lundi 7 janvier 2008

Redoux 2008



Steve et Mimo vous souhaitent une excellente année 2008. Frère et soeur, nous avons malheureusement perdu Mimo à la fin de 2007, mais Steve le Minet est toujours avec nous, plus beau matou que jamais.

Je m'aperçois que je n'ai pas tenu ce blog, honte à moi, depuis notre départ en France l'été passé. J'aurais beaucoup à vous raconter: le superbe Son et Lumière de la Place Stanislas à Nancy, les toujours fabuleux concerts de rock de la Foire des Vins à Colmar, ma brève rencontre avec Ségolène Royal à Melle, en Poitou-Charentes, en route vers la Savoie par le Massif Central, et ma présence avec Martine Jacquot à un atelier d'écrivains à Ozoir-la-Ferrière. Presque un tour de France en moins d'un mois!

Melle a aussi été pour moi l'occasion de retrouver mon cousin Jean-Marie Paratte et son épouse. Il est aujourd'hui maire PS de Buxerolles, près de Poitiers, et membre du Conseil général de Poitou-Charentes. On a un peu dans l'idée, petit à petit, de rapprocher l'Acadie d'ici de la région là-bas...petit à petit car tout le monde est très occupé! En plus, de mon côté, on a fait la grève pendant presque trois semaines à l'université Acadia, ce qui nous a allongé le semestre...peu de vacances de Noël donc, une grosse quantité de neige, et maintenant, pendant cette première semaine de l'an 2008, un redoux avant, sans doute, d'autres tempêtes. Et puis, bien sûr, d'autres voyages...

Melle n'est pas aisé à trouver pour qui ne connaît pas le Poitou (et, apparemment, même pour qui connaît le Poitou), surtout que certaines indications routières changent sans préavis. On n'est pas les seuls à avoir manqué le discours de Ségolène à la Fête de la Rose, mais c'était une fête en soi de pouvoir dire quelques mots à celle qui incarne de plus en plus les meilleures chances de renouvellement de la gauche. Sa performance récente aux "Quatre Vérités", magistrale, en est un bon présage. Qu'elle soit venue au Québec sans s'y sentir obligée et sans paternalisme est déjà en soi un signe de changement. Espérons que la présidente de la région Poitou-Charentes, région liée historiquement à l'Acadie s'il en est une, viendra en Acadie, peut-être pour le Congrès Mondial Acadien de 2009. En ayant désormais une petite place sur le site Web de Désirs d'Avenir avec Désirs d'Avenir-Acadie, nous tentons de prendre un petit peu place dans le renouvellement de la politique mondiale qui s'effectue peu à peu, et dont le succès actuel de Barack Obama aux primaires américaines est un exemple également. Si la politique des années 2000 a été une politique hautement médiatisée, la politique des années à venir demandera des responsables politiques moins "flashy", plus concrets, plus proches des préoccupations réelles des uns et des autres.

Je poursuivrai ce blog, qui est un peu une manière de faire ses gammes en écriture, mais nous développons pour Désirs d'Avenir Acadie un nouveau blog, histoire de faire peau neuve en 2008!

Pour l'instant, Steve et Mimo vous souhaitent la meilleure année 2008 - dans le folklore canadien comme dans le folklore chinois, les chats blancs sont la meilleure assurance de chance pour l'année à venir...et ce n'est pas si mal d'avoir des chats sous la main alors que s'annonce, dans le calendrier chinois, l'année du Rat!

jeudi 12 juillet 2007

Rien de constant, si ce n'est le changement...


Il faut savoir évoluer. En même temps, sans doute, il faut être fidèle à certains principes.

Les tentatives de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme autre chose qu'un simple chef de parti ne sont pas, loin de là, négligeables. Il s'agirait, nous dit-on, de faire disparaître le clivage droite/gauche qui bloque, en quelque sorte, la vie politique française.

Que ce clivage soit un blocage, c'est certain.

Le seul président que la gauche a réussi à faire élire, c'est François Mitterand...qui était, à vrai dire, fort peu "de gauche". Sa (première) femme, Danielle, était sans doute beaucoup plus à gauche que lui. Elle n'aurait jamais été élue présidente. Il était, lui, largement de "centre droit", sinon même, à plusieurs moments dans sa carrière, plus à droite encore. Ses premières campagnes avaient un financement clairement de droite. Ses premières prises de position de ministre, sous la Quatrième République, avaient tout du centre droit radical, pas grand-chose de "gauche", si par gauche on entend communistes et socialistes.

De fait, Mitterand a brillamment réussi à se faire élire président en noyautant la "gauche" par le sabordage féroce du parti communiste, et l'encouragement au développement du Front National, qui faisait bien son affaire puisqu'il phagocytait la droite.

Mitterand était-il "de gauche"? En tant qu'ancien de Mai 68, je dois dire non. Les "gauchistes" d'alors eurent, à vrai dire, un profond mépris pour ces quelques politiciens qui vinrent tenter de glaner des voix en jouant aux pseudo-gauchistes en mai 68. C'était, ni plus ni moins, de la récupération.

