Il faut savoir évoluer. En même temps, sans doute, il faut être fidèle à certains principes.
Les tentatives de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme autre chose qu'un simple chef de parti ne sont pas, loin de là, négligeables. Il s'agirait, nous dit-on, de faire disparaître le clivage droite/gauche qui bloque, en quelque sorte, la vie politique française.
Que ce clivage soit un blocage, c'est certain.
Le seul président que la gauche a réussi à faire élire, c'est François Mitterand...qui était, à vrai dire, fort peu "de gauche". Sa (première) femme, Danielle, était sans doute beaucoup plus à gauche que lui. Elle n'aurait jamais été élue présidente. Il était, lui, largement de "centre droit", sinon même, à plusieurs moments dans sa carrière, plus à droite encore. Ses premières campagnes avaient un financement clairement de droite. Ses premières prises de position de ministre, sous la Quatrième République, avaient tout du centre droit radical, pas grand-chose de "gauche", si par gauche on entend communistes et socialistes.
De fait, Mitterand a brillamment réussi à se faire élire président en noyautant la "gauche" par le sabordage féroce du parti communiste, et l'encouragement au développement du Front National, qui faisait bien son affaire puisqu'il phagocytait la droite.
Mitterand était-il "de gauche"? En tant qu'ancien de Mai 68, je dois dire non. Les "gauchistes" d'alors eurent, à vrai dire, un profond mépris pour ces quelques politiciens qui vinrent tenter de glaner des voix en jouant aux pseudo-gauchistes en mai 68. C'était, ni plus ni moins, de la récupération.
Ceci dit, il y a bien des aspects de François Mitterand qui sont admirables. Mais c'était, en politique, un pragmatiste, ce qui explique qu'il pouvait sans sourciller avoir à sa table d'anciens collabos aussi bien que des gens estampillés de la gauche la plus sociale. On parlait de Mitterand comme d'un sphinx; on pourrait plutôt penser à un caméléon. Observateur, attendant son moment, avec quelque chose de l'impassibilité de l'oeil du reptile. Il fallait cela pour résister, dans un face-à-face avec Jacques Chirac, aux remarques à peine voilées sur l'importance pour lui d'une certaine ville...dans laquelle, bien sûr, résidait sa (seconde) compagne. D'autres se seraient fâchés de telles allusions. Mitterand...c'était l'art de l'impassible.
Et, à en juger par les résultats de la gauche, l'art de l'impossible.
Longtemps, la gauche française a été vue comme une sorte d'opposition qui n'avait au pouvoir qu'épisodiquement. C'était difficile de lutter contre les puissances d'argent. La France a plus ou moins toujours été, majoritairement, à droite. Pour la gauche, la conquète du pouvoir n'est pas chose facile.
Avec ses 47%, Ségolène Royal a réussi tout un exploit, quoi qu'on en dise. Il aurait fallu qu'elle ait un Villepin en face d'elle, avec toutes les casseroles qui lui traînent au cul, ou un Juppé, dont la morgue a fini par être fatale (à lui), pour qu'une partie du "centre droit" prenne le risque de la voie de gauche au lieu de la sécurité capitaliste de la droite.
Depuis, Sarko fonctionne comme devrait fonctionner un politicien de droite, en multipliant les appels à l'ouverture. Face à cela, les socialistes sont en pleine débandade, même si François Hollande a tout d'un coup, alors que sa vie affective est en pleine débandade, des accents staliniens pour indiquer à quel point il domine le parti. Un parti qui fait eau de toutes parts, parce qu'il ne sait plus exactement, malgré tous ses députés, à quoi répondre. N'est pas Staline qui veut. N'est pas Poutine qui veut. Et, de toutes façons, quel espoir a Hollande d'être président de la République? Aucun. Réponse du sémioticien qui a soigneusement lu l'analyse de l'élection d'Eisehower avec le slogan "I like Ike" (et Ike avait de solides arguments en plus de ce slogan): comment la France pourrait-elle avoir un président qui s'appelle "Hollande"? Ou Pologne, ou Bélarus, ou Zimbabwe? Impossible. À moins que les Hollandais n'aient un chef de gouvernement qui s'appellerait "France". Imaginez la confusion. Hollande, Hollande, change de nom si tu veux avoir un avenir en politique! Mais c'est probablement déjà trop tard. Staline, lui, avait bien compris: "L'Homme de Fer", cela sonnait juste. "Joseph Dougachvili", cela sonnait...note de bas de page dans l'histoire du communisme international.
Peut-être que Sarko se prend pour Napoléon III bis, ce qui lui va bien, c'est Cht'i Napo, dont malheureusement nous ne voyons plus aussi souvent les cuissettes en action (ah, la présidence! quel job!), l'homme qui concentre en lui tous les pouvoirs. Le problème, c'est qu'en face Hollande n'est pas tout à fait Victor Hugo. Qui, de toutes façons, malgré son "socialisme" littéraire, était un féroce royaliste en politique. Le pragmatisme, encore...
De toute cette troupe, quelques jeunes commencent à émerger, et surtout, il va falloir que la dichotomie droite/gauche cède une fois pour toutes à la dichotomie régions/nation, qui va subsumer toute l'énergie de la France pour les décennies à venir. Une France fédérale? C'est la seule solution. Comme l'Allemagne, comme l'Italie, etc...
Mais avec son génie propre.
Jean Charest, le premier ministre québécois, oubliant pour quelque temps qu'il est largement minoritaire dans sa "belle province", a reçu l'ordre de la Bavière et s'estime heureux des rencontres qu'il a eues avec des provinces allemandes, comme avec des régions en France.
L'avenir se dessine à travers cela.
Un monde de provinces, de régions, dans lesquelles les "grandes visions nationales" ne seront plus les visions - justes ou complètement maboules - d'un visionnaire "national" quelconque, mais le résultat d'un consensus national exprimé à travers ses régions.
Ce n'est pas simple. Le Canada s'y essaie, comme les États-Unis, depuis fort longtemps. Avec, avouons-le, un certain succès. Ce qui permet aujourd'hui à Arnold le Terminator d'apparaître, lorsqu'il vient à Toronto pour des négociations Californie-Ontario, comme beaucoup plus "à gauche", même s'il est "Républicain" (c'est-à-dire "à droite" - encore que sa femme soit une Kennedy, soit la "droite" de la "gauche" démocrate), que George W., qui est sans grand conteste le pire président des États-Unis depuis longtemps (remontez à Franklin Delano Roosevelt et au-delà...).
En France, Arnold a rencontré Sarko (cela fait toujours du bien pour le président-jogger d'apparaître sous son jour le plus sportif). Cela veut-il dire que la France est une région?
C'est là que se posera le défi. Alors que les cultures régionales françaises, qui ont toujours existé, se solidifient, il faut peu à peu que naisse un mouvement, puis un parti, qui repose clairement sur cette renaissance régionale.
Ségolène Royal sera-t-elle capable d'avoir cette vision? C'est le seul moyen de changer la politique, pour le moment.
Pour le reste...il n'est rien de constant, si ce n'est le changement...
C'est pourquoi, moi qui au horreur (malgré l'ego de tout écrivain) du culte de la personnalité, j'ai décidé de mettre ma photo sur ce blog. Je l'aurais bien mise nu, rien à cacher, pour faire pendant à la vulve de Britney Spears (hé bien oui, vous auriez pu de visu constater que j'étais pourvu d'une veuve et de deux orphelines), mais cela aurait risqué d'être jugé obscène. Voilà donc mon doux minois, pris durant un été qui était nettement plus remarquable que celui-ci, qui allie piteusement la queue du printemps à la naissance de l'automne.