jeudi 12 juillet 2007

Rien de constant, si ce n'est le changement...


Il faut savoir évoluer. En même temps, sans doute, il faut être fidèle à certains principes.

Les tentatives de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme autre chose qu'un simple chef de parti ne sont pas, loin de là, négligeables. Il s'agirait, nous dit-on, de faire disparaître le clivage droite/gauche qui bloque, en quelque sorte, la vie politique française.

Que ce clivage soit un blocage, c'est certain.

Le seul président que la gauche a réussi à faire élire, c'est François Mitterand...qui était, à vrai dire, fort peu "de gauche". Sa (première) femme, Danielle, était sans doute beaucoup plus à gauche que lui. Elle n'aurait jamais été élue présidente. Il était, lui, largement de "centre droit", sinon même, à plusieurs moments dans sa carrière, plus à droite encore. Ses premières campagnes avaient un financement clairement de droite. Ses premières prises de position de ministre, sous la Quatrième République, avaient tout du centre droit radical, pas grand-chose de "gauche", si par gauche on entend communistes et socialistes.

De fait, Mitterand a brillamment réussi à se faire élire président en noyautant la "gauche" par le sabordage féroce du parti communiste, et l'encouragement au développement du Front National, qui faisait bien son affaire puisqu'il phagocytait la droite.

Mitterand était-il "de gauche"? En tant qu'ancien de Mai 68, je dois dire non. Les "gauchistes" d'alors eurent, à vrai dire, un profond mépris pour ces quelques politiciens qui vinrent tenter de glaner des voix en jouant aux pseudo-gauchistes en mai 68. C'était, ni plus ni moins, de la récupération.

Ceci dit, il y a bien des aspects de François Mitterand qui sont admirables. Mais c'était, en politique, un pragmatiste, ce qui explique qu'il pouvait sans sourciller avoir à sa table d'anciens collabos aussi bien que des gens estampillés de la gauche la plus sociale. On parlait de Mitterand comme d'un sphinx; on pourrait plutôt penser à un caméléon. Observateur, attendant son moment, avec quelque chose de l'impassibilité de l'oeil du reptile. Il fallait cela pour résister, dans un face-à-face avec Jacques Chirac, aux remarques à peine voilées sur l'importance pour lui d'une certaine ville...dans laquelle, bien sûr, résidait sa (seconde) compagne. D'autres se seraient fâchés de telles allusions. Mitterand...c'était l'art de l'impassible.

Et, à en juger par les résultats de la gauche, l'art de l'impossible.

Longtemps, la gauche française a été vue comme une sorte d'opposition qui n'avait au pouvoir qu'épisodiquement. C'était difficile de lutter contre les puissances d'argent. La France a plus ou moins toujours été, majoritairement, à droite. Pour la gauche, la conquète du pouvoir n'est pas chose facile.

Avec ses 47%, Ségolène Royal a réussi tout un exploit, quoi qu'on en dise. Il aurait fallu qu'elle ait un Villepin en face d'elle, avec toutes les casseroles qui lui traînent au cul, ou un Juppé, dont la morgue a fini par être fatale (à lui), pour qu'une partie du "centre droit" prenne le risque de la voie de gauche au lieu de la sécurité capitaliste de la droite.

Depuis, Sarko fonctionne comme devrait fonctionner un politicien de droite, en multipliant les appels à l'ouverture. Face à cela, les socialistes sont en pleine débandade, même si François Hollande a tout d'un coup, alors que sa vie affective est en pleine débandade, des accents staliniens pour indiquer à quel point il domine le parti. Un parti qui fait eau de toutes parts, parce qu'il ne sait plus exactement, malgré tous ses députés, à quoi répondre. N'est pas Staline qui veut. N'est pas Poutine qui veut. Et, de toutes façons, quel espoir a Hollande d'être président de la République? Aucun. Réponse du sémioticien qui a soigneusement lu l'analyse de l'élection d'Eisehower avec le slogan "I like Ike" (et Ike avait de solides arguments en plus de ce slogan): comment la France pourrait-elle avoir un président qui s'appelle "Hollande"? Ou Pologne, ou Bélarus, ou Zimbabwe? Impossible. À moins que les Hollandais n'aient un chef de gouvernement qui s'appellerait "France". Imaginez la confusion. Hollande, Hollande, change de nom si tu veux avoir un avenir en politique! Mais c'est probablement déjà trop tard. Staline, lui, avait bien compris: "L'Homme de Fer", cela sonnait juste. "Joseph Dougachvili", cela sonnait...note de bas de page dans l'histoire du communisme international.

Peut-être que Sarko se prend pour Napoléon III bis, ce qui lui va bien, c'est Cht'i Napo, dont malheureusement nous ne voyons plus aussi souvent les cuissettes en action (ah, la présidence! quel job!), l'homme qui concentre en lui tous les pouvoirs. Le problème, c'est qu'en face Hollande n'est pas tout à fait Victor Hugo. Qui, de toutes façons, malgré son "socialisme" littéraire, était un féroce royaliste en politique. Le pragmatisme, encore...

De toute cette troupe, quelques jeunes commencent à émerger, et surtout, il va falloir que la dichotomie droite/gauche cède une fois pour toutes à la dichotomie régions/nation, qui va subsumer toute l'énergie de la France pour les décennies à venir. Une France fédérale? C'est la seule solution. Comme l'Allemagne, comme l'Italie, etc...

Mais avec son génie propre.

Jean Charest, le premier ministre québécois, oubliant pour quelque temps qu'il est largement minoritaire dans sa "belle province", a reçu l'ordre de la Bavière et s'estime heureux des rencontres qu'il a eues avec des provinces allemandes, comme avec des régions en France.

L'avenir se dessine à travers cela.

Un monde de provinces, de régions, dans lesquelles les "grandes visions nationales" ne seront plus les visions - justes ou complètement maboules - d'un visionnaire "national" quelconque, mais le résultat d'un consensus national exprimé à travers ses régions.

Ce n'est pas simple. Le Canada s'y essaie, comme les États-Unis, depuis fort longtemps. Avec, avouons-le, un certain succès. Ce qui permet aujourd'hui à Arnold le Terminator d'apparaître, lorsqu'il vient à Toronto pour des négociations Californie-Ontario, comme beaucoup plus "à gauche", même s'il est "Républicain" (c'est-à-dire "à droite" - encore que sa femme soit une Kennedy, soit la "droite" de la "gauche" démocrate), que George W., qui est sans grand conteste le pire président des États-Unis depuis longtemps (remontez à Franklin Delano Roosevelt et au-delà...).

En France, Arnold a rencontré Sarko (cela fait toujours du bien pour le président-jogger d'apparaître sous son jour le plus sportif). Cela veut-il dire que la France est une région?

C'est là que se posera le défi. Alors que les cultures régionales françaises, qui ont toujours existé, se solidifient, il faut peu à peu que naisse un mouvement, puis un parti, qui repose clairement sur cette renaissance régionale.

Ségolène Royal sera-t-elle capable d'avoir cette vision? C'est le seul moyen de changer la politique, pour le moment.

Pour le reste...il n'est rien de constant, si ce n'est le changement...

C'est pourquoi, moi qui au horreur (malgré l'ego de tout écrivain) du culte de la personnalité, j'ai décidé de mettre ma photo sur ce blog. Je l'aurais bien mise nu, rien à cacher, pour faire pendant à la vulve de Britney Spears (hé bien oui, vous auriez pu de visu constater que j'étais pourvu d'une veuve et de deux orphelines), mais cela aurait risqué d'être jugé obscène. Voilà donc mon doux minois, pris durant un été qui était nettement plus remarquable que celui-ci, qui allie piteusement la queue du printemps à la naissance de l'automne.

lundi 4 juin 2007

Les montagnes russes...

En Russie, savez-vous comment on appelle les "montagnes russes"? Bien entendu, vous l'auriez parié: des "montagnes américaines". Prouvant une fois de plus que les étiquettes "nationales" en ce qui concerne des éléments culturels sont généralement plutôt le reflet de la culture qui donne le nom, que de la culture dont le nom est censé être originaire.
Pendant ce mois de relatif silence, il y a eu l'élection/érection du Napoléon aux valeurs de la Troisième République revue et corrigée par Bill Clinton et ses shorts de jogging, l'Homme qui fait tout en fonction des médias, et a prouvé une fois de plus que les électeurs et électrices sont prêts à tout gober pourvu qu'on leur en mette plein les yeux. Ce qui n'enlève rien, bien sûr, au fait que la gauche, dont Ségolène a quand même sérieusement effacé la tache qu'avait été la non-élection suivie de la débandade jospinienne, doit se poser un certain nombre de questions sur l'efficacité de ses méthodes face au rouleau-compresseur de la droite et à sa mainmise sur les médias.
Mais les questions à se poser ne sont peut-être pas celles qu'on pense, tout comme on peut penser qu'en fin de compte l'élection de Sarkopol ne sera, au regard de l'évolution de la France et de l'Europe, qu'un épiphénomène plus qu'un élément fondamental, n'en déplaise bien sûr à ceux qui partagent avec lui sa vision de lui-même, à savoir qu'il est le Messie que la France attendait. Après tout, n'a-t-il pas quelque part un peu de sang du "peuple élu", lui donnant accès comme par principe à ce rôle messianique qu'il envisage de jouer, en particulier, pour la grande union méditérrannéenne, proposition fort intéressante au démeurant - et que la gauche, par la bouche de Jack Lang aux Quatre Vérités de ce lundi 4 juin, s'est empressée de revendiquer comme ayant été sienne dès l'époque de François Mitterand.
Épiphénomène, parce que le vrai débat, dont Ségolène et sa candidature sont la première manifestation, est désormais celui de la vraie régionalisation dans un contexte européen, et mêm,e extra-européen, élargi. Beaucoup plus que les structures vétustes d'un État national voué peu à peu à l'obsolescence dans sa forme nationale héritée des révolutionnaires de 1793, des napoléoniens de 1801, et de Jules Ferry et de la Troisième République.
Moi, ne jubilant pas à l'érection de Sarkopol, de la brune Albénize, et de leurs blonds enfants - bref, du recyclage de Camelot à la Kennedy, en espérant que celui-ci est un peu moins "fake" que la version originale - je me suis trouvé en Russie pendant 10 jours, physiquement, et depuis j'essaie de mettre de l'ordre dans mes images, réflexions, et souvenirs de cette Fédération fascinante, envoûtante, en pleine transformation, et sur laquelle les média occidentaux nous disent si facilement tant de conneries.
La suite au (très prochain) numéro!

mardi 1 mai 2007

Pourquoi Ségolène?

Ségolène Royal m'impressionne. Sera-t-elle à la hauteur du débat, demain soir? Elle a déjà affronté Nicolas Sarkozy, elle le connaît, elle a pu prendre la mesure de l'homme. En quelques semaines, alors qu'on avait peur que sa campagne se délite face au matraquage médiatique dont le candidat de droite a été le grand bénéficiaire (on ne pouvait plus ouvrir un magazine sans tout apprendre sur Sarko secret, Sarko perso, Sarko et Cécilia, du grand et du petit Sarko, de la généalogie des Sarkos, et j'en passe: il y a même eu 'l'enfance d'un chef", ce qui est somme toute inquiétant et pas très sympa pour Sarkozy quand on pense à la nouvelle de Jean-Paul Sartre qui a le même titre). Elle a gardé sa simplicité, son calme, en un mot une élégance de langage et de comportement remarquables. Alors que le FN donne consigne d'abstention, les jeux ne sont pas faits, et il est plus que jamais temps pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de prendre clairement parti. Ce que j'ai fait, en enregistrant un appui vidéo de 90 secondes à Ségolène Royal, dont voici le texte finalL
"Dès le début de la campagne 2007 pour la présidence de la République, j’ai trouvé que Ségolène Royal offrait une autre option dans la vie politique. Elle ne prétendait pas avoir toutes les solutions. Elle parlait simplement de ce qui nous concerne tous. Elle insistait sur deux choses : nous devrons tous et toutes nous impliquer, et, pour transformer une société, il ne faut ni revenir en arrière ni provoquer d’autres cassures.
Dans les années passées, la montée de l’extrême-droite et les incendies de voitures dans les banlieues ont beaucoup nui à l’image de la France. Comme Français de l’étranger je veux conserver et développer pour moi comme pour mes enfants les liens précieux entre la France et le Canada où ma famille vit une réalité francophone de tous les jours. Je veux une image positive, humaniste, de la France. Un président ou une présidente qui ne joue pas avec nos désirs pour une simple satisfaction personnelle. Qui soit conscient de l’importance de la France comme partenaire non seulement en Europe, mais dans la francophonie et dans le monde.
Dans une campagne électorale, on peut être déçu. On choisit un candidat ou une candidate qui, au fil de la campagne, ne correspond plus à vos attentes. Avec Ségolène Royal, c’est tout l’inverse. Depuis le début de la campagne, elle s’affirme de plus en plus comme une véritable présidente, mais sans perdre en route ce qui fait sa force : rester à l’écoute, parler directement et simplement, ne jamais prétendre qu’elle a toutes les solutions.
L’avenir de la France, ce n’est pas Ségolène seule qui va l’assurer. C’est nous tous et toutes, dans des cadres qu’il nous faudra définir ensemble. C’est pour cela que Ségolène Royal, pour moi, c’est vraiment la France Présidente".
Pour écouter la vidéo (au Canada, on met souvent les choses au féminin, ce qui va très bien avec une campagne au féminin!), toute simple mais efficace, j'espère (les petits ruisseaux font les grandes rivières), cadrée et tournée par ma fille, Mélodie Jacquot-Paratte, allez à l'adresse suivante:
http://www.dailymotion.com/paratte/1

On apprend aujourd'hui que la guerre en Irak permet de faire de grands progrès en médecine, dans le traitement des hémorragies en particulier. On sait que la Première Guerre Mondiale (je me suis toujours refusé à dire la "grande" guerre, parce qu'il n'y a rien de "grand" aux guerres) a permis le développement de l'aviation, développement accéléré encore dans la Seconde, et qui permet aujourd'hui la quantité inouïe de vols dont nous disposons alors qu'ils étaient encore chose exceptionnelle dans les années 1950. En d'autres mots: les grandes causes provoquent des changements et des innovations. Sans la campagne de Ségolène Royal, je n'aurais pas développé ce blogue ni le site vidéo sur lequel j'ai installé ma première vidéo (ce qui ne veut pas dire que je n'en ai pas fait d'autres, mais que je n'ai jamais eu l'occasion de prendre le temps de les diffuser).