Ceci dit, il y a bien des aspects de François Mitterand qui sont admirables. Mais c'était, en politique, un pragmatiste, ce qui explique qu'il pouvait sans sourciller avoir à sa table d'anciens collabos aussi bien que des gens estampillés de la gauche la plus sociale. On parlait de Mitterand comme d'un sphinx; on pourrait plutôt penser à un caméléon. Observateur, attendant son moment, avec quelque chose de l'impassibilité de l'oeil du reptile. Il fallait cela pour résister, dans un face-à-face avec Jacques Chirac, aux remarques à peine voilées sur l'importance pour lui d'une certaine ville...dans laquelle, bien sûr, résidait sa (seconde) compagne. D'autres se seraient fâchés de telles allusions. Mitterand...c'était l'art de l'impassible.

Et, à en juger par les résultats de la gauche, l'art de l'impossible.

Longtemps, la gauche française a été vue comme une sorte d'opposition qui n'avait au pouvoir qu'épisodiquement. C'était difficile de lutter contre les puissances d'argent. La France a plus ou moins toujours été, majoritairement, à droite. Pour la gauche, la conquète du pouvoir n'est pas chose facile.

Avec ses 47%, Ségolène Royal a réussi tout un exploit, quoi qu'on en dise. Il aurait fallu qu'elle ait un Villepin en face d'elle, avec toutes les casseroles qui lui traînent au cul, ou un Juppé, dont la morgue a fini par être fatale (à lui), pour qu'une partie du "centre droit" prenne le risque de la voie de gauche au lieu de la sécurité capitaliste de la droite.

Depuis, Sarko fonctionne comme devrait fonctionner un politicien de droite, en multipliant les appels à l'ouverture. Face à cela, les socialistes sont en pleine débandade, même si François Hollande a tout d'un coup, alors que sa vie affective est en pleine débandade, des accents staliniens pour indiquer à quel point il domine le parti. Un parti qui fait eau de toutes parts, parce qu'il ne sait plus exactement, malgré tous ses députés, à quoi répondre. N'est pas Staline qui veut. N'est pas Poutine qui veut. Et, de toutes façons, quel espoir a Hollande d'être président de la République? Aucun. Réponse du sémioticien qui a soigneusement lu l'analyse de l'élection d'Eisehower avec le slogan "I like Ike" (et Ike avait de solides arguments en plus de ce slogan): comment la France pourrait-elle avoir un président qui s'appelle "Hollande"? Ou Pologne, ou Bélarus, ou Zimbabwe? Impossible. À moins que les Hollandais n'aient un chef de gouvernement qui s'appellerait "France". Imaginez la confusion. Hollande, Hollande, change de nom si tu veux avoir un avenir en politique! Mais c'est probablement déjà trop tard. Staline, lui, avait bien compris: "L'Homme de Fer", cela sonnait juste. "Joseph Dougachvili", cela sonnait...note de bas de page dans l'histoire du communisme international.

Peut-être que Sarko se prend pour Napoléon III bis, ce qui lui va bien, c'est Cht'i Napo, dont malheureusement nous ne voyons plus aussi souvent les cuissettes en action (ah, la présidence! quel job!), l'homme qui concentre en lui tous les pouvoirs. Le problème, c'est qu'en face Hollande n'est pas tout à fait Victor Hugo. Qui, de toutes façons, malgré son "socialisme" littéraire, était un féroce royaliste en politique. Le pragmatisme, encore...

De toute cette troupe, quelques jeunes commencent à émerger, et surtout, il va falloir que la dichotomie droite/gauche cède une fois pour toutes à la dichotomie régions/nation, qui va subsumer toute l'énergie de la France pour les décennies à venir. Une France fédérale? C'est la seule solution. Comme l'Allemagne, comme l'Italie, etc...

Mais avec son génie propre.

Jean Charest, le premier ministre québécois, oubliant pour quelque temps qu'il est largement minoritaire dans sa "belle province", a reçu l'ordre de la Bavière et s'estime heureux des rencontres qu'il a eues avec des provinces allemandes, comme avec des régions en France.

L'avenir se dessine à travers cela.

Un monde de provinces, de régions, dans lesquelles les "grandes visions nationales" ne seront plus les visions - justes ou complètement maboules - d'un visionnaire "national" quelconque, mais le résultat d'un consensus national exprimé à travers ses régions.

Ce n'est pas simple. Le Canada s'y essaie, comme les États-Unis, depuis fort longtemps. Avec, avouons-le, un certain succès. Ce qui permet aujourd'hui à Arnold le Terminator d'apparaître, lorsqu'il vient à Toronto pour des négociations Californie-Ontario, comme beaucoup plus "à gauche", même s'il est "Républicain" (c'est-à-dire "à droite" - encore que sa femme soit une Kennedy, soit la "droite" de la "gauche" démocrate), que George W., qui est sans grand conteste le pire président des États-Unis depuis longtemps (remontez à Franklin Delano Roosevelt et au-delà...).

En France, Arnold a rencontré Sarko (cela fait toujours du bien pour le président-jogger d'apparaître sous son jour le plus sportif). Cela veut-il dire que la France est une région?

C'est là que se posera le défi. Alors que les cultures régionales françaises, qui ont toujours existé, se solidifient, il faut peu à peu que naisse un mouvement, puis un parti, qui repose clairement sur cette renaissance régionale.

Ségolène Royal sera-t-elle capable d'avoir cette vision? C'est le seul moyen de changer la politique, pour le moment.

Pour le reste...il n'est rien de constant, si ce n'est le changement...

