a présentés hier soir étaient passionnants. Les ressortissants et ressortissantes de la "société civile" - enseignants, chefs d'entreprise, responsables d'associations, directeur de collège, etc... - avaient les pieds sur terre, savaient ce qu'ils faisaient, savaient ou ils voulaient aller, et attendaient des réponses de leurs interlocuteurs politiques.
J'ai tenu deux heures avant de m'effondrer pour cause d'ennui. Poncifs éculés, langue de bois, réponses identiques quelle que soit la question, tentative de la droite centriste de nous persuader qu'elle n'est ni à droite ni à gauche, de la gauche qu'elle est seule à porter l'indignation devant les scandales de la société...On a eu droit à tout, sauf à quelque chose qui stimule, nous fasse penser que l'un ou l'autre des partis en présence a quoi que ce soit de neuf à offrir, pas tant dans les propositions (il n'y en avait évidemment pas, surtout qu'on n'avait droit ici qu'à des seconds violons) que dans la vision. Vision? Les participants la réclamaient. Elle n'était sans doute pas du côté du discours politique.
Alors? On reste sur sa faim. Sarko? Sa vision, comme on sait, est avant tout de suggérer de voter pour lui parce que c'est sa vision. La sienne. À lui. Si on vote pour lui on l'a. Cela me fait penser à la paléontologue dans un sketch de Monty Python qui a une théorie sur les dinosaures: un dinosaure, c'est un bout, une bosse, puis un autre bout. C'est sa théorie. La sienne. Alors, si on veut quelqu'un qui a une vision, sa vision, il faudrait voter Sarko. Même si la droite n'a rien à nous offrir que de donner carte blanche à la grande industrie pour sortir les pays occidentaux du marasme. Est-ce qu'on croit vraiment qu'une personne va changer quoi que ce soit aux mouvements planétaires?
Alors? Bayrou? Bayrou, qui n'a pas une feuille de route plus convaincante que les autres, est un homme sympathique, avec un parti-peau-de-chagrin, et une vision de droite chrétienne dont il prétend obstinément qu'il n'est pas à droite mais "au centre", et malheureusement il n'y a pratiquement personne là...que lui. Veut-on un nouveau Giscard (dit d'Estaing, c'est mieux pour se présenter au prince Charles), charmant, non dépourvu d'idées, mais totalement déconnecté et de la politique et de la société?
Alors? Éliminons Le Pen, créateur d'une étrange dynastie fascisante qui compte aujourd'hui sur la gentillesse qu'éveille en nous les personnes âgées et les belles blondes pour oublier que la dynastie n'a aucun programme de gouvernement, aucune crédibilité, et un passé un peu trop xénophobe pour que cela ne resurgisse pas à tout instant. L'état désespéré de la France? La faute aux immigrés...On a malheureusement déjà entendu cela, et les résultats ne sont pas de ceux qu'on veut voir resurgir...
Alors? Reste Ségo. Je dirais bien: petite Ségo, parce qu'elle n'a pas la voix de tribun de Jaurès, parce qu'elle n'a pas la confiance de Strauss-Kahn en économie et finances, parce qu'elle n'a pas le charisme de Léon Blum ou de François Mitterand (oublions Fabius, qui est une sorte de Sarko de gauche ayant mal joué ses cartes). La petite Ségo est une femme qui sait ce qu'elle veut, sans doute, mais en même temps, son idée de faire parler, de provoquer le maximum d'échanges et de discussions, qu'on critique volontiers en disant qu'elle n'as "pas de programme", est une alternative rafraîchissante et positive pour dire clairement que le besoin de la France au 21è siècle, comme le besoin de beaucoup d'autres pays, est avant tout le besoin d'idées neuves, de visions novatrices, et de nouvelles manières d'exprimer ces visions et ces idées. Jusqu'ici, elle est la seule à offrir autre chose que : "votez pour moi, je suis beau, et tout ira bien après".
Dommage qu'hier soir, le camp ségolèniste n'ait eu à nous offrir que Julien Dray. Coupant la parole, jouant à l'omniscient, mettant les pieds dans le plat pour nous expliquer qu'il ne les y avait pas mis, il aurait suffi à faire voter n'importe qui pour n'importe quoi d'autre.
Ségolène, si tu veux être élue, veille à écouter autant que dire, et à ne pas laisser tes aides, tes conseillers, tes collègues ès politique, dire des choses qu'on a déjà entendues. Outre le fait d'être femme, c'est la nouveauté de ton approche qui nous intéresse. Les autres, on les a déjà entendus.
Dans le discours d'hier soir, on avait l'impression que les visions, elles étaient dans la société, pas chez les politiciens et politiciennes. C'est inquiétant. Si, arrivant de Mars et devant, parmi les participants, dire (en faisant abstraction des candidats et candidates déclarés) qui avait le plus la stature d'un présidentiable, j'aurais voté des deux bras pour le directeur de collège à Montpellier qui réalise, lui, sur le terrain, la France - et l'Europe, et le monde - de demain.
Politiques, faites votre examen de conscience!