Cette campagne française oppose deux candidats atypiques, somme toute, au regard de la France - c'est peut-être cela que les xénophobes du FN appellent "bonnet rose et rose bonnet" - des derniers siècles: l'un petit-fils d'un juif, fils d'un immigré, membre d'une "méritocratie" aux dents longues (Sarkozy ne vous fait-il pas penser à Rastignac, dans "Le Père Goriot", avec son "À nous deux, Paris?" - sauf que c'est "À nous deux, Neuilly!" puis "À nous deux, la France!"); l'autre fille atypique d'un trop typique officier de droite lorrain, première femme à être convaincue de pouvoir devenir non seulement ministre et présidente de région (ce n'était déjà pas mal) mais Présidente de la République, replaçant en quelque sorte la tête d'Olympe de Gouges sur ses épaules...

vendredi 27 avril 2007

Peut-on vraiment changer le monde?

Les notions françaises de "gauche" et de "droite" sont souvent difficiles à percevoir d'un point de vue canadien, dans la mesure ou la plupart de nos partis politiques sont plutôt des partis "centristes" avec une légère orientation à droite (conservatrice) ou à gauche (plus concernée par les programmes sociaux). La même remarque, avec un grand nombre de mises en garde car les comparaisons sont toujours dangereuses, s'appliquerait sans doute à la politique américaine.
Il y a pourtant des pays ou la droite s'affirme sans ambages comme détentrice du pouvoir. On sait qu'en Suisse, toutes distinctions politiques confondues, le pouvoir réel n'est pas tant dans le gouvernement fédéral que dans le "Vorort", regroupement puissant d'industriels, de banquiers, d'administrateurs de sociétés diverses, qui ne tolèrerait pas d'entorses à leur pouvoir. Il n'est d'ailleurs pas surprenant que la Suisse ait, malgré la présence de quelques personnalités social-démocrates remarquables (dont l'actuelle présidente, Micheline Calmy-Rey, une des rares personnalités politiques qui affirme publiquement qu'elle lit des livres), amorcé depuis une dizaine d'années un virage à droite très marqué. Apparemment, et pour des raisons différentes, certains pays d'Europe de l'Est amorcent eux aussi un virage à droite très net, si l'on en juge par la situation polonaise actuelle.
La marque du chef d'état devrait, aujourd'hui plus que jamais, être un mélange de pragmatisme et de valeurs profondes. Homme ou femme, parce que seuls les obsédés d'idéologies mal digérées peuvent encore se persuader que les femmes sont toujours "de gauche" - véritables anges de charité - et les hommes plutôt à droite: Margaret Thatcher, que je sache, n'était pas un homme, pas plus que Golda Meir.
Or un regard sur l'élection présidentielle française, plus que jamais entre ces deux tours, nous montre un étrange combat. D'un côté, quelqu'un dont le "pragmatisme" est à peu près total, un Nicolas Sarkozy plus camélon que jamais - du moins en paroles - pour la bonne raison qu'il n'y a pas de "valeurs" Sarkozy: Sarko, c'est le clown du grand capital, un homme qui présente bien, parle bien, affirme bien avoir écrit ce qu'il n'a pas écrit mais qui, curieusement, se vend bien - bref, le laquais parfait du libéralisme économique, du grand capital, des multinationales et des marchands d'armes qui se partagent toujours la planète. Le magazine Marianne affirme que le défaut de Sarkozy, c'est qu'il est "fou", en d'autres mots qu'il peut péter un joint, couler une bielle, n'importe quand. Je n'en crois pas un mot. Sarkozy, qui plaît aux immigrés parce qu'il est fils d'immigrés (même si c'est une immigration de luxe), qui plaît aux Juifs de France parce qu'il n'y a pas tellement de chefs d'état avec une ascendance juive, qui plaît aux musulmans pour leur avoir conféré des institutions visibles dans une société trop facilement raciste, qui plaît aux tenants de l'ordre et de la loi parce qu'il déclare défendre l'ordre et la loi, Sarkozy est en même temps capable de citer Jaurés dans la même foulée que de Gaulle, de se prétendre proche des ouvriers comme des banlieues (ou il ne met plus guère les pieds), bref de vouloir être tout pour tout le monde: le pragmatisme parfait. En même temps, ses valeurs, il les connaît: une habileté politique excessive sans doute mais considérable, une machine de guerre UMP graissée comme les chenilles d'un char d'assaut pour tout écraser sur son passage, et surtout un réseau de liens tissés serrés avec les puissances d'argent. Un combinaison dangereuse, on l'a dit, et il faut le redire. The Economist faisait figurer en couverture Sarko-Bonaparte comme "la chance de la France". On sait ce que Bonaparte a fait pour la France: des institutions sans doute, mais, en bout de ligne, un pays exsangue. Sarko n'ira pas faire la guerre, sans doute, mais la vraie guerre est aujourd'hui une guerre économique. Et la France fait face à un réel problème: des profits records pour certaines compagnies, des salaires démentiels pour un pourcentage minimal d'administrateurs, mais des difficultés à tous niveaux ailleurs.
Alors, encore une fois, on doit saluer l'intelligence qui se fait jour plus que jamais dans la campagne de Ségolène Royal. Face à l'homme qui se prend pour un messie, se sachant porté par une vague solidement appuyée sur le grand capital et les médias qui l'accompagnent, voici une candidate qui sait qu'elle n'a pas toutes les réponses. Une candidate honnête, qui sait que les réponses ne peuvent pas venir du seul monde politique. Une candidate qui connaît aussi ses limites, ce qui est rare en politique ou l'on voudrait sans cesse nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et les politiciens, malgré leurs faiblesses, pour des gourous. Il est certain que Bayrou, pour le moment, n'a que des promesses de voix à offrir dans un remodelage progressif du paysage français. Mais, si ses électeurs et électrices sont logiques, ils voudront donner la possibilité à une nouvelle politique de se mettre en place: pas à un remodelage appuyé sur un verrouillage de droite comme la France n'en a plus connu depuis des années.
Survivre en politique, sans doute, c'est une entreprise quelque peu assassine. Pas de pitié chez Mitterand pour Rocard. Pas de pitié chez Chirac pour ses adversaires. Pas de pitié pour les rivaux - sauf qu'on peut, comme au Canada, finir par travailler avec ses rivaux. J'imagine bien le paysage français se remodeler autour de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou. Autour de Sarkozy, renouvellement? À part pour le chef à l'Élysée, je ne vois rien de bien nouveau dans tout ceci. Se faire le jouet des puissances d'argent signifie d'emblée avoir les mains liées. Pour cinq ans.
Moi, ce n'est pas une perspective qui me tente. Alors, Ségolène? Peux-tu nous refaire le coup de Mitterand lors de sa première élection, même si c'est juste un petit 50% + 1 voix (comme disait le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, cela suffit pour gagner, une élection, sinon un référendum)? Après cela, ne nous déçois pas: la politique, c'est toute la France qui devra la faire avec toi. Parce que, si tu es élue contre le magicien auto-proclamé du grand capital, il restera beaucoup à faire: si la politique n'évolue pas aussi vite que la technologie, elle devra évoluer vite, faute de quoi la politique française (et canadienne, et suisse, et polonaise...) se trouvera dans la situation des grands plans stratégiques élaborés contre l'Allemagne en 1940: dépassée, de tout bords tous côtés. Nous n'attendons pas de miracles de Ségolène, qui n'est pas la Madone. Nous attendons une politicienne - mais ce pourrait être un politicien, le sexe ne fait ici rien à l'affaire même s'il est temps pour les femmes d'accéder à "la plus haute marche du pouvoir" au pays de la Loi Salique - qui écoute, tente de comprendre, et cherche à naviguer au mieux entre le besoin de défendre et développer une réelle justice sociale, et les besoins fondamentaux du développement économique.
Il faut se méfier comme la peste de ceux qui se prennent pour le Messie. Il n'y a pas de Messies: les Messies, c'est la projection de nos craintes sur l'écran de l'illusion. Il n'est pas surprenant que le mot de "peur" apparaisse tant, soudain, dans le discours sarkozyste. Mais la peur est-elle bonne conseillère, en quoi que ce soit?

samedi 7 avril 2007

L'espace de liberté, la guerre, les grandes manifestations

Mon père, Gabriel Paratte, a passé les deux dernières années de sa vie entre une chambre d'hôpital et un grand salon dans un appartement ou il vivait seul, et qu'il avait organisé comme une sorte de poste de commande dans un bateau, avec classeurs, téléphones, annuaires de toutes sortes. Il n'avait plus à se déplacer beaucoup, sinon entre la cuisine (ou il est finalement mort le 1er avril 2006 au matin), le salon, et la chambre à coucher. Il était sans doute de plus en plus débordé par la difficulté d'organiser, de trier, de classer, de répondre au courrier, et d'essayer de mettre au point ce qu'il faudrait qu'on organise après sa mort - il me le rappelait sans cesse, et c'est sans doute pour cela qu'il nous a finalement laissé, avec quarante ans d'archives, de dossiers, de tapis, de meubles, de souvenirs, de livres, de documents de toutes sortes, la situation pas nécessairement la pire, mais certainement la plus chaotique possible, d'autant plus chaotique qu'elle impliquait de tout organiser entre trois pays, dont deux (la Suisse et la France) sont encore séparés par une frontière (ah! l'Europe! quelle merveilleux développement quand on doit comparer à ce qu'on doit affronter quand on affronte une frontière...), et le troisième, le Canada, des deux premiers par un océan.