C'est pourquoi, moi qui au horreur (malgré l'ego de tout écrivain) du culte de la personnalité, j'ai décidé de mettre ma photo sur ce blog. Je l'aurais bien mise nu, rien à cacher, pour faire pendant à la vulve de Britney Spears (hé bien oui, vous auriez pu de visu constater que j'étais pourvu d'une veuve et de deux orphelines), mais cela aurait risqué d'être jugé obscène. Voilà donc mon doux minois, pris durant un été qui était nettement plus remarquable que celui-ci, qui allie piteusement la queue du printemps à la naissance de l'automne.

lundi 4 juin 2007

Les montagnes russes...

En Russie, savez-vous comment on appelle les "montagnes russes"? Bien entendu, vous l'auriez parié: des "montagnes américaines". Prouvant une fois de plus que les étiquettes "nationales" en ce qui concerne des éléments culturels sont généralement plutôt le reflet de la culture qui donne le nom, que de la culture dont le nom est censé être originaire.
Pendant ce mois de relatif silence, il y a eu l'élection/érection du Napoléon aux valeurs de la Troisième République revue et corrigée par Bill Clinton et ses shorts de jogging, l'Homme qui fait tout en fonction des médias, et a prouvé une fois de plus que les électeurs et électrices sont prêts à tout gober pourvu qu'on leur en mette plein les yeux. Ce qui n'enlève rien, bien sûr, au fait que la gauche, dont Ségolène a quand même sérieusement effacé la tache qu'avait été la non-élection suivie de la débandade jospinienne, doit se poser un certain nombre de questions sur l'efficacité de ses méthodes face au rouleau-compresseur de la droite et à sa mainmise sur les médias.
Mais les questions à se poser ne sont peut-être pas celles qu'on pense, tout comme on peut penser qu'en fin de compte l'élection de Sarkopol ne sera, au regard de l'évolution de la France et de l'Europe, qu'un épiphénomène plus qu'un élément fondamental, n'en déplaise bien sûr à ceux qui partagent avec lui sa vision de lui-même, à savoir qu'il est le Messie que la France attendait. Après tout, n'a-t-il pas quelque part un peu de sang du "peuple élu", lui donnant accès comme par principe à ce rôle messianique qu'il envisage de jouer, en particulier, pour la grande union méditérrannéenne, proposition fort intéressante au démeurant - et que la gauche, par la bouche de Jack Lang aux Quatre Vérités de ce lundi 4 juin, s'est empressée de revendiquer comme ayant été sienne dès l'époque de François Mitterand.
Épiphénomène, parce que le vrai débat, dont Ségolène et sa candidature sont la première manifestation, est désormais celui de la vraie régionalisation dans un contexte européen, et mêm,e extra-européen, élargi. Beaucoup plus que les structures vétustes d'un État national voué peu à peu à l'obsolescence dans sa forme nationale héritée des révolutionnaires de 1793, des napoléoniens de 1801, et de Jules Ferry et de la Troisième République.
Moi, ne jubilant pas à l'érection de Sarkopol, de la brune Albénize, et de leurs blonds enfants - bref, du recyclage de Camelot à la Kennedy, en espérant que celui-ci est un peu moins "fake" que la version originale - je me suis trouvé en Russie pendant 10 jours, physiquement, et depuis j'essaie de mettre de l'ordre dans mes images, réflexions, et souvenirs de cette Fédération fascinante, envoûtante, en pleine transformation, et sur laquelle les média occidentaux nous disent si facilement tant de conneries.
La suite au (très prochain) numéro!

mardi 1 mai 2007

Pourquoi Ségolène?

Ségolène Royal m'impressionne. Sera-t-elle à la hauteur du débat, demain soir? Elle a déjà affronté Nicolas Sarkozy, elle le connaît, elle a pu prendre la mesure de l'homme. En quelques semaines, alors qu'on avait peur que sa campagne se délite face au matraquage médiatique dont le candidat de droite a été le grand bénéficiaire (on ne pouvait plus ouvrir un magazine sans tout apprendre sur Sarko secret, Sarko perso, Sarko et Cécilia, du grand et du petit Sarko, de la généalogie des Sarkos, et j'en passe: il y a même eu 'l'enfance d'un chef", ce qui est somme toute inquiétant et pas très sympa pour Sarkozy quand on pense à la nouvelle de Jean-Paul Sartre qui a le même titre). Elle a gardé sa simplicité, son calme, en un mot une élégance de langage et de comportement remarquables. Alors que le FN donne consigne d'abstention, les jeux ne sont pas faits, et il est plus que jamais temps pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de prendre clairement parti. Ce que j'ai fait, en enregistrant un appui vidéo de 90 secondes à Ségolène Royal, dont voici le texte finalL
"Dès le début de la campagne 2007 pour la présidence de la République, j’ai trouvé que Ségolène Royal offrait une autre option dans la vie politique. Elle ne prétendait pas avoir toutes les solutions. Elle parlait simplement de ce qui nous concerne tous. Elle insistait sur deux choses : nous devrons tous et toutes nous impliquer, et, pour transformer une société, il ne faut ni revenir en arrière ni provoquer d’autres cassures.
Dans les années passées, la montée de l’extrême-droite et les incendies de voitures dans les banlieues ont beaucoup nui à l’image de la France. Comme Français de l’étranger je veux conserver et développer pour moi comme pour mes enfants les liens précieux entre la France et le Canada où ma famille vit une réalité francophone de tous les jours. Je veux une image positive, humaniste, de la France. Un président ou une présidente qui ne joue pas avec nos désirs pour une simple satisfaction personnelle. Qui soit conscient de l’importance de la France comme partenaire non seulement en Europe, mais dans la francophonie et dans le monde.
Dans une campagne électorale, on peut être déçu. On choisit un candidat ou une candidate qui, au fil de la campagne, ne correspond plus à vos attentes. Avec Ségolène Royal, c’est tout l’inverse. Depuis le début de la campagne, elle s’affirme de plus en plus comme une véritable présidente, mais sans perdre en route ce qui fait sa force : rester à l’écoute, parler directement et simplement, ne jamais prétendre qu’elle a toutes les solutions.
L’avenir de la France, ce n’est pas Ségolène seule qui va l’assurer. C’est nous tous et toutes, dans des cadres qu’il nous faudra définir ensemble. C’est pour cela que Ségolène Royal, pour moi, c’est vraiment la France Présidente".
Pour écouter la vidéo (au Canada, on met souvent les choses au féminin, ce qui va très bien avec une campagne au féminin!), toute simple mais efficace, j'espère (les petits ruisseaux font les grandes rivières), cadrée et tournée par ma fille, Mélodie Jacquot-Paratte, allez à l'adresse suivante:
http://www.dailymotion.com/paratte/1

On apprend aujourd'hui que la guerre en Irak permet de faire de grands progrès en médecine, dans le traitement des hémorragies en particulier. On sait que la Première Guerre Mondiale (je me suis toujours refusé à dire la "grande" guerre, parce qu'il n'y a rien de "grand" aux guerres) a permis le développement de l'aviation, développement accéléré encore dans la Seconde, et qui permet aujourd'hui la quantité inouïe de vols dont nous disposons alors qu'ils étaient encore chose exceptionnelle dans les années 1950. En d'autres mots: les grandes causes provoquent des changements et des innovations. Sans la campagne de Ségolène Royal, je n'aurais pas développé ce blogue ni le site vidéo sur lequel j'ai installé ma première vidéo (ce qui ne veut pas dire que je n'en ai pas fait d'autres, mais que je n'ai jamais eu l'occasion de prendre le temps de les diffuser).

Cette campagne française oppose deux candidats atypiques, somme toute, au regard de la France - c'est peut-être cela que les xénophobes du FN appellent "bonnet rose et rose bonnet" - des derniers siècles: l'un petit-fils d'un juif, fils d'un immigré, membre d'une "méritocratie" aux dents longues (Sarkozy ne vous fait-il pas penser à Rastignac, dans "Le Père Goriot", avec son "À nous deux, Paris?" - sauf que c'est "À nous deux, Neuilly!" puis "À nous deux, la France!"); l'autre fille atypique d'un trop typique officier de droite lorrain, première femme à être convaincue de pouvoir devenir non seulement ministre et présidente de région (ce n'était déjà pas mal) mais Présidente de la République, replaçant en quelque sorte la tête d'Olympe de Gouges sur ses épaules...

vendredi 27 avril 2007

Peut-on vraiment changer le monde?