Mon père n'aimait pas particulièrement Brigitte Bardot, mais d'une certaine manière il me semble percevoir chez lui la même résignation dans des dernières années que le sentiment perceptible plus comme révolte que comme résignation chez la perpétuellement ex-"sex kitten" du cinéma français (elle n'était d'ailleurs pas, à cet égard, la première: connaissez-vous Simone Simon, qui avait elle aussi un nom et un prénom avec la même lettre?): résignation, ou révolte verbale, contre cet emprisonnement progressif qui est celui de l'individu dans la plupart de nos sociétés. L'appartement dans lequel vivait mon père, à Bâle, était devenu pour moi alors que j'y vivais l'incarnation la plus évidente de cet emprisonnement doré sans doute, mais non moins prison. Des clés pour tout ouvrir. Faire le moins de bruit possible en prenant l'ascenseur. Ne pas descendre porter les poubelles torse nu. Se heurter pour aller aux poubelles, à la cave, ou au garage, à des portes en béton calibrées pour une attaque nucléaire. Ne jamais concevoir que cet appartement pourrait vous appartenir: la Suisse est une sorte de dessin de petits carrés d'habitation dont chaque nouvelle construction renforce encore l'emprise des propriétaires, sociétés anonymes, banques, sociétés d'assurance, qui avalent et rejettent les individus (comme ils le firent avec mon père) à la façon d'un Moloch, anonyme mais prenant de jour en jour, d'année en année, de plus en plus de puissance. Bâle, ville puissante et riche par ses compagnies pharmaceutiques, ses banques, ses compagnies d'assurance, sa banque des réglements internationaux, et nombre d'autres gnomes qui nous sont inconnus mais non moins actifs, est si organisée qu'on la traverse maintenant par un tunnel souterrain qui n'a pas simplement pour but de passer sous le Rhin, mais littéralement de contourner en sous-sol le manque d'espace en sol. Je me voyais, dans le relativement luxueux - et horriblement coûteux - appartement du 30, Sankt Alban Anlage, en train de m'assécher comme une plante entre des dalles de marbre et de béton. Pour le Bâlois, la liberté, c'est l'idée d'aller dans le Jura tout proche faire du cheval...
L'Amérique du Nord, et l'Acadie en particulier, m'apparaissaient en proportion comme un espace de liberté. Certes, les Canadiens sont eux aussi victimes de certaines réalités - un système fiscal féodal, tentaculaire, qui s'est inscrit comme obsession dans la conscience nationale; une force policière fédérale débile, paranoïaque, dont nous ne devrions jamais oublier qu'elle a commencé comme force militaire pour massacrer les métis de Louis Riel -, mais, dans l'ensemble, je peux aller dans l'espace, dans la nature, dans le paysage, dans les divertissements cosmopolites, chercher une certaine liberté, une façon d'échapper au monde des petites boîtes, fussent-elles des boîtes à musique minutieusement programmées par les programmeurs d'Omega, maintenant capables de déterminer au millième de seconde près les vainqueurs des compétitions sportives majeures.
L'argument de Brigitte Bardot, c'est que nous n'avons plus d'espace de liberté. Or, curieusement, on pourrait dire que c'est dans des aventures extrêmes, dans l'adrénaline des grands jours, que nous trouvons cette liberté. Stendhal se rappelant ses guerres napoléoniennes. Hitler promettant à ses soldats, ses SS surtout, des espaces de liberté à l'est, une fois l'est colonisé et débarassé de sa "vermine" (l'horreur de la chose ne doit jamais faire oublier qu'aux yeux de certains le pire totalitarisme passait aussi pour la plus totale libération de contraintes sociales honnies). On n'a jamais déclenché de guerres au bon moment, ou parce qu'un peuple pauvre voulait affronter un ennemi menaçant: les guerres sont irrationnelles, et se déclenchent lorsque l'espace de liberté est devenu si restreint - dans l'esprit d'une collectivité - qu'il s'agit d'ouvrir l'espace, à tout prix.
La guerre n'est évidemment pas la meilleure solution: somme toute, la collectivité y laissera, plus que des plumes, une bonne partie de son avenir. On préfère donc les grandes manifestations, durant lesquelles on peut avoir l'impression, entre les blocs de béton plus ou moins resserrés autour de nous, de jouir d'une certaine liberté tout comme le sexe nous donne l'impression de jouir librement (comme nos voisins sans doute) entre quatre murs. La coupe du monde de foot. La Coupe Stanley. Le Superbowl. Et, bien sûr, les élections. Nous savons que les politiciens promettent et ne pourront pas tenir. Nous savons que, quel que soit le prochain président ou la prochaine présidente de la France, ni elle ni il ne pourront faire des miracles. Mais nous savons que, le temps d'une campagne, le temps d'une lune de miel politique, nous aurons l'impression d'un nouvel horizon, d'une autre chaîne de montagnes au long de la route, qui cacherait peut-être enfin, qui sait? l'Eldorado. Le grand soir. Il faut maintenir ces horizons dans les démocraties, qui se veulent de plus en plus rationnelles et organisées: elles sont le seul moyen d'éviter les guerres et les révoltes, dans lesquelles se réfugie inévitablement le désir de se sentir libre, de se sentir vivre sans contrainte qui nous est de plus en plus refusé autrement.
À la question: pourquoi certains votent-ils Le Pen? La réponse est sans doute, possiblement: parce qu'il y a des racistes en France, parce que les anciens pieds-noirs votent volontiers Le Pen, parce que les lassés de l'Europe - qui apparaît, à tort, comme une masse incontrôlable de régles et de contraintes additionnelles - veulent voter contre l'Europe; mais, surtout, parce que l'allure de baroudeur que s'est donné Le Pen, venu, en plus, de la Bretagne, espace de marins et de grands vents, laisse croire que Le Pen, lui, ne se sent prisonnier d'aucune contrainte, et que c'est avant tout un homme libre.
Étrangement, on peut appliquer la même notion à François Bayrou, qui est un peu en France dans la situation de Mario Dumont au Québec: un politicien de droite, mais qui incarne les valeurs fondamentales de l'"Homme Libre", celui qui échappe aux systèmes, aux clans, aux partis - et qui sera donc le président, ou le chef de l'opposition, porteur de cette valeur impossible à dominer, irrépressible et fondamentale qu'est pour nous la liberté - celle que connaissaient nos ancêtres, alors qu'ils allaient de village lacustre en village lacustre, de maisons troglodytes en maisons troglodytes, affirmant cette liberté fondamentale par un nomadisme qui contrastait avec les routines sédentaires qui absorbaient de plus en plus les communautés fixes naissant de par le monde. Nous ne pouvons réduire cette liberté à la liberté sexuelle ou à des valeurs de nomadisme vacancier. Il nous faut autre chose. De grandes manifestations. De grands projets. L'illusion de la liberté. Des Colisées de liberté. Des méga-concerts de rock, comme nous en connaissons depuis vingt ans. Des rassemblements politiques.
Sarko l'a bien compris, lui qui pourtant organise tout si méticuleusement, y compris sa vie sentimentale, en dépensant 8 millions d'euros pour se faire sacrer par l'UMP dans le plus pur style des campagnes électorales américaines. Ce n'est pas Bokassa ou Kim-Jong-Il, mais on est sur la voie: la liberté, c'est de s'égosiller pour célébrer un candidat qui affirme sa "liberté" de parole pendant que ses amis capitalistes affirment, eux, sans hésiter, leur liberté de faire le maximum de profits à tout prix. D'ailleurs, au rythme ou ses nègres écrivent, les oeuvres de Sarko rejoindront bientôt dans l'histoire littéraire les oeuvres complètes de Kim-Il-Sung en trois volumes reliés. On n'atteint pas tout à fait le cynisme des Kennedy, qui, ayant fait récrire les textes médiocres de JFK, s'étaient même débrouillés pour faire avoir le prix Pulitzer à leur vedette!
Voilà le hic: célébrer la liberté, sans s'enfermer dans une mise en machine de cette mise en liberté, qui n'est de toutes façons jamais que conditionnelle.
Voilà le dilemme de la candidate socialiste: incarner la liberté, incarner des valeurs de désir et d'espoir, tout en s'appuyant cependant sur un parti qui, sans avoir jamais cédé aux sirènes contraignantes du marxisme, continue de croire que l'État est le grand ami des individus, et le grand défenseur des libertés. La quadrature du cercle. La vraie liberté n'est pas en politique, ni dans la fonction publique. Elle est dans le sentiment d'être dans une société ou je ne serai pas jusqu'à la mort prisonnier du même rôle, des mêmes structures, de la même routine. Dans laquelle je serai autre chose qu'un robot amélioré promis à la casse à la cinquantaine et promis à la maison de retraite, càd le tunnel vers la mort, passé mon temps. De Ségolène Royal, on attend non qu'elle incarne cet espace de liberté - elle n'est pas Jeanne d'Arc - mais qu'elle veille à le préserver, dans notre intérêt à tous et à toutes. Il serait plus facile de mentir en étant de droite ou du centre. Notre liberté, cependant, c'est aussi de ne pas faire le jeu des grandes sociétés qui rêvent de contrôler un peu plus, de jour en jour, nos sociétés, sous tous les prétextes possibles. C'est de voter en pensant, comme on le pensait avec l'élection miraculeuse de François Mitterand, qu'un nouveau jour était possible. Le penser, c'est déjà beaucoup. Donnons-nous cette option...

jeudi 29 mars 2007

Ah, faire à trois l'amour...la politique...la guerre...

Dans les camps de prisonniers au Vietnam, les nord-vietnamiens, à l'époque de la guerre du Viet-Nam, mettaient les prisonniers américains en groupes de 3. La raison était simple: un groupe de 3 finit, à de rares exceptions près, par se déliter en 2 + 1, soit un couple de complices et un troisième larron. Bien entendu, le 3è larron cherche à amener de son côté l'un des membres du couple, ce qui fait de cet ensemble non seulement un ensemble fondamentalement conflictuel, mais un ensemble dans lequel les tensions ne cessent jamais. Si 2 projettent une évasion, le 3è peut fort bien vouloir les dénoncer pour se venger, et ainsi de suite...

Dans les relations amoureuses, les figures à 3, 4 ou plus ne sont pas évidentes à organiser, même si dans l'absolu cela semble fabuleux. 2 hommes, 1 femme, la femme est reine de l'affaire, et elle profite de deux zizis, quatre couilles, quatre mains, deux bouches...Le problème, c'est que, si le deux hommes ne sont pas légèrement bisexuels, on revient à la constitution d'un couple avec un 3è larron, donc le camp de prisonniers vietnamiens. Si les hommes sont légèrement bisexuels, ils le deviendront peut-être plus, et c'est la fifille qui devient la 3è larronne, à son grand dam, et même si toutes les femmes sont un peu curieuses de voir ce que peuvent bien faire deux mâles ensemble. Si ce sont 2 femmes et 1 homme, il faut que l'homme soit drôlement bâti pour satisfaire deux femmes (à moins, comme en Afrique, que ce ne soit institutionnalisé, auquel cas les femmes ne peuvent pas protester de toutes façons, mais n'en pensent pas moins...); et, si les deux femmes se plaisent, le 3è larron est comme larron en foire...condamné à se masturber en les regardant. À 4, ce n'est pas plus évident: la ou le partenaire du partenaire ou de la partenaire que je veux ne va pas forcément plaire au mien, ou l'exciter, ou même l'intéresser. On arrive donc souvent à une relation à 2+1+1, avec non seulement 1 larron frustré en plus du couple, mais 2 larrons frustrés, qui pourtant ne partagent pas leur frustration.

La politique, comme on dit en anglais "fait d'étranges partenaires de lit" (makes for strange bedfellows). Voici que les élections au Québec se sont jouées à 3, et que les libéraux se retrouvent dans le même lit que l'opposition officielle, l'Alliance Démocratique du Québec, toute étonnée de son succès. Pendant ce temps-là, André Boisclair, l'homme au ton tranchant et au visage en larme de couteau que les médias voulaient quand même chérir, a coulé le vaisseau du PQ, non parce que c'était "une gang de tapettes" (encore que l'homphobie ne soit sûrement pas absente de la pensée "familiale" de certains électeurs), mais parce que, tout simplement, il a fait une mauvaise campagne. Pourtant, ce qui ressort de cette élection, c'est que la vie politique au Québec, c'est comme le triolisme: l'amour à 3, qui ne marche pas. Mais, comme dans les camps de prisonniers vietnamiens, nous aimons enfermer nos politiciens dans des situations tendues qui nous assurent qu'ils ne deviendront pas trop complaisants. Gouvernement minoritaire à Ottawa. Gouvernement minoritaire à Halifax. Gouvernement minoritaire à Québec. Étrange accouplement des démocrates au parlement américain, avec un président républicain qui a fait plus que tout autre pour nous amener à voir dans nos leaders "démocratiquement" élus de petits dictateurs potentiels, et de nous en méfier.

Voici donc qu'en France les candidats à la présidence, qui courtisent maintenant assidûment les Français du Canada (48000 voix potentielles) - une lettre de Bayrou, un bureau sarkozyste à Montréal, et bien sûr moi je roule pour Ségo - sont également à 3 dans leur lit politique - ce qui, érotiquement parlant, est plus excitant que d'imaginer Chirac au pieu avec Le Pen - Blerk! Pour le moment, bien malin qui peut assurer que les sondages donnent clairement l'indication de qui va gagner au premier tour. Ma prédiction personnelle? Bayrou et Ségo. J'espère, mais je pense aussi, que Sarko est en chute libre. Comme André Boisclair, mais pas pour les mêmes raisons. Trop abrasif. Trop sûr de lui. Trop à droite. Cela plaît, sans doute, à l'esprit militariste de certains Français, mais pas à la majorité, qui attend. S'ils étaient sarkozystes, cela se saurait. Et les indécis vont aller en majorité vers Bayrou, qui est un peu le Dumont français, et vers Ségo, quelque limité que soit son charisme.

Bill Clinton a dû sa première élection à un party à 3, avec Ross Perot qui est venu fausser le jeu de la droite bushienne. Mais, aux États-Unis, on ne va pas à un second tour. En France, il y aura nécessairement un dernier affrontement à deux. Stratégiquement, c'est finalement au premier tour que tout se joue. C'est injuste en partie, mais politiquement efficace. Pour Bayrou, c'est quitte ou double: son parti n'est pas assez fort pour en faire le premier ministre, au besoin d'une Ségolène Royal recentrée. Ou il passe au premier tour, ou il perd définitivement.

Ah, ces amours à trois! Et encore, cela pourrait être pire si l'on ajoute un cheval à l'équation: le cheval de trois, bien entendu!

vendredi 23 mars 2007

Ah, la vulve de Britney Spears!