Les notions françaises de "gauche" et de "droite" sont souvent difficiles à percevoir d'un point de vue canadien, dans la mesure ou la plupart de nos partis politiques sont plutôt des partis "centristes" avec une légère orientation à droite (conservatrice) ou à gauche (plus concernée par les programmes sociaux). La même remarque, avec un grand nombre de mises en garde car les comparaisons sont toujours dangereuses, s'appliquerait sans doute à la politique américaine.
Il y a pourtant des pays ou la droite s'affirme sans ambages comme détentrice du pouvoir. On sait qu'en Suisse, toutes distinctions politiques confondues, le pouvoir réel n'est pas tant dans le gouvernement fédéral que dans le "Vorort", regroupement puissant d'industriels, de banquiers, d'administrateurs de sociétés diverses, qui ne tolèrerait pas d'entorses à leur pouvoir. Il n'est d'ailleurs pas surprenant que la Suisse ait, malgré la présence de quelques personnalités social-démocrates remarquables (dont l'actuelle présidente, Micheline Calmy-Rey, une des rares personnalités politiques qui affirme publiquement qu'elle lit des livres), amorcé depuis une dizaine d'années un virage à droite très marqué. Apparemment, et pour des raisons différentes, certains pays d'Europe de l'Est amorcent eux aussi un virage à droite très net, si l'on en juge par la situation polonaise actuelle.
La marque du chef d'état devrait, aujourd'hui plus que jamais, être un mélange de pragmatisme et de valeurs profondes. Homme ou femme, parce que seuls les obsédés d'idéologies mal digérées peuvent encore se persuader que les femmes sont toujours "de gauche" - véritables anges de charité - et les hommes plutôt à droite: Margaret Thatcher, que je sache, n'était pas un homme, pas plus que Golda Meir.
Or un regard sur l'élection présidentielle française, plus que jamais entre ces deux tours, nous montre un étrange combat. D'un côté, quelqu'un dont le "pragmatisme" est à peu près total, un Nicolas Sarkozy plus camélon que jamais - du moins en paroles - pour la bonne raison qu'il n'y a pas de "valeurs" Sarkozy: Sarko, c'est le clown du grand capital, un homme qui présente bien, parle bien, affirme bien avoir écrit ce qu'il n'a pas écrit mais qui, curieusement, se vend bien - bref, le laquais parfait du libéralisme économique, du grand capital, des multinationales et des marchands d'armes qui se partagent toujours la planète. Le magazine Marianne affirme que le défaut de Sarkozy, c'est qu'il est "fou", en d'autres mots qu'il peut péter un joint, couler une bielle, n'importe quand. Je n'en crois pas un mot. Sarkozy, qui plaît aux immigrés parce qu'il est fils d'immigrés (même si c'est une immigration de luxe), qui plaît aux Juifs de France parce qu'il n'y a pas tellement de chefs d'état avec une ascendance juive, qui plaît aux musulmans pour leur avoir conféré des institutions visibles dans une société trop facilement raciste, qui plaît aux tenants de l'ordre et de la loi parce qu'il déclare défendre l'ordre et la loi, Sarkozy est en même temps capable de citer Jaurés dans la même foulée que de Gaulle, de se prétendre proche des ouvriers comme des banlieues (ou il ne met plus guère les pieds), bref de vouloir être tout pour tout le monde: le pragmatisme parfait. En même temps, ses valeurs, il les connaît: une habileté politique excessive sans doute mais considérable, une machine de guerre UMP graissée comme les chenilles d'un char d'assaut pour tout écraser sur son passage, et surtout un réseau de liens tissés serrés avec les puissances d'argent. Un combinaison dangereuse, on l'a dit, et il faut le redire. The Economist faisait figurer en couverture Sarko-Bonaparte comme "la chance de la France". On sait ce que Bonaparte a fait pour la France: des institutions sans doute, mais, en bout de ligne, un pays exsangue. Sarko n'ira pas faire la guerre, sans doute, mais la vraie guerre est aujourd'hui une guerre économique. Et la France fait face à un réel problème: des profits records pour certaines compagnies, des salaires démentiels pour un pourcentage minimal d'administrateurs, mais des difficultés à tous niveaux ailleurs.
Alors, encore une fois, on doit saluer l'intelligence qui se fait jour plus que jamais dans la campagne de Ségolène Royal. Face à l'homme qui se prend pour un messie, se sachant porté par une vague solidement appuyée sur le grand capital et les médias qui l'accompagnent, voici une candidate qui sait qu'elle n'a pas toutes les réponses. Une candidate honnête, qui sait que les réponses ne peuvent pas venir du seul monde politique. Une candidate qui connaît aussi ses limites, ce qui est rare en politique ou l'on voudrait sans cesse nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et les politiciens, malgré leurs faiblesses, pour des gourous. Il est certain que Bayrou, pour le moment, n'a que des promesses de voix à offrir dans un remodelage progressif du paysage français. Mais, si ses électeurs et électrices sont logiques, ils voudront donner la possibilité à une nouvelle politique de se mettre en place: pas à un remodelage appuyé sur un verrouillage de droite comme la France n'en a plus connu depuis des années.
Survivre en politique, sans doute, c'est une entreprise quelque peu assassine. Pas de pitié chez Mitterand pour Rocard. Pas de pitié chez Chirac pour ses adversaires. Pas de pitié pour les rivaux - sauf qu'on peut, comme au Canada, finir par travailler avec ses rivaux. J'imagine bien le paysage français se remodeler autour de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou. Autour de Sarkozy, renouvellement? À part pour le chef à l'Élysée, je ne vois rien de bien nouveau dans tout ceci. Se faire le jouet des puissances d'argent signifie d'emblée avoir les mains liées. Pour cinq ans.
Moi, ce n'est pas une perspective qui me tente. Alors, Ségolène? Peux-tu nous refaire le coup de Mitterand lors de sa première élection, même si c'est juste un petit 50% + 1 voix (comme disait le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, cela suffit pour gagner, une élection, sinon un référendum)? Après cela, ne nous déçois pas: la politique, c'est toute la France qui devra la faire avec toi. Parce que, si tu es élue contre le magicien auto-proclamé du grand capital, il restera beaucoup à faire: si la politique n'évolue pas aussi vite que la technologie, elle devra évoluer vite, faute de quoi la politique française (et canadienne, et suisse, et polonaise...) se trouvera dans la situation des grands plans stratégiques élaborés contre l'Allemagne en 1940: dépassée, de tout bords tous côtés. Nous n'attendons pas de miracles de Ségolène, qui n'est pas la Madone. Nous attendons une politicienne - mais ce pourrait être un politicien, le sexe ne fait ici rien à l'affaire même s'il est temps pour les femmes d'accéder à "la plus haute marche du pouvoir" au pays de la Loi Salique - qui écoute, tente de comprendre, et cherche à naviguer au mieux entre le besoin de défendre et développer une réelle justice sociale, et les besoins fondamentaux du développement économique.
Il faut se méfier comme la peste de ceux qui se prennent pour le Messie. Il n'y a pas de Messies: les Messies, c'est la projection de nos craintes sur l'écran de l'illusion. Il n'est pas surprenant que le mot de "peur" apparaisse tant, soudain, dans le discours sarkozyste. Mais la peur est-elle bonne conseillère, en quoi que ce soit?

samedi 7 avril 2007

L'espace de liberté, la guerre, les grandes manifestations

Mon père, Gabriel Paratte, a passé les deux dernières années de sa vie entre une chambre d'hôpital et un grand salon dans un appartement ou il vivait seul, et qu'il avait organisé comme une sorte de poste de commande dans un bateau, avec classeurs, téléphones, annuaires de toutes sortes. Il n'avait plus à se déplacer beaucoup, sinon entre la cuisine (ou il est finalement mort le 1er avril 2006 au matin), le salon, et la chambre à coucher. Il était sans doute de plus en plus débordé par la difficulté d'organiser, de trier, de classer, de répondre au courrier, et d'essayer de mettre au point ce qu'il faudrait qu'on organise après sa mort - il me le rappelait sans cesse, et c'est sans doute pour cela qu'il nous a finalement laissé, avec quarante ans d'archives, de dossiers, de tapis, de meubles, de souvenirs, de livres, de documents de toutes sortes, la situation pas nécessairement la pire, mais certainement la plus chaotique possible, d'autant plus chaotique qu'elle impliquait de tout organiser entre trois pays, dont deux (la Suisse et la France) sont encore séparés par une frontière (ah! l'Europe! quelle merveilleux développement quand on doit comparer à ce qu'on doit affronter quand on affronte une frontière...), et le troisième, le Canada, des deux premiers par un océan.