My God! Ou, plutôt, on devrait dire: My Gode! Une joke bilingue, puisque si Dieu est bien "God" en anglais, par contre "Gode" en français est un "dildo" en anglais.
My Gode donc! Britney Spears a une vulve!
Récapitulons.
Dans les livres d'éducation sexuelle pour enfants, on disait: Jean est un petit gars, il a un pénis; Caroline est une petite fille, elle a un vagin.
C'est sans doute pour cela que la moitié des sites web qui nous montrent Britney Spears en train de dévoiler son intimité nous disent qu'elle montre son "vagin". Un peu comme François Mauriac, après la parution du "Deuxième Sexe", avait écrit à l'éditeur de Simone de Beauvoir qu'il n'avait pas besoin de tout savoir sur le "vagin" de sa patronne.
Récapitulons encore.
Un vagin, c'est un fourreau de chair destiné, entre autres, à permettre l'écoulement du sang menstruel, à accueillir le pénis en érection ou (à défaut ou selon les préférences) d'autres godes, et enfin, grâce à son extraordinaire élasticité, à permettre la sortie des bébés générés, entre autres, par l'éjaculation du sperme dans ledit vagin, assez profondément si possible.
Personne n'a donc "vu" le "vagin" de Britney Spears. Dont on suppose, puisqu'elle a eu deux enfants, que ses amants, ses maris (on s'y perd un peu), le pénis de ses amants, ses gynécologues et ses accoucheurs (plus ses enfants) en ont eu un aperçu. Il devrait probablement être rose, humide, et strié de ces rainures qui massent l'organe viril et font gémir les femmes.
Mais, pour "voir" le "vagin" de Britney Spears ou de Simone de Beauvoir, il faudrait une caméra comme il y en a sur certains sites porno: une caméra qu'on glisse dans le vagin, comme on glisse des caméras aujourd'hui, en cette ère de nanotechnologie de plus en plus poussée, dans un peu toutes les parties du corps, pour les vérifier, les rectifier, les cartographier, les opérer au besoin.
La "révélation" n'est donc pas du "'vagin" de Britney Spears, dont l'existence est plus que probable, mais de la vulve et du mont de Vénus de Britney Spears, dont on peut penser qu'ils ne sont pas profondément différents de la vulve de du mont de Vénus de Simone de Beauvoir, de la vulve et du mont de Vénus de Ségolène Royal, ou même - en dépit de l'allure ultra-rigide que ses fonctions de ministre de la Défense de la France l'obligent à prendre - de la vulve et du mont de Vénus de MAM.
Ni, à toutes fins pratiques, des monts de Vénus et des vulves de la plupart des femmes. Il y a des femmes passablement moches qui ont une très jolie vulve et un papillon tatoué sur le mont de Vénus. Il y a de très jolies femmes qui ont un "plat de charcuterie" un peu trop abondant entre les cuisses. De même que des nabots mâles peuvent avoir une très belle bite, et des athlétes sublimes de minuscules quéquettes qui ne tiennent pas la route.
On se demande, donc, ce qu'il y a de si répréhensible de la part de Britney Spears à montrer le fait que sa vulve est épilée et somme toute très avenante, et qu'elle est probablement saine puisqu'elle n'hésite pas à se passer de culotte.
Réponse: à part pour les curés qui sont souvent coincés (de quelque religion qu'ils soient), à part pour les culs-bénits et les vierges attardées, il n'y a rien de répréhensible dans le fait que Britney Spears montre sa vulve, pas plus que dans le fait que Pamela Anderson nous ait présenté la sienne en pleine action sur un lac, que Simone de Beauvoir en ait probablement fait profiter un bon nombre de gars bien bâtis des deux côtés de l'Atlantique, ou que Danielle Mitterand en ait fait profiter non seulement son auguste Sphinx d'époux, mais un certain nombre d'amants, dont le professeur de gymnastique -probablement athlétique du côté de la quéquette - qui partageait l'espace de leur appartement.
Ce n'est pas que Britney Spears ait une vulve qui dérange. Même les femmes arabes, pourtant étouffant sous leur burka comme les Afghanes ou sous leurs voiles noirs comme les femmes de Tozeur, ont une vulve, imaginez! dont leurs coraniques époux font sans doute usage abondamment, comme Allah le leur intime. En fait, nos compagnes de 2007 ont en commun avec les femmes arabes et Britney Spears de s'épiler complètement, sachant bien que ce qui excite la vision et le désir des hommes (et l'intérêt des femmes, et leur désir peut-être aussi), c'est l'architecture de la fente, la délicatesse effrontée du clitoris, l'élégance soyeuse des pétales. À part le yéti, ce n'est guère le poil, il suffit de lire des revues nudistes (ou d'aller dans des camps nudistes) pour s'en convaincre.
En quoi, donc, la vulve de Britney Spears nous dérange-t-elle tant?
J'avoue ne pas le savoir. Marilyn Monroe passait plein de temps nue, dès qu'elle n'était pas "en représentation". Il y a sûrement des photos de la vulve de Marilyn Monroe quelque part. Comme il y en a sûrement de Simone de Beauvoir. Même si les standards de nudité féminine changent avec les générations.
Pour ma part, élevé à une époque ou l'on trouvait peu de renseignements sur les vulves avant d'en voir "en vrai" (avec une certaine gêne), mais ou par contre on nous disait tout sur les "vagins", comme si le seul but du sexe était la reproduction (et que dire de l'anus, si délicieusement présent dans tous les traités d'érotisme comme entre les fesses de nos compagnes, mais dont l'absence était généralement criante des ouvrages dits "d'introduction à la sexualité"?), j'ai toujours eu un faible pour les photos d'André de Dienes, cachées dans la bibliothèque de mon père, qui ont nourri mes premiers fantasmes et mes fréquentes et abondantes masturbations d'adolescent. Des femmes lisses, rondes, mûres comme des fruits en plein désert ou dans la mer. Pas étonnant qu'André de Dienes nous ait donné de fort belles photos de Marilyn Monroe.
Alors, à la différence de commentaires sur certains sites disant que Britney Spears est devenue une "gross truie dégueulasse", je trouve plutôt que c'est agréablement sympa, de voir sa vulve.
Mais nous sommes encore très, très coincés.
Il a fallu des prouesses aux paparazzi pour faire des photos de Ségolène Royal en bikini. Et de se rendre compte qu'elle était vraiment bien faite. Ils n'ont sans doute plus beaucoup le temps de baiser en ce moment, mais on ne plaint pas François Hollande.
Quand Clinton avait été élu, nombreux étaient les Américains à dire: enfin un président baisable! Même remarque pour Kennedy.
C'est que l'aura sexuelle de nos icônes, idoles et autres figures de proue est aussi importante que leur aura globale, intellectuelle, émotionnelle, etc...
Alors, Sarko, tu nous montre quand ta quéquette? Il est vrai que, si Cécilia était partie, et si elle a toujours l'air si triste...Oh! My Gode! j'ai peur des conclusions que je pourrais tirer...

mardi 20 mars 2007

Reema, allers-retours

Nicolas Hulot, qui s'est fait flouer par à peu près tout le monde sauf Dominique Voynet (mais pour combien comptera-t-elle, en fin de compte?) tente de revenir dans une campagne qui semble avoir largement oublié qu'il y a peu de temps le réchauffement climatique était, soi-disant, la première préoccupation des Français comme des Canadiens. Sauf qu'entretemps, s'il a fait plutôt doux en France pendant un moment, il a fait plutôt fret et neigeux par ici, ce qui veut dire...nous ne sommes pas vraiment convaincus de l'imminence d'une catastrophe climatique, et les Français apparemment pas trop non plus.

La catastrophe est à un autre niveau: celui des profits épouvantables et astronomiques que font certaines compagnies depuis plusieurs années, alors qu'en même temps elles délocalisent et mettent du personnel à la porte. L'éthique en affaires...oubliée. Oublié l'intérêt collectif, à supposer qu'il ait jamais primé. La seule chose qui compte: le rendement, à l'échelle planétaire, pour les actionnaires. Et le débordement de capitaux dans ce qui était vu comme le "tiers monde" il n'y a pas si longtemps, des milliards de Mittal au déferlement de fric à Dubaï, n'ont rien pour rassurer. Le capitalisme sauvage ne vient plus des colonisateurs européens, mais de ceux qui ont si longtemps été maîtres du monde: sous-continent indien et pays arabes. Même si on ne devrait en aucun cas épouser les thèses simplistes de la gang à Le Pen (même si sa fausse blonde de fille a définitivement tout ce qu'il faut pour attirer l'attention, le père étant quand même un peu faisandé), il faut reconnaître que l'Europe fait face à une perte massive de pouvoir à l'échelle mondiale, et pas simplement par la faute des États-Unis et du capitalisme nord-américain. Les vraies fortunes, les très grosses entreprises, seront désormais ailleurs. La force du Canada est de pouvoir se prévaloir d'être à la fois un pays d'Amérique du Nord, d'avoir de solides racines européennes, et de participer de plain-pied à l'espace asiatique. On ne peut guère, si on joue bien nos cartes, faire mieux. D'ailleurs la petite trompette souverainiste n'a pas, en cette période de campagne électorale québécoise, retenti bien fortement. Quitter le bateau canadien n'est certainement pas, souverainiste ou non, dans l'intérêt actuel du Québec. Ni du Canada (et encore moins de l'Acadie, s'il faut nous regarder le nombril).

Parlant de cinéma à l'université l'autre jour, et montrant à quel point nos technologies évoluent vite - n'importe qui pourra bientôt faire n'importe quel film n'importe quand et le diffuser mondialement - je remarquais à quel point nous avons des politiciens une étrange perception: à 50 ans passés, on est "vieux" (même si ce n'est pas vrai) pour la plupart des professions...sauf pour la vie politique, ou on est étiqueté "jeune". Le jeune Sarko. La jeune Ségo. Le jeune Bayrou. On trouve même des excuses au chevrotant Le Pen, c'est tout dire. Mais il faut dire que la politique, c'est souvent cul-par-dessus-tête: Villiers, le vicomte, descendant de ceux qui firent tout contre la France républicaine et égalitaire, se disait "patriote" aux 4 Vérités ce matin. Patriote de quelle France? Celle d'hier, ou celle de demain?

Au Québec, au moins, les politiciens sont dans la quarantaine. En Nouvelle-Écosse aussi. Laissez agir les jeunes générations, par pitié. Il est parfois pire de mettre quelqu'un à un poste trop tard que trop tôt, parce que, s'il a perdu la flamme, il a par contre accumulé des rancoeurs difficiles à oublier.

Parlant de rancoeurs, le très beau film de Paul-Émile d'Entremont, réalisateur acadien, Reema: allers-retours, soulève de bonnes questions. J'avais travaillé avec Paul-Émile et Martine Jacquot à un documentaire sur la littérature acadienne en Nouvelle-Écosse il y a quelques années. Après cela je l'avais retrouvé dans un atelier de l'Office National du Film. Il avait eu un documentaire d'accepté par la suite (moi pas). Là, sur plusieurs années, il suit une jeune fille devenant jeune femme qui est fille d'une Acadienne de la Baie Sainte-Marie (sans grande fortune, mais libre de ses opinions et de ses mouvements) et d'un Irakien de bourgeoisie assez fortunée qui fait aujourd'hui de l'argent en Jordanie en travaillant avec les Américains (ce qui n'est pas très bon pour la santé aux yeux de certains Irakiens). Bien sûr ils ont divorcé, et une des filles, Reema, a grandi Canadienne, sa soeur Tamara grandissant Irakienne, sous la coupe d'une grand-mère qui est, bien entendu, la belle-mère arabe typique (c'est-à-dire tout à fait imbuvable pour une bru occidentale). Nous suivons le parcours identitaire de Reema en même temps que finit son adolescence, et même si le film soulève, dans son montage final, bien des questions qui restent sans réponse, il se pose fondamentalement une question: ne serons-nous pas tous, et toutes, confrontés à ce genre de situation alors que la planète est de plus en plus connectée, humainement autant qu'électroniquement? De vrais problèmes.

C'est cela qu'on veut entendre discuter dans les campagnes électorales. Pour ma part, la seule que j'entends évoquer de vrais problèmes à gauche, c'est Ségolène; à droite, c'est Bayrou. Mais, bien sûr, la machine UMP et les multinationales ne voient d'un bon oeil ni l'un ni l'autre...

vendredi 9 mars 2007

Ah, la tentation Bayrou...