Mon père n'aimait pas particulièrement Brigitte Bardot, mais d'une certaine manière il me semble percevoir chez lui la même résignation dans des dernières années que le sentiment perceptible plus comme révolte que comme résignation chez la perpétuellement ex-"sex kitten" du cinéma français (elle n'était d'ailleurs pas, à cet égard, la première: connaissez-vous Simone Simon, qui avait elle aussi un nom et un prénom avec la même lettre?): résignation, ou révolte verbale, contre cet emprisonnement progressif qui est celui de l'individu dans la plupart de nos sociétés. L'appartement dans lequel vivait mon père, à Bâle, était devenu pour moi alors que j'y vivais l'incarnation la plus évidente de cet emprisonnement doré sans doute, mais non moins prison. Des clés pour tout ouvrir. Faire le moins de bruit possible en prenant l'ascenseur. Ne pas descendre porter les poubelles torse nu. Se heurter pour aller aux poubelles, à la cave, ou au garage, à des portes en béton calibrées pour une attaque nucléaire. Ne jamais concevoir que cet appartement pourrait vous appartenir: la Suisse est une sorte de dessin de petits carrés d'habitation dont chaque nouvelle construction renforce encore l'emprise des propriétaires, sociétés anonymes, banques, sociétés d'assurance, qui avalent et rejettent les individus (comme ils le firent avec mon père) à la façon d'un Moloch, anonyme mais prenant de jour en jour, d'année en année, de plus en plus de puissance. Bâle, ville puissante et riche par ses compagnies pharmaceutiques, ses banques, ses compagnies d'assurance, sa banque des réglements internationaux, et nombre d'autres gnomes qui nous sont inconnus mais non moins actifs, est si organisée qu'on la traverse maintenant par un tunnel souterrain qui n'a pas simplement pour but de passer sous le Rhin, mais littéralement de contourner en sous-sol le manque d'espace en sol. Je me voyais, dans le relativement luxueux - et horriblement coûteux - appartement du 30, Sankt Alban Anlage, en train de m'assécher comme une plante entre des dalles de marbre et de béton. Pour le Bâlois, la liberté, c'est l'idée d'aller dans le Jura tout proche faire du cheval...
L'Amérique du Nord, et l'Acadie en particulier, m'apparaissaient en proportion comme un espace de liberté. Certes, les Canadiens sont eux aussi victimes de certaines réalités - un système fiscal féodal, tentaculaire, qui s'est inscrit comme obsession dans la conscience nationale; une force policière fédérale débile, paranoïaque, dont nous ne devrions jamais oublier qu'elle a commencé comme force militaire pour massacrer les métis de Louis Riel -, mais, dans l'ensemble, je peux aller dans l'espace, dans la nature, dans le paysage, dans les divertissements cosmopolites, chercher une certaine liberté, une façon d'échapper au monde des petites boîtes, fussent-elles des boîtes à musique minutieusement programmées par les programmeurs d'Omega, maintenant capables de déterminer au millième de seconde près les vainqueurs des compétitions sportives majeures.
L'argument de Brigitte Bardot, c'est que nous n'avons plus d'espace de liberté. Or, curieusement, on pourrait dire que c'est dans des aventures extrêmes, dans l'adrénaline des grands jours, que nous trouvons cette liberté. Stendhal se rappelant ses guerres napoléoniennes. Hitler promettant à ses soldats, ses SS surtout, des espaces de liberté à l'est, une fois l'est colonisé et débarassé de sa "vermine" (l'horreur de la chose ne doit jamais faire oublier qu'aux yeux de certains le pire totalitarisme passait aussi pour la plus totale libération de contraintes sociales honnies). On n'a jamais déclenché de guerres au bon moment, ou parce qu'un peuple pauvre voulait affronter un ennemi menaçant: les guerres sont irrationnelles, et se déclenchent lorsque l'espace de liberté est devenu si restreint - dans l'esprit d'une collectivité - qu'il s'agit d'ouvrir l'espace, à tout prix.
La guerre n'est évidemment pas la meilleure solution: somme toute, la collectivité y laissera, plus que des plumes, une bonne partie de son avenir. On préfère donc les grandes manifestations, durant lesquelles on peut avoir l'impression, entre les blocs de béton plus ou moins resserrés autour de nous, de jouir d'une certaine liberté tout comme le sexe nous donne l'impression de jouir librement (comme nos voisins sans doute) entre quatre murs. La coupe du monde de foot. La Coupe Stanley. Le Superbowl. Et, bien sûr, les élections. Nous savons que les politiciens promettent et ne pourront pas tenir. Nous savons que, quel que soit le prochain président ou la prochaine présidente de la France, ni elle ni il ne pourront faire des miracles. Mais nous savons que, le temps d'une campagne, le temps d'une lune de miel politique, nous aurons l'impression d'un nouvel horizon, d'une autre chaîne de montagnes au long de la route, qui cacherait peut-être enfin, qui sait? l'Eldorado. Le grand soir. Il faut maintenir ces horizons dans les démocraties, qui se veulent de plus en plus rationnelles et organisées: elles sont le seul moyen d'éviter les guerres et les révoltes, dans lesquelles se réfugie inévitablement le désir de se sentir libre, de se sentir vivre sans contrainte qui nous est de plus en plus refusé autrement.
À la question: pourquoi certains votent-ils Le Pen? La réponse est sans doute, possiblement: parce qu'il y a des racistes en France, parce que les anciens pieds-noirs votent volontiers Le Pen, parce que les lassés de l'Europe - qui apparaît, à tort, comme une masse incontrôlable de régles et de contraintes additionnelles - veulent voter contre l'Europe; mais, surtout, parce que l'allure de baroudeur que s'est donné Le Pen, venu, en plus, de la Bretagne, espace de marins et de grands vents, laisse croire que Le Pen, lui, ne se sent prisonnier d'aucune contrainte, et que c'est avant tout un homme libre.
Étrangement, on peut appliquer la même notion à François Bayrou, qui est un peu en France dans la situation de Mario Dumont au Québec: un politicien de droite, mais qui incarne les valeurs fondamentales de l'"Homme Libre", celui qui échappe aux systèmes, aux clans, aux partis - et qui sera donc le président, ou le chef de l'opposition, porteur de cette valeur impossible à dominer, irrépressible et fondamentale qu'est pour nous la liberté - celle que connaissaient nos ancêtres, alors qu'ils allaient de village lacustre en village lacustre, de maisons troglodytes en maisons troglodytes, affirmant cette liberté fondamentale par un nomadisme qui contrastait avec les routines sédentaires qui absorbaient de plus en plus les communautés fixes naissant de par le monde. Nous ne pouvons réduire cette liberté à la liberté sexuelle ou à des valeurs de nomadisme vacancier. Il nous faut autre chose. De grandes manifestations. De grands projets. L'illusion de la liberté. Des Colisées de liberté. Des méga-concerts de rock, comme nous en connaissons depuis vingt ans. Des rassemblements politiques.
Sarko l'a bien compris, lui qui pourtant organise tout si méticuleusement, y compris sa vie sentimentale, en dépensant 8 millions d'euros pour se faire sacrer par l'UMP dans le plus pur style des campagnes électorales américaines. Ce n'est pas Bokassa ou Kim-Jong-Il, mais on est sur la voie: la liberté, c'est de s'égosiller pour célébrer un candidat qui affirme sa "liberté" de parole pendant que ses amis capitalistes affirment, eux, sans hésiter, leur liberté de faire le maximum de profits à tout prix. D'ailleurs, au rythme ou ses nègres écrivent, les oeuvres de Sarko rejoindront bientôt dans l'histoire littéraire les oeuvres complètes de Kim-Il-Sung en trois volumes reliés. On n'atteint pas tout à fait le cynisme des Kennedy, qui, ayant fait récrire les textes médiocres de JFK, s'étaient même débrouillés pour faire avoir le prix Pulitzer à leur vedette!
Voilà le hic: célébrer la liberté, sans s'enfermer dans une mise en machine de cette mise en liberté, qui n'est de toutes façons jamais que conditionnelle.
Voilà le dilemme de la candidate socialiste: incarner la liberté, incarner des valeurs de désir et d'espoir, tout en s'appuyant cependant sur un parti qui, sans avoir jamais cédé aux sirènes contraignantes du marxisme, continue de croire que l'État est le grand ami des individus, et le grand défenseur des libertés. La quadrature du cercle. La vraie liberté n'est pas en politique, ni dans la fonction publique. Elle est dans le sentiment d'être dans une société ou je ne serai pas jusqu'à la mort prisonnier du même rôle, des mêmes structures, de la même routine. Dans laquelle je serai autre chose qu'un robot amélioré promis à la casse à la cinquantaine et promis à la maison de retraite, càd le tunnel vers la mort, passé mon temps. De Ségolène Royal, on attend non qu'elle incarne cet espace de liberté - elle n'est pas Jeanne d'Arc - mais qu'elle veille à le préserver, dans notre intérêt à tous et à toutes. Il serait plus facile de mentir en étant de droite ou du centre. Notre liberté, cependant, c'est aussi de ne pas faire le jeu des grandes sociétés qui rêvent de contrôler un peu plus, de jour en jour, nos sociétés, sous tous les prétextes possibles. C'est de voter en pensant, comme on le pensait avec l'élection miraculeuse de François Mitterand, qu'un nouveau jour était possible. Le penser, c'est déjà beaucoup. Donnons-nous cette option...

jeudi 29 mars 2007

Ah, faire à trois l'amour...la politique...la guerre...