La réchauffement climatique ne nous frappe toujours pas, ici, en Nouvelle-Écosse: -18, -29, -31...de la neige à pelleter...et Télématin qui nous dit que les températures en France sont clémentes, vraiment douces pour la saison, que le printemps est en avance...
Curieusement, l'écologie ne semble plus être au coeur des préoccupations des Français en ces temps d'élection. La "balloune" Hulot a quelque peu perdu de sa prédominance, maintenant que tout le monde est écologiste - ou son contraire - et quant à José Bové, c'est dur de savoir ou il a disparu.
L'autre jour, des étudiants m'ont demandé: alors, qu'est-ce qui arrive à Ségolène? Et c'est vrai que, même si "Ségolène" est un prénom qui a un petit air aristo pour les gens qui connaissent la Lorraine, cela ressemble un peu à un nom de personnage de BD. "Les aventures de Ségolène". N'en déduisez pas que je suggère que Ségolène serait la Bécassine de la politique, ou la Barbarella de la politique. De Bécassine, j'espère qu'elle a le bon sens qui permet toujours de retomber sur ses pieds; de Barbarella, elle pourrait avoir le côté sexy et aventurier, mais cela ne siérait pas à la prétendante au poste de souveraine de la république, alors elle a cet air un peu froid, et ce sourire implacable qui lui permettrait de travailler chez Walt Disney ou il faut sourire tout le temps, et en fait l'héritière de Lecanuet, l'homme qui aurait pu participer à une pub de dentifrice, comme Jimmy Carter d'ailleurs.
Non, Ségolène n'est pas la Bécassine de la politique. Sans doute que, cette année, les candidats à la présidentielle française sont tous des "seconds couteaux": aucun ancien premier ministre dans le lot, aucun "monstre sacré" traînant ses basques ou son jupon dans le Laderneau politique depuis des lustres, façon Chirac qui a finalement, comme Mitterand d'ailleurs, été élu à l'arraché - comme disait The Economist: les Français aiment tester leurs politiciens sur la durée. N'avoir pas accepté ce principe a coûté une présidence 2007 possible à Lionel Jospin. Même Le Pen, le clown des clowns, le fada d'extrême-droite, bénéficie de cet étrange facteur de durée. Pas pour lontgtemps, espérons-le: Monsieur le Baroudeur, votre baroud d'honneur a définitivement sonné. Trois petits tours, et puis...
Restent donc, émergeant comme une nouvelle génération - en politique, on est jeune à 50 ans, alors que partout ailleurs on vous colle en pré-retraite - trois noms, somme toute peu testés. Bayrou, le miraculé des sondages (on vous le disait, que la foi chrétienne pouvait soulever des cotes!); Ségo, la Madonne du nouveau socialisme; et Sarko, le Zorro des révolutions qui ne sont ni ruptures ni révolutions.
La tentation Bayrou est tentante. L'homme a les pieds sur terre. Il sait ce qu'il veut. Il parle clairement. Et il ne donne pas l'impression d'avoir, depuis l'enfance, aiguisé ses couteaux pour éliminer systématiquement, Zarko-style, ceux ou celles qui ne lui plaisent pas.
Bayrou, logiquement, devrait remplacer Zarko sur le podium de la droite. Le peut-il? Qui sait? Mais ce serait bien. Cela poserait les vrais problèmes. Une droite néo-libérale, néo-conservatrice, complètement discréditée, au pouvoir depuis trop longtemps, inefficace depuis trop longtemps. Toutes proportions gardées, Bayrou, c'est le Stephen Harper français. Un conservatisme pragmatique. Il faut qu'il batte Zarko au premier tour! Mais pas Ségo.
Pourquoi? Parce que Ségo est le seul espoir de renouvellement de la gauche. Fabius lessivé, Rocard (que j'aimais personnellement beaucoup) en pré-retraite quelque part au parlement européen, Jospin ruminant son erreur de retrait prématuré et ses rêves pseudo-trostkystes, il reste Strauss-Kahn pour convaincre que les socialistes sont réalistes en matière d'économie (une sorte de Jacques Delors bis) et Ségo pour dire: la France est autre, aujourd'hui. C'est une France de régions et de nouvelles institutions, une France qui a besoin de changer, mais pas sur le dos des petits, et pas juste pour le profit des gros.
Alors, le rêve, pour lutter contre le froid? Un duel Ségo-Bayrou au second tour. Ségo l'emportant, parce que la "balloune" Bayrou, et son manque d'assise, se dégonfleront au second tour. Strauss-Kahn premier ministre, dans un gouvernement PS et affiliés, UDF et affiliés. Le rêve! Et, enfin, tous ensemble, une possibilité de changer les choses...

mercredi 21 février 2007

Ah, le charisme!

Adolf Hitler, qui en dépit des dénégations à la mode depuis 1945 avait été l'idole d'un bon nombre d'Allemands durant les années 30 - et on comprend que la majorité ne s'en soit pas vanté par la suite - était persuadé qu'il avait été choisi par le destin pour diriger le peuple allemand. L'élu de la Providence. On sait ce que cela donne, les élus de la Providence: des mégalomanes, convaincus de leur supériorité innée par rapport au commun des mortels (et généralement des mortelles encore plus), capables de tout justifier par cette vision baroque et invraisemblable d'eux-mêmes. On sait, dans le cas d'Hitler, à quoi cela aboutit: la destruction massive de tout, à commencer par ceux et celles qui ne conviennent pas au système, vite perverti d'ailleurs par les ambitions, les querelles de chapelles, la méchanceté profonde des uns et des autres, et bien sûr le besoin de plaire au supérieur, à commencer par le dictateur lui-même.
La leçon a porté, dans une certaine mesure. Les pays occidentaux sont moins enclins à accepter l'idée des hommes providentiels - disons hommes parce que les femmes providentielles sont, historiquement parlant, plus rares. Même si, en regardant les femmes qui ont exercé le pouvoir comme celles qui ont été proches conseillères du pouvoir (à commencer par les maîtresses des rois de France), on s'aperçoit que l'idée selon laquelle les femmes sont moins assoiffées de pouvoir que les hommes est une idée reçue...et parfaitement fausse.
Le politicien idéal, la politicienne idéale, sont donc des êtres humains qui gardent les pieds sur terre, ne se prennent pas pour des élus de la Providence, et entretiennent avec "le peuple" qui les a élus - et détient le pouvoir de les réélire - une relation qui est fondée, non sur un bras-de-fer constant (qui dérape vite vers la menace et la domination) mais sur un dialogue, qui n'est pas nécessairement toujours à sens unique, en d'autres mots: le politicien, la politicienne, doit être à l'écoute des citoyens.
Au Canada, je penche pour Stéphane Dion, que j'ai vu animer avec moi des ateliers sur la francophonie, arrivant avec modestie et son petit sac à dos, comme un étudiant.
En France, je reste convaincu que Ségolène Royal est la meilleure option. Elle s'est reprise, comme on l'espérait, même si elle n'a pas le charisme de certains autres candidats. Le charisme "populo" mais très étudié de José Bové. Le charisme vampirique de Sarkozy, qui joue tellement au bon gars qu'on ne sait plus exactement pour qui il court - sauf qu'il est persuadé, lui, d'être l'élu de la Providence: choisi par les pouvoirs en place pour jouer au pouvoir le jeu du capitalisme intégral. La charisme bonhomme de Bayrou, qui monte dans les sondages parce que les gens de droite aimeraient bien, en profondeur, voter pour quelqu'un d'autre que Sarkozy. Mais est-ce que la vie d'un François Bayrou président, avec une base partisane faible, un Zarko aux longues dents guettant sa jugulaire, et une gauche puissante, serait vivable? Viable sans doute, pour un mandat, une sorte de Valéry Giscard d'Estaing bis, avec un parcours politique pour arriver à la présidence moins évident dans ses réalisations que celui de Giscard, qui malgré de bonnes choses souffrit pourtant d'être empêtré dans ses contradictions. Mais allez-y, gens de droite: votez Bayrou! À tout prendre, Bayrou-Royal, une droite populaire contre une gauche moderne, ce serait un débat de second tour un peu plus passionnant que le débat entre Royal et une UMP verrouillée pour la plus grande gloire de l'Élu - qui comme tous les "élus" est déjà persuadé de son destin présidentiel, sinon providentiel.
Qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas. Sarko, qui est l'enfant chéri des multinationales et de la droite la plus réactionnaire, en France comme ailleurs, Sarko qui a tellement tenu à être pris en photo avec George Dubya Bush (à la même hauteur) au moment ou même Tony Blair, l'ami fidéle de l'aventure irakienne, prend ses distances en sachant que si Bush intervient en Iran il enferme ses successeur(e)s dans une monstrueuse connerie, n'est pas Hitler, bien sûr. On pourra bien sûr discuter à perpétuité du fait que ses origines est-européennes lui donnent une vision du pouvoir plus facilement dictatoriale que d'autres, mais je pense que c'est avant tout une question personnelle. Le problème, c'est que les dictateurs, petits ou grands, temporaires ou définitifs, fascinent. Les admirateurs de Napoléon Ier n'ont pas encore comptabilisé les multiples erreurs de son régime. Ils l'admirent sans réserve. Je parie qu'il y a beaucoup de Bonapartistes inconscients dans les admirateurs de Sarko, l'homme qui se voit déjà poser sur sa tête la couronne républicaine, avant de mettre une couronne (plus petite sans doute) sur la tête de Cécilia. Un Sacre républicain.
Alors, Ségolène, toi dont le manque de charisme est patent, toi qui fais des efforts pour parler de façon plus décontractée, pour soulever un peu plus d'enthousiasme, tu restes sur la bonne voie. Ne te prends pas, jamais! pour l'élue de la Providence. Ne pense pas non plus que d'être femme est une des raisons pour faire "de la politique autrement". Pense qu'être socialiste, en 2007, c'est vouloir faire de la politique autrement. Et, par-dessus tout, tout en affinant ton programme et en le chiffrant -surtout! -, tout en travaillant avec tous - une présidente se doit d'être rassembleuse, à commencer par son propre parti: c'est cela, la grandeur du pouvoir - continue d'écouter.
Il y a un candidat, un "vrai socialiste", qui représente les Maires de France. Il ne sera pas élu, mais écoute-le, lui aussi.
Est-ce que la France peut abandonner l'euro? Non. Mais doit-on réfléchir sérieusement au problème qu'a posé l'euro à l'économie française, aux montées de prix par exemple? Évidemment. Entends-tu "le peuple" en parler?
Est-ce que la France peut "quitter" l'Europe? Non. Mais peut-elle, respectant le vote majoritaire du Non à la constitution européenne, se donner une attitude semblable à l'Angleterre, par exemple, prenant ses distances, et se dotant peut-être de rapports plus proches avec la francophonie, qui après tout est sa famille naturelle dans le monde? Bien sûr. Il faut y penser.
La commission européenne n'est pas plus l'élue de la Providence que tous les autres. L'Europe ne doit pas être une dictature, mais une entente fédérative - pour avoir vécu dans deux fédérations, en Suisse et au Canada, nous pouvons dire que nous en savons quelque chose. Toi qui es, en Poitou-Charentes, présidente de "région", ce concept qui a ressuscité en partie la vraie France par rapport aux plans stratégiques du petit dictateur corse, le Sarkozy de l'an 1800, pense que la France elle-même est une fédération. France fédérative, Europe fédérative, francophonie plus active: voici l'avenir de la République.
Le réchauffement climatique? Ici, on ne le sent toujours pas tellement. Ce serait même le contraire. Attention aux "élus" auto-proclamés de la défense de l'environnement. Leur faire aveuglément confiance? Pas plus qu'à un seul - ou une seule - de ceux ou celles qui se prennent pour des élus. Le monde est trop complexe pour se laisser enfermer dans des messages univoques, même si la démagogie, hélas, fonctionne toujours.
Alors, pas de Le Pen au 1er tour parce qu'il n'aura pas ses signatures? Ce serait un beau signal à envoyer à celui qui se prend déjà pour l'élu, alors qu'il n'est que la marionnette de deux présidents qui l'ont utilisé pour se faire réélire: Mitterand pour diviser la droite (et cela a marché), Chirac pour massacrer la gauche (et cela a marché aussi). Mais je ne veux pas croire qu'il y ait en France 20% de gens qui pensent que les solutions simplistes du FN valent vraiment la peine d'un vote pour la présidence. Ramenons le FN à ce qu'il mérite vraiment, comme tous les groupuscules: de 1% à 5%.
Pour le reste, il faut une nouvelle société, de nouvelles structures...le travail ne manquera pas et nous sommes prêts, nous qui t'appuyons, à continuer de travailler avec toi après ton élection.

jeudi 15 février 2007

George Bush, Stephen Harper, Jacques Chirac, et Ségolène Royal

Le mois de février aura, dans l'est de l'Amérique du Nord, été froid et maussade. Pas surprenant, mais avec tout le discours sur le réchauffement climatique, on a l'impression que demain matin la Nouvelle-Écosse va se transformer en Floride, or...il n'en est définitivement rien. Le seul petit changement que l'on peut vaguement constater, c'est que le temps n'est pas facilement prévisible, mais c'est tout, et cela n'a probablement rien à voir, à en croire les météorologues, avec le réchauffement climatique. Cela permet juste aux étudiants des écoles acadiennes (entre autres) de la province d'avoir le double de "jours de neige" - le jour ou il était prévu qu'il neige fort (et ou rien n'est arrivé), et le jour suivant, comme aujourd'hui (parce que le blizzard prévu a quand même fini par arriver).
L'actualité politique n'est pas très réjouissante.
George W. Bush, qui a déjà foutu le monde entier dans la merde avec son incompétence dans le bourbier irakien (et toutes les prises d'intérêt que représentait pour les multinationales américaines la reconstruction de l'Irak, qui semble ne pas finir de se détruire ces temps-ci), est prêt à recommencer dans le dossier iranien, même s'il semble de plus en plus évident que l'Iran, qui n'est pas tout entier solidaire du mégalomane qui en est aujourd'hui président, est prêt à discuter d'une solution à la "menace" nucléaire après la Corée du Nord. Dieu merci, Bush n'a plus les mains libres, et les Américains ne sont plus si nâïfs qu'ils pensent qu'une second bourbier, pire que le premier, premettrait de régler la question du Moyen-Orient.
Je ne pense pas que Bush soit aussi idiot que beaucoup veulent le dire. Ce n'est ni Kennedy ni Clinton, c'est certain - sa vision est plutôt limitée. Mais son intervention de base contre la dictature de Saddam Hussein n'était pas dépourvue de sens: laisser un dictateur mégalomane prendre une place majeure sur un théâtre d'opérations sérieusement miné constitue un risque majeur de conflagration pour le reste du monde - surtout lorsque ledit dictateur règne sur une partie des réserves de pétrole si vitales pour la planète. Le problème, c'était la gestion de la suite de l'intervention militaire: et là, disons-le, mensonges et autres âneries à part, c'est un échec retentissant. Un second Viet-Nam en pire: les Américains ne savent même plus, à l'heure actuelle, contre quoi ils combattent. Le terrorisme? le monde entier le combat aujourd'hui, avec des arrestations à peu près dans tous les coins, et tout le temps. Mais le monde entier n'a pas créé une situation impossible dans laquelle une guerre civile est aussi en train de tourner à la déconfiture de l'Amérique, worldwide, dans le domaine des relations publiques.
Car une guerre, cela se gagne non seulement sur le terrain, mais aussi, et de plus en plus, dans les média. Il paraît que l'équipe Bush avait beaucoup étudié la guerre d'Algérie avant d'intervenir en Irak. Il faut croire qu'ils ont mal étudié le dossier, ou qu'ils n'en ont délibérément pas tiré les conséquences. La France dominait militairement l'Algérie. Le pays était, militairement parlant, totalement quadrillé - et largement contrôlé. Les révolutionnaires arabes majeurs avaient fui en exil, ou se terraient dans la clandestinité. Mais, sur le plan des relations publiques, la France a perdu. Elle n'était pas le pays des "droits de l'homme", mais un pays capitaliste, colonialiste, et oppresseur. Elle avait le vilain rôle. Et les vilains rôles finissent, toutes forces confondues, par perdre. Comme les États-Unis vont perdre en Irak, pour ne pas avoir compris qu'il fallait absolument, comme en Afghanistan ou les choses sont loin d'être gagnées, savoir s'effacer pour laisser peu à peu d'autres partenaires diluer les sentiments d'infériorité ressenti par les populations arabes, dont la fierté ne supporte pas qu'on la confine longtemps à ce sentiment d'infériorité. Les tapis de bombes gagnent des batailles, mais ne gagnent ni la guerre, ni la paix. Les Israéliens, qui avait dû, pour survivre, faire leur la doctrine de l'assaut massif et à tout prix, se rendent compte aujourd'hui que la donne a changé. L'intervention armée, nécessaire sans doute pour se défendre, et le plus fermement possible, ne peut jamais remplacer dans ce miroir magique que sont les yeux du monde, à commencer par nos télés de plus en plus planétaires, notre web, nos portables une véritable tentative d'arriver à une solution de conflits.
La grandeur d'un homme, ou d'une femme, d'état, est dans la capacité de résoudre les conflits.
George W. admire beaucoup, dit-on, Ronald Reagan: or Reagan, à part des appuis sporadiques à de petits conflits, a cherché à résoudre le conflit majeur qu'était la guerre froide sans que Russes et Américains se balancent des missiles à tête nucléaire sur la gueule...et bien entendu que nous en prenions plein la poire. Si George W. avait été à la place de Reagan, on peut légitimement se demander si la Nouvelle-Écosse, entre autres, ne serait pas aujourd'hui un champ de ruines de style Tchernobyl. C'est dire que, toute autre considération mise à part, Ronald Reagan apparaîtra au regard de l'histoire comme un grand homme d'état, George W., à moins d'un miracle, comme le chef d'une coterie marquée idéologiquement par une vision étriquée de la politique mondiale.
Mick Jagger nous dirait que ce sont tous des "néocons", comme il le dit dans une des rares chansons politisées du dernier CD des Stones. C'est vrai, mais Mick Jagger n'est pas John Lennon, ce n'est plus les années 70, et le message ne porte pas. Mais c'est vrai: la tentative de mainmise conservatrice sur un certain nombre d'espaces politiques, qui ne fait aucun doute, commence, à juste titre, à inquiéter. Au Canada, Stephen Harper, qui semble politiquement plus habile que son mentor américain, et veut présider à la transformation du pays en une gigantesque entreprise de production d'énergie pour les corporations US (sables bitumineux de l'Alberta, gaz naturel de Terre-Neuve et de l'Ile de Sable, port pétrolier en préparation pour la ville de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick), révèle peu à peu ses vraies couleurs: nomination de juges archi-conservateurs à la Cour Suprême (en pervertissant le processus de nomination), rejet de la volonté parlementaire majoritaire sur l'accord de Kyoto, sans doute; mais, ce qui plus inquiétant, satisfaction accordée au nationalisme québécois par la reconnaissance d'une "nation" québécoise dans le contexte canadien, et, simultanément, démantèlement progressif de la structure juridique qui permet le développement et le maintien d'un réel bilinguisme et biculturalisme au Canada, ce qui nous touche, nous Acadiens, tout particulièrement. Plus d'obligation pour les hauts gradés de l'armée, organisme déjà très médiocre dans son effort de bilinguisation concrète, d'être bilingues. Plus de programme de contestation judiciaire permettant de défendre les petits groupes de pression (qui n'ont généralement pas de moyens financiers suffisants pour engager des procédures judiciaires par eux-mêmes, à la différence des multinationales) contre la passivité gouvernementale dans les dossiers concernant les citoyens qu'ils représentent. Ministre unilingue au Ministère du Patrimoine canadien. On pourrait continuer. Si nos politiciens sont habiles, on ira en élection bientôt, et on stoppera tranquillement ce bel ordre du jour néocon. Autrement, c'est peut-être que nous sommes des cons (et même pas néo), et nous mériterons nos néocons de dirigeants.
Jacques Chirac, lui, ne fait pas dans le néocon: en faisant en "on" à la presse américaine des déclarations qui auraient dû être "off", mais qui, même "off", étaient des idioties (à propos de la guerre nucléaire potentielle Iran-Israël), il prouve assez bien que le temps de la retraite est arrivé. Hésitations, niaiseries, mémoires avec Pierre Péan ou il se livre à de bien bas règlements de compte à bon marché, parcours à la Pierre Trudeau sur l'environnement, il prouve s'il en était besoin que la dernière chose dont les Français auraient besoin, et dont le monde aurait besoin, est une nouvelle candidatude Chirac à une présidence quelconque. À moins, bien sûr, que l'échec retentissant du projet de constitution européenne concocté sous la houlette d'un autre ancien président français, Giscard dit d'Estaing, ne laisse encore des doutes à certains sur les extraordinaires qualités nécessaires pour l'accession à ce qu'on appelle "la magistrature suprême".
Alors: nous en arrivons à Ségolène. Mais qu'est-ce qu'elle fait, Ségolène? On a envie de lui écrire une lettre ouverte. Plus un seul magazine ou bulletin de nouvelles qui ne relève la désagrégation massive de son équipe de campagne. C'est peut-être vrai, c'est peut-être faux: mais, ici comme pour la guerre irakienne des néocons, tout est dans l'image. Et l'image commence à faire penser à la soupe Campbell's - Kim Campbell, la première femme premier ministre du Canada (ce qui, gouverneure générale à part sur le plan symbolique, correspond au poste de président en France ou aux USA). Kim Campbell, qui doit aujourd'hui faire dorer son beau cul (c'est elle qui l'avait dit, en campagne électorale) quelque part en Californie ou elle est consule générale du pays, représente l'échec le plus retentissant d'une campagne électorale dans ce pays: un parti Progressiste-Conservateur (les ancêtres des néocons) majoritaire réduit en une élection à une poignée de députés, dont certains vont d'ailleurs quitter (Jean Charest, en particulier, pour la politique québécoise qui ne lui réussira pas si mal, puisqu'il est aujourd'hui premier ministre depuis 4 ans). Kim Campbell dont tous les analystes ont pu souligner que le problème a été la désorganisation massive de sa campagne, qui est devenue si évidente après plusieurs semaines que l'on ne pouvait décemment pas voter ce parti-là au pouvoir.
Or Ségolène, si elle partage avec Kim Campbell le fait d'être une femme (et, comme les média nous l'ont bien montré l'été passé, d'être en bikini tout à fait accorte pour son âge), ne devrait pas, si elle veut qu'on continue de la suivre pour ne pas se retrouver dans le Sarkozyland, le Bayroupatch ou, pire encore, le LePencountry ou le Parc d'attractions José Bové, continuer de donner l'impression d'une cheftaine hautaine qui, nominée par les socialistes, se laisse tourner la tête au point de penser qu'elle peut tout faire toute seule, sans compter que le verruoillage par sa tendre moitié du Parti Socialiste cache mal les mésententes entre l'équipe de la candidate et un Parti ou s'affûtent déjà les couteaux si elle perd l'élection. Ségolène, Ségolène, peut-être que tu maîtrises bien tout, mais donne-nous en l'impression! Pour l'instant, on a plutôt l'impression que les choses sont en train de se défaire, et, vu les espoirs que tu portes de faire de la politique autrement, cela nous terrifie! Voulons-nous cinq ans de plus d'un UMP encore plus néocon que ses prédecesseurs, pour avoir encore plus de compagnies qui vont noircir nos plages, mettre des employés en chômage, tout en payant comme des princes ses dirigeants, et en rétribuant merveilleusement des actionnaires de toute évidence dépourvus du moindre sens d'éthique? Non, diantre, non! Alors? Ces cent propositions sont merveilleuses...mais ce serait plus merveilleux encore d'avoir une idée qui, en comment, va les payer...et surtout, ce serait encore plus merveilleux de sentir, de jour en jour, la campagne se resserrer, se raffermir, se rediriger, et canaliser enfin toutes ces belles énergies. Ségolène, Ségolène, tu sais que tu étais, au sein des socialistes, un second couteau; tu sais, pour être présidente de région, et pour être femme et mère, que c'est un autre espoir que tu portes; tu as compris que la tâche du locataire de l'Élysée, dans une large mesure, est de représenter un des pays majeurs du monde à l'échelle de la planète, et dans tous les domaines; alors, penses-tu vraiment, Ségolène, que les images que donnent les média d'une campagne hésitante, fragilisée par conflits et démissions, manque d'unité au sein du PS malgré les apparences bien minces d'une petite dose de solidarité, penses-tu vraiment que ces images vont convaincre les hésitants, qui feront la différence le moment venu? Nous voulons tous, et toutes, avec toi, un autre monde. Ne te fais pas d'illusions: les épaules qui porteront cet espoir devront être à la fois solides et souples; fermeté peut-être, mais avec beaucoup, beaucoup de diplomatie. Rassure-nous! faute de quoi un destin à la Kim Campbell t'attend...avec, un jour sans doute, la rencontre des anciennes de la vie politique, et un énorme espoir détruit: celui d'être la première femme politique dans un pays occidental majeur à faire de la politique autrement. La droite, qui a eu droit à l'icône thatchérienne, n'a pas attendu pour prouver que les femmes néoconnes pouvaient faire de la politique aussi impitoyablement que les néocons mâles...

jeudi 8 février 2007

C'est parti!