Dans les camps de prisonniers au Vietnam, les nord-vietnamiens, à l'époque de la guerre du Viet-Nam, mettaient les prisonniers américains en groupes de 3. La raison était simple: un groupe de 3 finit, à de rares exceptions près, par se déliter en 2 + 1, soit un couple de complices et un troisième larron. Bien entendu, le 3è larron cherche à amener de son côté l'un des membres du couple, ce qui fait de cet ensemble non seulement un ensemble fondamentalement conflictuel, mais un ensemble dans lequel les tensions ne cessent jamais. Si 2 projettent une évasion, le 3è peut fort bien vouloir les dénoncer pour se venger, et ainsi de suite...

Dans les relations amoureuses, les figures à 3, 4 ou plus ne sont pas évidentes à organiser, même si dans l'absolu cela semble fabuleux. 2 hommes, 1 femme, la femme est reine de l'affaire, et elle profite de deux zizis, quatre couilles, quatre mains, deux bouches...Le problème, c'est que, si le deux hommes ne sont pas légèrement bisexuels, on revient à la constitution d'un couple avec un 3è larron, donc le camp de prisonniers vietnamiens. Si les hommes sont légèrement bisexuels, ils le deviendront peut-être plus, et c'est la fifille qui devient la 3è larronne, à son grand dam, et même si toutes les femmes sont un peu curieuses de voir ce que peuvent bien faire deux mâles ensemble. Si ce sont 2 femmes et 1 homme, il faut que l'homme soit drôlement bâti pour satisfaire deux femmes (à moins, comme en Afrique, que ce ne soit institutionnalisé, auquel cas les femmes ne peuvent pas protester de toutes façons, mais n'en pensent pas moins...); et, si les deux femmes se plaisent, le 3è larron est comme larron en foire...condamné à se masturber en les regardant. À 4, ce n'est pas plus évident: la ou le partenaire du partenaire ou de la partenaire que je veux ne va pas forcément plaire au mien, ou l'exciter, ou même l'intéresser. On arrive donc souvent à une relation à 2+1+1, avec non seulement 1 larron frustré en plus du couple, mais 2 larrons frustrés, qui pourtant ne partagent pas leur frustration.

La politique, comme on dit en anglais "fait d'étranges partenaires de lit" (makes for strange bedfellows). Voici que les élections au Québec se sont jouées à 3, et que les libéraux se retrouvent dans le même lit que l'opposition officielle, l'Alliance Démocratique du Québec, toute étonnée de son succès. Pendant ce temps-là, André Boisclair, l'homme au ton tranchant et au visage en larme de couteau que les médias voulaient quand même chérir, a coulé le vaisseau du PQ, non parce que c'était "une gang de tapettes" (encore que l'homphobie ne soit sûrement pas absente de la pensée "familiale" de certains électeurs), mais parce que, tout simplement, il a fait une mauvaise campagne. Pourtant, ce qui ressort de cette élection, c'est que la vie politique au Québec, c'est comme le triolisme: l'amour à 3, qui ne marche pas. Mais, comme dans les camps de prisonniers vietnamiens, nous aimons enfermer nos politiciens dans des situations tendues qui nous assurent qu'ils ne deviendront pas trop complaisants. Gouvernement minoritaire à Ottawa. Gouvernement minoritaire à Halifax. Gouvernement minoritaire à Québec. Étrange accouplement des démocrates au parlement américain, avec un président républicain qui a fait plus que tout autre pour nous amener à voir dans nos leaders "démocratiquement" élus de petits dictateurs potentiels, et de nous en méfier.

Voici donc qu'en France les candidats à la présidence, qui courtisent maintenant assidûment les Français du Canada (48000 voix potentielles) - une lettre de Bayrou, un bureau sarkozyste à Montréal, et bien sûr moi je roule pour Ségo - sont également à 3 dans leur lit politique - ce qui, érotiquement parlant, est plus excitant que d'imaginer Chirac au pieu avec Le Pen - Blerk! Pour le moment, bien malin qui peut assurer que les sondages donnent clairement l'indication de qui va gagner au premier tour. Ma prédiction personnelle? Bayrou et Ségo. J'espère, mais je pense aussi, que Sarko est en chute libre. Comme André Boisclair, mais pas pour les mêmes raisons. Trop abrasif. Trop sûr de lui. Trop à droite. Cela plaît, sans doute, à l'esprit militariste de certains Français, mais pas à la majorité, qui attend. S'ils étaient sarkozystes, cela se saurait. Et les indécis vont aller en majorité vers Bayrou, qui est un peu le Dumont français, et vers Ségo, quelque limité que soit son charisme.

Bill Clinton a dû sa première élection à un party à 3, avec Ross Perot qui est venu fausser le jeu de la droite bushienne. Mais, aux États-Unis, on ne va pas à un second tour. En France, il y aura nécessairement un dernier affrontement à deux. Stratégiquement, c'est finalement au premier tour que tout se joue. C'est injuste en partie, mais politiquement efficace. Pour Bayrou, c'est quitte ou double: son parti n'est pas assez fort pour en faire le premier ministre, au besoin d'une Ségolène Royal recentrée. Ou il passe au premier tour, ou il perd définitivement.

Ah, ces amours à trois! Et encore, cela pourrait être pire si l'on ajoute un cheval à l'équation: le cheval de trois, bien entendu!