De toute évidence, c'est parti. Un grand rassemblement autour de Ségolène dimanche, un programme dévoilé lundi - et José Bové dont la candidature capote en taule, ce qu'on pouvait franchement attendre.
Dans une large mesure, on peut penser que les personnes encore indécises vont, peu à peu, remonter les chiffres de Ségolène dans les sondages, tandis que Sarko a plus ou moins fait le plein des convaincus.
Sarko, qui joue l'étrange danse d'être à la fois le protecteur du conseil des musulmans français, et en même temps le défenseur de Charlie-Hebdo et de la liberté d'expression.
Ici, en Nouvelle-Écosse, un prof de philo a fait l'objet de menaces parce qu'il avait voulu discuter les "caricatures" de Mahomet dans son cours à Halifax.
On n'arrête pas le ridicule.
Les "caricatures", qui n'avaient fait ciller personne lors de leur publication (et pour cause), sont devenues un prétexte absurde à faire, une fois de plus, basculer une frange militante dans les rues sous prétexte de religion.
Si j'étais musulman, j'aurais honte. Pas honte des caricatures: honte d'être niaiseux au point d'utiliser la religion, une religion qui mérite le respect au même titre que toute autre croyance (ou non-croyance), pour des motifs passablement douteux.
Parce que Mahomet était bien un chef de guerre.
Parce que les poseurs de bombes en tous genres se réclament bien, que je sache, de lui.
Parce que les bons apôtres de l'Islam qui prétendent que l'Islam est une religion "pacifique" n'ont pas l'air de regarder bien souvent les nouvelles. À ma connaissance, à l'heure actuelle, c'est dans les pays d'Islam que ça cartonne le plus. Dans les pays d'Islam que l'intolérance est la plus féroce - il n'y a qu'à voir les barrières mises dans le chemin de mariages mixtes dans des pays d'Islam, même modernes.
Parce qu'il est probablement temps de réfléchir à un Islam moderne, précisément. Tout comme les catholiques, les protestants, les Juifs, et combien d'autres? ont fait une réflexion solide sur ce qui continuait à être d'actualité ou non dans leur espace religieux.
Moi, je crois fondamentalement que la seule entente entre êtres humains se fera par l'intermédiaire d'une adhésion sans réserve aux droits fondamentaux qu'on a développé durant des siècles dans des pays bien différents, et qui ont appris à leurs dépens le prix à payer pour les erreurs: le droit à la liberté individuelle, le droit à un niveau de vie minimum, le droit à ne pas être exclu de sa société quelqu'en soit le principe, le droit à ne pas recourir à la violence pour régler les conflits, et le droit d'être protégé contre cette violence, ni comme victime, ni comme bourreau.
Violence, cela inclut, entre autres, le fait de ne pas être empoisonné par la fumée des voisins dans les bars. Bravo à la progression de l'anti-tabagisme en France, enfin!
Il ne s'agit pas de renoncer aux mille différences qui font que le monde est monde. Comme écrivain, j'aime ces mille différences. J'ai aimé me réveiller à Douz à l'appel à la prière du matin, et voir sur les toits un voisin en train de faire sa prière.
Mais le point est précisément là: sa prière n'est pas le lancement d'une bombe ou d'une quelconque fatwa contre moi sous le premier prétexte venu.
Si l'islam est une religion de paix, que les leaders, en France comme ailleurs, condamnent sans équivoque la violence qui embrase le monde islamique sous n'importe quel prétexte.
Les caricatures du prophète, pour moi, c'est comme le mariage gay au Canada: un problème qui n'existe pas. Parce qu'il est insignifiant. Parce que nos énergies, notre argent, notre temps, devraient aller à traiter des dossiers et des problèmes d'une autre importance. Et ils ne manquent pas.
Lesquels? C'est précisément ce que Ségolène écoute depuis des mois. Et moi, tout comme je veux au Canada un premier ministre et une gouverneure-générale à l'écoute de la population dont je fais partie, je veux en France un président qui ne soit pas convaincu avant même de faire campagne qu'il détient la vérité par je ne sais quel pouvoir messianique (ah, ces images de Saint Sarko sur le Mont Saint Michel, quel symbolisme! quelle manne pour les cours de sémiotique...).
Rendez-vous dimanche. Et, si vous vous posez la question: il fait toujours froid, il neige toujours, le réchauffement climatique n'est toujours pas très évident par ici...

mardi 6 février 2007

Ne pas se laisser leurrer

Alors que le réchauffement climatique ne se manifeste toujours pas plus par ici (- 17C ce matin, et de la neige prévue pour la journée), j'ai écouté avec plaisir Christiane Taubira ce matin aux 4 Vérités. Un peu surpris, parce qu'elle semblait décidée à être elle-même candidate, mais content parce que sa présence, sa façon de parler clairement, son allure décidée, aident à lever un peu l'hypothéque qui colle à Ségolène Royal ces temps-ci d'une campagne indécise et un peu hésitante sur ses objectifs.
Il y a déjà, sans doute, de multiples changements dans la façon de faire campagne de tous côtés qui témoignent bien de changements profonds: aux réunions politiques dont le principal but était de faire applaudir le candidat par un public acquis d'avance a succédé une kyrielle de rencontres, réunions, et autres débats, à la télé, sur le Web, en personne...laissant peut-être présager une meilleure ambiance participative dans les années à venir. Pas seulement des élus plus directement responsables, mais des élus plus proches et plus accessibles: même si le pouvoir s'entoure toujours d'un inévitable protocole - sans parler des gardes du corps - par contre la France n'a jamais été véritablement le pays ou les élus étaient facilement accessibles. Je me souviens du maire (de droite, évidemment) d'une petite commune qui, bien que n'étant plus maire depuis belle lurette, continue tellement à se penser d'estrace supérieure au commun des mortels qu'il s'est nommé "maire honoraire", titre qu'on pourrait définir assez facilement en canadien-français comme "de la bullshit". La France me semble, à cet égard, assez particulière - et il probablement temps que les choses changent, un tant soit peu.
Une élection, c'est autant une élection contre qu'une élection pour. Or la performance de Sarko-Iznogoud face à des questions, comme l'a si bien montré Christiane Taubira ce matin, laisse singulièrement à désirer. Voici un homme qui, depuis qu'il est en culottes courtes, veut être "président de la République...ou rien" comme je ne sais plus qui avait écrit sur ses carnets d'enfance "Victor Hugo...ou rien". En d'autres mots, voici quelqu'un qui à bien des égards n'est ni mieux, ni pire que bien d'autres, mais dont la soif de pouvoir est telle qu'elle en devient littéralement effrayante. S'il est important qu'un futur président ou une future présidente soit quelqu'un d'assez décidé, il semble difficile de considérer que quelqu'un devrait être élu uniquement parce que c'est...une sorte de vocation. Or celui qui veut viscéralement devenir calife à la place du calife semble, malgré ses citations continuelles de gens de gauche (y croit-il vraiment? croit-il que nous y croyons vraiment?), se positionner de plus en plus à droite. Or c'est au centre que se jouera l'élection: pas parce que Bayrou sera élu, non, mais parce que les électeurs et électrices qui ne veulent aller à aucun extrême seront en définitive les arbitres du scrutin final. La meilleure candidature? Une candidature de gauche, mais avec le réalisme du centre droit. Le vrai "conservatisme avec une conscience sociale" qui a permis à George W. Bush de se faire élire aux USA...pour s'empresser de ne plus rien faire de la conscience sociale. Faisons attention de ne pas prendre les vessies pour les lanternes, l'apparence pour la réalité...Il n'y a de conscience sociale que chez les candidats de gauche, et il n'y a pour le moment qu'une candidate de gauche qui puisse raisonnablement prétendre à incarner ses espoirs à la présidence de la république. La France sera-t-elle à la hauteur de l'Islande, du Chili, de l'Irlande, bref de tous ces pays qui ont eu des femmes modérément socialistes comme chef d'état ou de gouvernement?

lundi 5 février 2007

Le réchauffement climatique...pas encore tout à fait

Avec -29 C ce soir, et un blizzard depuis deux jours, le réchauffement climatique ne nous frappe pas tout à fait de plein fouet. La neige? Trente centimètres, on a déjà vu pire dans les années passées, mais on en a déjà vu moins dans les années passées aussi. La seule consolation est de se dire que cette neige, qui va finir par fondre, alimentera nos puits en eau pour l'été à venir. L'eau, un problème fondamental pour le siècle qui commence, une ressource que nous risquons tôt ou tard d'avoir à partager avec les parties du globe qui en manqueront. Pourtant, ce qui me frappe toujours, c'est l'extrême habileté des êtres humains à réagir aux problèmes. Si la technologie est capable de produire de nouveaux systèmes d'ordinateurs tous les deux ou trois ans, elle est aussi capable de produire des systèmes efficaces pour transformer l'eau de mer en eau potable là ou c'est indispensable. À condition, bien entendu, que les océans ne soient pas pollués en profondeur. On frémit en pensant que des nappes de mazout traînent ici ou là, au fond des mers, dans des cales de bateaux coulés, comme ce dernier transporteur de conteneurs sur les côtes de la Manche.
D'une certaine manière, les menaces climatiques ont à la fois l'urgence et l'étrange désincarnation de la bombe atomique sous toutes ses formes (bombe A, bombe H, bombe à neutrons, nouvelles "mini-bombes" ciblées): lorsque le problème est trop vaste, il devient impossible de s'y attaquer de façon concrète. Par ou commencer? J'ai parfois le problème avec mes propres dossiers, mes propres textes...on a l'impression que les choses n'avancent pas. Il faut donc se redonner un "petit" objectif, un but très concret, comme une marche pour commencer à monter un escalier dont on ne verrait pas le bout et dont on n'aurait aucune idée ou il va aboutir.
La vie politique est un peu comme cela, finalement. On prend une nouvelle équipe pour poursuivre ce que la précédente a fait, et essayer d'aboutir sur un certain nombre de dossiers, sans prétendre pouvoir trop en faire. Là réside la grande difficulté: pour être élu, il faut prétendre qu'on va pouvoir réaliser ce que les autres n'ont pas pu faire; mais, en même temps, il faut pouvoir convaincre que l'on va poursuivre dans tout ce qui a, finalement, été bien fait et demande surtout de la continuité. Nous sommes, en bien ou en mal, dans des sociétés de changements mous, ce qui est probablement la valeur et la difficulté de la démocratie. Changement, rupture, ce sont de bien grands mots. Les changements se font tout naturellement, peu à peu, et avec l'accord de tous, ou du moins d'une réelle majorité. Les ruptures? Elles ne se font pas de haut en bas - sinon dans les dictatures, et avec la main lourde des agents du pouvoir - mais de bas en haut, par des mouvements sociaux qui indiquent clairement les besoins de changement.
C'est cela qui me fatigue dans les discours sarkozystes depuis le premier jour. Non seulement parce qu'il est ridicule qu'un ministre du pouvoir en place prétende tout d'un coup qu'il va tout chambouler, pour évidemment revenir vite dans le giron de la majorité qui ne veut pas vraiment de changements, puisque ses collègues prétendent simultanément que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. François Copé, ministre du budget - un des ministères qu'on peut considérer comme plus "techniques" que "politiques" - aux 4 Vérités ce matin: nous avons réussi à simultanément réduire les impôts, réduire les dépenses, et réduire le déficit (que, bien sûr, les horribles socialistes avaient laissé gonfler comme un ballon). Pour bien le prouver, nous menons des audits.
De deux choses l'une: ou c'est vrai, ou c'est un argument purement électoral. Si c'est vrai, il faut immédiatement revoter pour cette équipe en place! Mais est-ce vrai? On n'a pas l'impression que ce bel optimisme relatif aux finances publiques se soit transféré dans une sensation globale de confiance que tout va bien, non seulement économiquement, mais socialement, et, plus important peut-être, dans un sentiment d'espoir national profond. Le Non à la constitution européenne était la preuve, s'il en fallait une, qu'un bon nombre d'électeurs et d'électrices veulent des changements.
Lesquels? voilà la question. La Constitution européenne, document à peu près illisible portant la marque de Giscard d'Estaing et d'une équipe d'énarques, ne pouvait guère séduire personne de raisonnablement concret. Elle était la preuve par excellence du profond fossé entre de prétendues "élites" politiques et "le peuple". Elle était la preuve par excellence qu'il faut fonctionner selon un autre système.
Alors, malgré toutes les critiques dont elle fait l'objet, malgré les difficultés de réussir une expérience qui non seulement consulte mais établit peu à peu des bases pour un meilleur dialogue entre "les politiciens" et "la société civile", non seulement en temps d'élection, mais de façon beaucoup plus constante, la démarche de Ségolène reste à l'heure actuelle la seule porteuse de nouveauté. Sa faiblesse sera peut-être de rester trop concrète, et de ne pas promettre la lune. Les électeurs, qui se croient fins, se retrouvent souvent à céder à des miroirs aux alouettes, même s'ils se sont promis de n'en rien faire.

samedi 3 février 2007

Rumeurs de guerre...ô Chirac, Osirak, ô Iran...

Pour ceux ou celles qui ont la mémoire courte, rappelons que le réacteur Osirak était un réacteur nucléaire irakien, construit sous le régime de Saddam Hussein avec le concours amical de la France dont le premier ministre était un certain...Jacques Chirac.
Un dictateur avec des armes conventionnelles est un assassin, pas seulement en puissance, mais avec une capacité relativement limitée de tuer.
Un dictateur avec l'arme nucléaire est un danger planétaire certain. Tôt ou tard, il en fera usage. Si Hitler avait eu l'arme atomique - et tous les signes indiquent que les Allemands n'étaient pas si loin de l'avoir en 1945 - il l'aurait utilisé tous azimuts: contre les Alliés, évidemment, mais aussi contre les Allemands, puisque le peuple comme l'armée n'avaient pu, en définitive, se mesure à l"idéologie.
Si Saddam avait eu l'arme atomique, une guerre nucléaire aurait probablement dévasté une bonne partie du Moyen Orient...et, par contrecoup, une bonne partie de la planète par le jeu des alliances. Rappelons-nous toujours que c'est par le jeu des alliances que la première des deux monstrueuses boucheries du 20è siècle, la soi-disait "Grande Guerre", s'est déclenchée sans que personne ne soit tout à fait sûr pourquoi elle était nécessaire (sauf, bien entendu, les marchands de canons et autres industriels pour qui progrès et fortune riment avec massacre de masse).
À ceux et celles qui cherchent un sens au monde, et croient au destin, rappelons au passage que les guerres entraînent de multiples changements, dont tous sont loin d'être inutiles: si l'aviation a connu au 20è siècle l'évolution incroyable qu'elle a connu, c'est en grande partie dû aux deux guerres mondiales, qui ont forcé le développement de nouveaux appareils, de bombardiers à long rayon d'action, et d'avions à réaction.
Reste à savoir, bien entendu, si une période de paix n'aurait pas permis des développements tout aussi profitables pour notre avenir, et à moindre coût, humain et financier. Sans parler de tous les "cerveaux", dans tous les domaines, qui ont fini dans des fosses communes, des charniers, ou des tombes de cimetières et de nécropoles militaires.
Pour l'environnement, c'est simple: comment peut-on, en quelques générations, transformer des personnes qui pendant des siècles ont vécu la guerre comme moyen de base de résolution de conflits, en des personnes qui tout d'un coup sont confrontées au besoin de travailler ensemble pour contrer une menace planétaire?
Les cultures humaines évoluent à des rythmes différents, selon des calendriers différents, et avec des besoins différents. Penser unifier tout le monde aujourd'hui est aussi aléatoire que penser unifier les Français et les Allemands en 1914. Relisez ce qui s'écrivait à l'époque. Relisez aussi ce qui s'écrivait sur les Anglais dans une bonne partie de l'intelligentsia française en 1930. Lisez ce qu'on écrit sur les Américains en France par les temps qui courent. Et persuadez-vous que tout est relatif.
On ne peut pas reprocher à Bush d'avoir militairement "déposé" un tyran qui avait assez de sang sur les mains pour faire frémir n'importe quel chef de n'importe quelle mafia, clubs de motards compris, ou n'importe quel tueur en série. Ce qu'on peut reprocher aux Américains, c'est une stratégie peu subtile : on envahit, on bombarde, et on s'attend à ce que tout soit parfait.
Les deux guerres du Golfe, militairement parlant, ont été des réussites stratégiques de toute première qualité. Le problème, c'est qu'elles ont été militairement bien préparées et bien exécutées, mais au détriment des populations civiles, et surtout sans tenir compte du complexe d'infériorité qui tenaille en profondeur le monde musulman dans sa confrontation (parfois pacifique, parfois non) avec les valeurs fondamentalement différentes qui sont celles du monde occidental.
Or on ne rattrape pas les erreurs, à ce niveau-là.
Chirac, chef de clan, avait pourtant bien cru réussir son coup avec Villepin, son fidèle féal, lorsqu'ils se sont opposés à l'invasion de l'Irak. À en croire tous les sondages (en France), le prix Nobel attendait ces deux "pèlerins de la paix", comme Paris-Match les avait nommés.
Et pouf! Pas de prix Nobel. Le plus proche souffle de parfum Nobel que Chirac pourra humer est la présence d'Elie Wiesel - qui était à l'Élysée pour parler avec Mesdames les reines et les présidentes de la lutte contre la pédophilie. Alors que Jimmy Carter (qui, lui, ne valait militairement pas un clou), qui construit des maisons à bas prix et écrit des livres de spiritualité, a réussi à être nobélisé.
Il y avait le grand Charles. Il aurait pu y avoir le grand Jacques, encore que l'expression fasse un peu rigoler. Et voilà qu'il avait manqué son coup, en grande partie parce que des pèlerins de la paix qui ont fricoté avec Saddam depuis des années, qui ont des milliards en jeu si le dictateur se fait virer, et qui ont failli lui livrer les clefs de la bombinette, ne sont pas exactement très très crédibles.
Il a fallu les Israéliens pour liquider Osirak. Parce que les Israéliens n'ont plus l'intention de laisser les mains libres à leurs ennemis pour les massacrer. Et que, s'ils ne se défendent pas, personne ne le fera à leur place. Or, bien souvent, les guerres de défense modernes sont des guerres ou il s'agit avant tout de neutraliser la possibilité pour l'ennemi de vous attaquer.
Elie Wiesel, lui, n'a pas caché son appui à George Bush.
Le problème était dans la manière de gérer l'après-guerre. Vu l'incompétence des Américains à s'en sortir, on imagine le merdier qu'aurait été la France de 1944-45 s'il n'y avait pas eu l'esprit d'organisation et l'habileté politique du général de Gaulle. Qui n'était pas un saint, loin s'en faut, mais un réaliste.
Rumeurs de guerre, donc, ces temps-ci, dans le golfe persique. Formulons-le clairement: qui, et quand, va "liquider" les sites iraniens susceptibles de produire une bombe capable de mettre le feu aux poudres? Les Israéliens? les États-Unis? les deux? Ou va-t-on, à l'expiration d'un ultimatum contre le petit Hitler local, Amadinejad, frapper avec une "coalition" quelconque, pour bien montrer qu'il faut un coup d'arrêt au développement l'arme atomique - et de l'énergie nucléaire, soi-disant "propre" (sauf pour les rejets), mais susceptible de tous les dérapages?
J'ai aimé la position de Ségolène. Une position utopique sans doute pour le moment, mais qui représente bien la seule solution à long terme: éliminer le nucléaire irakien. Et peut-être, peu à peu, les autres formes de nucléaire. Surtout dans les régions "chaudes" du monde.
Pour autant qu'on puisse voir, Sarko, lui est prêt à suivre Bush dans toutes les aventures possibles. On attend mieux d'un président français.
Et voilà la question: Chirac, qui a manqué son coup avec le "pèlerinage de la paix", voit-il dans la proposition faite d'une ONUE à Paris ces jours-ci la chance de devenir le Al Gore français - un autre espoir de nobélisation?
Ou voit-il là-dedans, et dans la conférence organisée par Bernadette contre la pédophilie, des petits jalons qui vont, venu le mois de mars, lui permettre de balayer d'un coup d'aile les Sarkonnades pour dire: me voilà, je suis là, j'ai la stature d'un homme d'état, et pas lui?
Tout est possible.
Des frappes aériennes contre l'Iran.
Un petit Chirac de derrière les fagots.
Rien de très réjouissant.

vendredi 2 février 2007

Entre la Chandeleur et José Bové

OK, on reprend...alors que de partout des cris d'alarme s'élèvent pour dire à quel point l'environnement est gravement menacé, etc..., etc...
Soyons sincère. Le fait que les banquises fondent (qui entraînait dans "Le Jour d'Après" des effets dramatiques, surtout pour nous en Nouvelle-Écosse qui étions liquidés en quelques images comme des fétus de bois) est-il un si terrible phénomène? Bien sûr, il s'agit de faire quelque chose pour les ours blancs. Mais il me semble qu'une bonne partie de l'humanité manque d'eau. Le fait d'avoir de l'eau en plus est-il donc un tel malheur? Le problème des écologistes est que les vrais sont empêtrés dans les élucubrations d'un tas de prophètes de mauvais augure qui, ayant loupé le coche avec le Millénaire (et il ne s'est rien, mais rien passé d'inquiétant en l'au 2000, hélas pour eux), tentent de retrouver une autre cause cataclysmique alors que nous entamons à peine le 21è siècle.
Rappelons-nous toujours que des "experts" du 19è siècle estimaient que la masturbation masculine rendait sourd, aveugle, faisait pousser le poil des mains, et que certains masturbateurs avaient le cerveau tout desséché, et il cognait comme un petit pois dans le crâne. Je connais beaucoup de gens qui ont peut-être le cerveau rétréci (par l'alcool, la drogue, ou tout simplement la connerie), mais ils n'ont généralement pas l'air de s'astiquer férocement le poireau. Quant aux femmes qui se masturbaient (avec ce reliquat maléfique de pénis qu'elles avaient curieusement eu l'audace de conserver), l'asile les attendait, tout simplement!
N'accordons pas trop foi aux experts, même quand ils sont unanimes. Ils étaient unanimes à déclarer que l'Homme de Piltdown était bien le chaînon manquant. Ils étaient unanimes, ou presque, à trouver que le Journal d'Hitler devait être authentique. Etc..., etc...

Ceci dit, il y a bien un problème. Mais ce n'est ni une catastrophe, ni un cataclysme. C'est un problème, la différence étant que l'humanité, qui s'est dotée d'institutions internationales depuis le début du 20è siècle pour tenter d'éviter que n'importe quel dictateur idiot recommence à causer des dizaines de millions de morts inutiles, pourra se doter d'institutions planétaires pour tenter de résoudre le problème. Je vous gage que, dans vingt ans, on utilisera massivement des combustibles mélangeant énergies "propres" et combustibles fossiles (qui restent quand même les plus efficaces), et que les besoins en énergie baisseront peu à peu, faisant baisser également le taux de CO2 dans l'atmosphère. On a déjà réussi à éliminer les gaz qui étaient en train de détruire la couche d'ozone. Sans mal ni douleur.
Là ou il y aura mal et douleur, c'est pour imposer des règles aux multinationales, qui disposent toutes de budgets à faire pâlir la plupart des pays du monde.
Ce que tout candidat signataire du Pacte Écologique de Hulot, ou d'un autre, devrait commencer par faire, ce sont des séminaires pour "les grands patrons". Ces types qui, en définitive, ne sont responsables que devant des actionnaires qui n'attendent que des profits et qui se foutent du reste, quitte à se lancer dans d'innomables traficotages (Enron, Messier, etc...). C'est dans les écoles de gestion qu'il faudrait commencer par faire la morale, et une morale écologique et sociale en tout premier lieu.
C'est pour cela que je soutiens Ségolène - qui s'est bien sûr engagé à être la plus écologiste de toutes, a-t-elle de toutes façons le choix face à la dictature des médias et de la rectitude politique, même si elle est plutôt pragmatique et réaliste, sachant que Rome ne s'est pas faite en un jour - de préférence, à condition qu'elle ne se laisse pas empêtrer dans un "programme" de parti qui ressemble plutôt à un carcan. Je la pense capable d'imposer sa loi à un patronat inconséquent, et dont l'excès de libéralisme et de cupidité est largement responsable des problèmes actuels. C'est beau de faire fabriquer des baskets en Indonésie à bon marché pour le marché occidental...encore faudrait-il payer décemment les ouvrières indonésiennes (par exemple), et veiller avec le gouvernement indonésien (ou un autre) à mettre en place des mesures de protection de l'environnement. Souvenez-vous des poubelles qu'on envoie en Afrique ou au Bangla Desh...ou qu'on enterre dans les espaces du Grand Nord canadien, discrètement.
D'ou, en ce jour de la Chandeleur ou je vais faire des crêpes en les retournant avec une pièce d'or (en chocolat) dans la main, préservant ainsi de vieilles traditions, en ce jour de la Chandeleur qui marque la naissance de mon père (qui, en 1921, dut être emmené pour son baptême en traîneau par une terrible tempête de neige, pas de "réchauffement" à l'époque) et le premier 'non-anniversaire" depuis sa mort, je vous dirai gentiment que l'altermondialisme à la José Bové me semble un phénomène aussi médiatique, et donc aussi faux, que l'écologisme excessif. La persistance de Ralph Nader, le défenseur des consommateurs, à rester candidat dans l'élection américaine si contestée qui vit George Bush et sa clique de Néocons prendre le pouvoir à Washington et dans une bonne partie du monde (ne nous leurrons pas sur l'indépendance des autres pays à l'égard de Washington!), a coûté la vie à Al Gore, un homme intelligent, même s'il manquait de charisme. José Bové, l'homme dont le titre de gloire est de démolir des McDo (est-ce qu'il a des gamins, José Bové? S'il en avait, il devrait apprécier les Mc Do...), de détruire des champs qui ne lui appartiennent pas (mais les idéologues ont cette remarquable capacité de croire que tout leur appartient), d'avoir une moustache (bof), de fumer la pipe (pas ce qu'il y a de mieux par les temps qui courent), et de se montrer (généralement au tout premier rang, pour être bien sur la photo) va donc pouvoir siphonner quelques votes qui, en bout de ligne, seraient peut-être utiles à l'un ou l'autre des candidat(e)s qui ont une chance de gagner, et ne veulent pas, tout simplement, se montrer et avoir leur photo (entre autres) dans Paris-Match.
Espérons que Ségolène, qui est intelligente, qui manque de charisme, ne connaîtra pas le sort d'Al Gore à cause du José Bové de service.
Un dernier mot sur l'écologiste Chirac, et la grand-messe de Paris à cet égard. Curieusement, en bout de mandat, les politiciens se disent: comment laisser ma trace dans l'histoire? et voilà qu'ils se donnent, soudain, un grand projet. Pour Chirac, c'est l'écologie, soudainement. Pour Pierre Elliott Trudeau, notre plus "iconique" premier ministre canadien, c'était, en bout de mandat, le désarmement nucléaire. Je travaillais alors avec Pierre Billon, romancier, scénariste et haut fonctionnaire...qui se rendait bien compte, mais sans pouvoir le dire, à quel point la "tournée des chefs" de Trudeau contre les armements nucléaires était plus de la façade, pour se faire voir, que de la réalité vraiment durable. Et pourtant.
Dans les luttes à long terme, chaque pas compte, chaque geste compte. C'est pourquoi je vais terminer ce blog pour aujourd'hui, éteindre mon ordinateur, et aller faire des crêpes avec de la farine d'épautre...